de Alice Versal auteure de Réparatrice d’ailes (Calamity en SEGPA)


Ce qu’il y a de bien avec les classes de neige c’est que je pars avec Maîtresse
Blondinette et Copine Poulette, alors forcément ça aide à garder un moral d’acier et
une santé de fer ( et le tout sans manger d’épinards, c’est quand même la classe ).
Mais n’est pas Robocop qui veut. Et ce matin là, la balade autour du centre nous
permet de découvrir la faune et la flore locales. Les chouchous sont contents, le
visage rougeaud, le nez vermillon, ils écoutent avec attention les explications de
l’animateur, devant le grand panneau au pied des pistes.


Moi je fais la sécu, version videur boîte de nuit, les mains croisées dans le dos
et les pieds ouverts. Personne ne doit approcher la jolie plaque de verglas au pied du
panneau, certains ont essayé ils ont eu des problèmes, comme disait l’autre. Mais
l’animateur anime vraiment bien, au point que subjuguée par son discours ( ou peut
être le vague souvenir de sa démonstration en maillot de bain du début du séjour ), je
commence à me détendre, et je profite du moment.
Je sens même au loin le doux fumet du repas du soir qui mijote depuis le début
de l’après midi. Et justement voilà le cuisinier qui sort tout joyeux de sa cuisine pour
nous crier : « A table ! ».
Les petits sont ravis se précipitent, et moi aussi. Enfin avec un style bien
particulier, le style Calamity Maîtresse.
Je vous rappelle la position 1, « videur boîte de nuit », puis passage position 2,
celle du flamand rose unijambiste ( en gros les deux pattes en l’air et le postérieur qui
prouve de manière non subtile les lois de l’attraction terrestre ), pour finir en
position 3 part de flan étalée sur la moquette du salon. Les juges lèvent leurs
cartons : 10/10/9. Et moi j’essaie de relever ce qui me reste de dignité.
Car ce soir c’est la boum et il va falloir assurer.


La gastro nous a laissé un peu de répit. La BIV a pu réduire ses interventions.
Dès les premiers symptômes ( on remercie le patient zéro qui avait pris sa carte
d’embarquement malgré la nuit agitée précédant le grand départ ), la Brigade
d’Intervention Vomito avait pris le relais, chantant sa petite chanson du soir en
distribuant les petits sacs blancs : « Vomissez bien, vomissez contents mais surtout
vomissez dedans ! » . Et ce soir pour le grand soir, il ne reste qu’une seule malade,
mais elle n’est pas bien vaillante la minette, alors on décide d’appeler le doc qui a
l’habitude de me voir traîner dans son cabinet avec des petits tout verts et des sacs
poubelle.


C’est pas courant de traîner partout des sacs poubelle et des gamins qui virent
au vert derrière soi. Donc on avait fini par lier des relations particulières.
Il s’intéressait à mon organisme particulier qui avait l’air de tenir à distance, les
miasmes et les microbes, mais pas les hématomes ou les tas de fumier. Je devenais
petit à petit un cas d’étude scientifique. Et ce soir, un autre cas nous préoccupe.
Un autre élève vient de développer de nouveaux symptômes. Ses coloc sont
venus me chercher dans ma chambre un peu en panique. Le gaillard, est assis sur son
lit mais ne parle pas. Alors que c’est l’agitation partout ! Pour la boum de ce soir, les
paillettes, le gel et le sent-bon se répandent dans les coursives. On se croirait dans un
cabaret low cost au milieu des effluves bon marché des stars de la soirée.
– Bon les gars, je finis de m’habiller et j’arrive.
Pour la circonstance, j’ai moi aussi revêtu la robe à paillettes et les collants à
trous, pendant que le gars Benton cherche un collant opaque dans ma valise, parce qu’il
a bien son uniforme de reine des neiges mais il a la gambette un peu trop poilue pour
pêcho ce soir.
Il a déjà calé deux paires de chaussettes dans un de mes attributs pigeonnants
qu’il porte fièrement pour l’occasion. Entre princesses on s’entraide.


Dans la chambre du malade effectivement il y a un problème, le petit gars est
debout au milieu de la chambre, hagard, en pyjama. Son pyjama est très chouette mais
pour la boum, ça va manquer sacrément de standing. Et surtout après vérification, il a
le front aussi bouillant que la fesse d’un Danois sortant du sauna.
D’un coup le voilà assis sur son lit, caressant le matelas avec un gant de
toilettes, toujours aussi bavard que Bernardo, le pote de Zorro. Pas le cheval hein ?
Non le gars, au chapeau !
Bon au moins le doc ne va pas se déplacer pour rien. D’ailleurs voilà notre
homme, qui a déjà vu et remis presque sur pieds notre demoiselle. Mais devant notre
nouveau cas, l’homme de sciences semble lui aussi muet d’un coup. Ou alors il est
subjugué par mes résilles tellement mises en valeur par mes chaussures de montagne
gracieuses et féminines qui me font ressembler à la Mère Bodin à la sortie du
Macumba à 5 h du matin.


Il tente de discuter lui aussi avec Bernardo, mais celui-ci n’a même pas la
délicatesse de le regarder, je sens que le gars se vexe, s’agace.
Visiblement n’est pas Docteur House qui veut et moi je subodore que je vais
louper la première danse. Le dialogue de muets commence à s’éterniser quand d’un
coup le doc se lève, et revient vers moi, sourire aux lèvres :
– Dîtes, vous auriez pu m’inviter à la boum l’autre jour, pas la peine de me
monter ce bateau ce soir ?
Hummm alors je ne comprends pas, j’ai un gars complètement dans les vaps,
fiévreux et voilà que l’autre veut remplir mon carnet de bal.
– Pardon ? Je crois qu’il y a méprise. On pourrait revenir à nos microbes ?
– Alors votre petit bonhomme est fiévreux, des ganglions, rien de grave. Il va
juste falloir attendre qu’il se réveille.
Qu’il se réveille ? Non mais il a picolé ou quoi ? L’autre est toujours en train de
nous faire le nettoyage à sec de son lit, et Don Juan nous parle d’attendre le réveil ! Il
a quand même une façon bien à lui de pratiquer la médecine.
– Il est juste somnambule, ne vous inquiétez pas. On va le laisser se réveiller
tranquillement.
Un appel à la famille nous confirmera que le doc n’avait pas un goût immodéré
pour le Génépy en dehors des heures de bureau, et les parents :
– Ah oui, il est somnambule.. On ne l’avait pas noté sur la fiche ? Ah zut, c’était
important de le noter ?
Bah oui c’était important ! Parce que ce matin là on avait appris l’hospitalisation
grave d’un enfant de la station pour une méningite, et que le somnambulisme n’était
pas notre première idée pour le coup. Mais ça on ne leur dira pas, parce que
finalement c’est chouette le somnambulisme, ça fait danser les docteurs dans les
boums !


Le lendemain c’est le départ, on ne s’étendra pas sur le rangement des
chambrées, les valises qui ne ferment pas, les fermetures éclairs des sacs qui font de
la résistance, les slips et autres chaussettes n’appartenant à personne…
Une dernière purée saucisses avant de quitter nos chères montagnes.
– Hé Terminator, mollo sur la purée saucisses, on va rouler tout à l’heure.
– Non Zinzin, tu ne fais pas de réserves non plus, on aura un pique nique dans le bus.
Allez on monte dans le bus, 1, 2, 3…61, 62,63. Super tout le monde y est, les
valises sont dans les soutes. Fantastique !
Premiers virages, voilà Terminator qui sent les premières bouchées de saucisses
qui remontent… perdu, pas dans le sac. Bon on a un pantalon dans le sac à dos. Zut
encore des virages, re perdu, toujours pas dans le sac. Alors on retire pantalon
numéro 2 et on met une couverture polaire sur les cuisses.
Le chauffeur ne peut pas s’arrêter. Zut et flûte, encore des virages. Re
reperdu… encore à côté du sac. Décidément la saucisse est joueuse. Bon un parking de
garage, pendant que Copine Poulette fouille les soutes à la recherche d’un nouveau
pantalon, étanche et non recouvert de bouts de saucisses prémâchés, Maîtresse
Blondinette tente de refaire une beauté au siège qui lui n’est plus étanche.
Et je me dirige vers le garage, en me disant que des gars qui bossent dans le
cambouis pourraient peut être nous aider en nous offrant un peu de papier absorbant.


Et là on change d’ambiance, lumière tamisée à l’entrée, long couloir sombre, des
bruits métalliques et de chaînes comme étouffés, je bascule en quelques secondes
dans un polar, où l’héroïne, un peu gourde se jette dans la gueule du loup et se
retrouve les tripes à l’air devant un vieil inspecteur un peu cabossé par la vie, et qui en
a déjà trop vu dans sa carrière. Et j’imagine le légiste, une main sous le menton :
– En tout cas, une chose est sûre, ce midi, elle avait mangé de la saucisse purée !
– Élémentaire mon cher Watson !
Et là subitement comme chantait l’autre, apparaît 1m 80, des biceps plein les
manches !
– Elle veut quoi la p’tite dame ?
Je peux lui dire que je ne veux pas mourir déjà, que franchement la purée qui va
couler sur le sol de son garage, ça va tout saloper le revêtement, que je sens déjà le
vomi à plein nez et surtout que je ne suis absolument pas photogénique et que les
photos de mon corps blême, limite verdâtre dans les salles de réunion de la PJ locale
seraient du plus mauvais effet pour la digestion et le repos nocturne des forces de
l’ordre.


Finalement j’arriverai tout juste à articuler : du papapapier ? Je le remercie
avant de partir en courant comme une miraculée qui vient de sortir de la grotte de
Lourdes en laissant son fauteuil à la consigne, mon rouleau de papier sous le bras.
Heureusement que le rouleau était bien gros parce que Zinzin s’est mis en tête
de sortir de son sac deux tranches de pain tartinées de purée et entre lesquelles
gigotaient deux saucisses pas encore complètement figées par les températures
extérieures. Et on se demande ou pas quand est-ce qu’il s’est préparé ce pique nique
de la mort qui tue ? Ben en fait non je crois que je ne veux pas le savoir. Roule
chauffeur..

de Alice Versal auteure de Réparatrice d’ailes (Calamity en SEGPA)

Le jour du départ, est toujours une journée un peu spéciale. Les élèves viennent
en classe et n’attendent qu’une chose, l’heure du départ. C’est un peu la seule journée
de l’année où le taux de présence atteint des résultats d’élections dignes de la Corée
du Nord.


Mais ce matin, on est à la recherche du Soldat Rayan. Un appel de la caserne
nous apprendra qu’il a eu une petite nuit, et que le sergent major a décidé de le garder
jusqu’au moment du départ. On comprend, on préfère le repos à la maison à
l’excitation sur le terrain d’exercices.


L’œil rivé sur l’horloge, bizarrement les bidasses viennent de comprendre le
fonctionnement de la petite et de la grande aiguille en une journée. Ils savent
compter les heures et les minutes qui les séparent du départ, alors que pendant des
jours, lire l’heure sur un support cartonné agrémenté d’une belle attache parisienne
dorée était aussi intéressant qu’une partie de dominos un dimanche après midi chez
Tata Denise.


Enfin c’est la délivrance, il est temps de rejoindre le parking et le soldat Rayan
qui nous attend près du bus entre Pôpa et Môman. Allez on compte, on rentre les
valises, on rentre les gosses, on rit, on pleure. Un départ en classe de neige sur un
parking où on serre les dents quand le papa de Terminator nous souhaite de bonnes
vacances et où on serre une partie plus ronde quand Môman du Soldat Rayan nous
annonce qu’il a un peu vomi en fait cette nuit, mais il paraît que c’est le stress.
Rassurons-nous. All is ok.


Nos bidasses sont aussi excités qu’un groupe de Bavarois un jour de soldes chez
Helmut, vendeur de lederhose, fabuleuses culottes de peau en gros. Alors comme tout
enseignant qui se respecte, on se dit qu’un peu de culture devrait faire prendre un peu
de hauteur à nos gaillards. En gros on va leur mettre un film pour tenter de protéger
les dernières cellules ciliées encore intactes de nos oreilles.


Et puis surtout on a remarqué une légère crispation de la mâchoire de notre
chauffeur, une sorte de tic nerveux qui semble s’aggraver avec les kilomètres, ce que
l’on ne comprend pas vraiment. Qui pourrait trouver agaçant 63 sources infinies de
décibels dans un espace réduit et fermé ? C’est une véritable expérience humaine que
l’on ne peut oublier. Quel rustre ! Mais il semble ouvert à notre idée de passer un chef
d’œuvre du 7ème art appelé « Back to the future » autrement dit « Retour vers le
futur ». Sauf que son co-pilote, décidément aussi fermé à la culture qu’un douanier à
la culture d’herbes aromatiques, met son veto et nous indique que seuls les CD
présents dans le bus et reconnus comme autorisés par une sombre autorité
administrative pourront être visionnés. Soit, ne chipotons pas. Nous allons
certainement trouver notre bonheur.


Le choix est facile, 4 titres seulement. Le cercle rouge, hummm intéressant
mais quand on pense que pour nos zozos Kev Adams est le chantre du bon goût, on
hésite. Le cuirassé Potemkine, ouhhhh on monte en gamme mais on est loin de Fast and
Furious. Soyons fous, continuons notre inventaire. Le silence des agneaux. Euhhh
sérieusement ? Bien allez on croise les doigts.
Voilà peut être notre dernière chance : « Les caprices d’un fleuve », film en
costume de Bernard Giraudeau. Fantastique ! On sent la grande épopée historique
africaine pendant la Révolution Française, de la cult… Arghhh voilà 5 minutes que le
film a débuté, et voilà notre Nanard sous les voiles de la moustiquaire, qui semble
vérifier un point d’anatomie de sa partenaire qui lui aurait échappé lors du casting.
Bon on va croiser les doigts pour que la vérification terminée, il se remette
très vite à suivre le scénario sans dérapage incontrôlé.
Bon clairement Nanard a confié à Gérard le mécano, le casting, parce qu’il
semble vouloir enchaîner les vérifications autant visio que manuelles de la carlingue
des diverses actrices présentes sur le plateau. Il est grand temps d’intervenir et de
rendre au co-pilote son chef d’œuvre pour remettre notre documentaire scientifique
sur les déplacements spatio temporels… Naméo !


Le film aura l’effet voulu, un calme relatif jusqu’aux hurlements de joie de
Zizou. A l’horizon il a repéré des lumières, un construction légèrement arrondie, des
voitures arrêtées au pied de ce chef d’œuvre architectural. Il en est sûr, on y est !!!!
– On est où, crient les autres membres de l’équipe.
– C’est le stade de France les gars !
– Zizou descend de la Delorean ! On n’est pas au stade de France c’est le péage
de Saint Arnoult !
Déception, soupirs et retour au calme.. On n’est pas arrivé. D’ailleurs le
chauffeur a décidé de s’arrêter. Ça sera la dernière chance d’aller vider sa vessie
dans un environnement calme et non balancé par les mouvements de la route, parce
que les toilettes du bus c’est quand même un peu l’aventure en zone humide à chaque
fois.
Malgré nos conseils avisés aux membres virils de l’équipe, nombre d’entre eux
s’évertuent à vouloir viser l’orifice pourtant bien surdimensionné par rapport à leur
outillage, mais doivent souffrir du syndrome du tuyau percé puisque tout le liquide
arrose copieusement la cuvette au lieu de l’éviter. Enfin une fois chacun et chacune
ayant satisfait ses besoins, la troupe rejoint en ligne serrée le bus.
Et comme d’habitude on compte et on recompte… 61 , 62 et le numéro
complémentaire 63. Fermeture des portes, ceintures attachées, go ! Le chauffeur
amorce un démarrage lent et prudent parce que le coup de l’étalage dans la coursive,
une fois c’est déjà pas mal, deux ça serait déjà du harcèlement. Mais des rires fusent
dans le fond du bus, puis des cris. Le chauffeur ralentit doucement ( riche idée ). Que
se passe-t-il ?
– Maîtresse !!! Il y a Maîtresse Blondinette qui court derrière nous ! On dirait
qu’elle crie !


Ce jour sera le point de départ d’un nouveau mode de comptage. Maîtresse Directrice, Maîtresse Blondinette, copine Poulette, … Et le début de la passion de Maîtresse Blondinette pour la course à pied.


Enfin après quelques heures euhh minutes de sommeil, nous arrivons dans notre
centre, comme d’habitude, répartition chambrées, valises, douches, repas.. et notre
soldat Rayan vient nous tirer sur la combinaison. Son compagnon de chambrée aurait
des faiblesses.
– Des faiblesses ? Tu nous expliques .
– Ben il est dans son lit et je crois qu’il a vomi les spaghettis mais c’est bizarre.
Pour l’instant rien de bizarre, il a mangé des spaghettis bolo à midi ( la gastronomie
montagnarde est pleine de surprise ), il a vomi des spaghetti. Allons vérifier !
Le coloc semble faible en effet, au pied du lit un beau tas de sauce bolo, et
dans les mains tenues comme le saint sacrement, les spaghettis. Notre coloc aurait-il
des accointances avec le bovin et ses estomacs surnuméraires ou alors une tuyauterie
permettant le tri des déchets ? Encore un mystère de la science qui ne sera pas
résolu.
Mais les faiblesses ne s’arrêtent pas, en quelques heures cinq nouveaux chatons
semblent atteints du même mal. Hummm seraient-ils tous atteints du stress du soldat
Rayan ? Changement de paradigme.
Et si le soldat Rayan était le patient zéro d’une sympathique épidémie ? Le
doute va vite devenir une certitude et la BIV va rentrer en action.
La BIV c’est la Brigade d’Intervention Vomito. Ses membres sont recrutés sur
des critères nombreux comme la résistance aux odeurs, la rapidité d’action, la
maîtrise des gestes barrière, et la patience d’une nurse anglaise confrontée aux
égarements du Prince Harry lors de ses soirées étudiantes.
Les recruteurs du FBI ont fondé leurs tests sur les préceptes de la BIV. C’est
un signe.


Chaque demi journée cinq nouveaux soldats tombent au front. On reconnaît les
signes précurseurs, le teint verdâtre, le coup de mou sur les skis, les hauts de cœur
en présence du munster de Gisèle, la reine du munster fermier et odorant.
Et chaque demi journées cinq nouveaux soldats se relèvent et sont prêts à
repartir au front.
Ce matin c’est le soldat Zizou, qui après une mauvaise nuit où il a lâchement vidé
son estomac sur le lit de son voisin du dessous ( qui n’a rien vu rien senti rien entendu
pendant que deux membres de la BIV lui changeaient les draps sans le sortir du lit,
des cadors je vous dis ) se dit qu’il va mieux et décide de se lever pour aller déjeuner.
Mais d’un coup il panique, il crie ! Il a perdu la vue, il se cogne aux murs !
– Maîtresse, je ne vois plus rien!! C’est grave !! j’ai peur maîtresse !
Maîtresse, encore en pyjama, le cheveu en bataille, accompagnée de Benton, le
regarde, bon pas trop longtemps quand même, parce qu’on dirait une mouche qui se
cogne, fatalement attirée par la vitre, vitre pourtant ouverte ( que c’est con une
mouche quand même ). Et lui dit tout doucement :
– Ne t’inquiète pas, on va juste nettoyer tes lunettes, je crois qu’il reste un peu
de vomi dessus.
– Non, Benton, on ne rit pas, attends qu’il soit descendu s’il te plaît.


Aujourd’hui c’est activité raquettes, les soldats sont solides et l’épidémie de
gastro galopante ne les laisse pas longtemps alités, alors on prend le matériel et c’est
parti pour une balade vers les cimes enneigées en file indienne sous la houlette de
quelques solides gaillards locaux. Les sapins défilent et les petits s’égayent. Arrivés
au point culminant de la balade, il est temps de se requinquer. On sort les goûters, la
grenadine, tout ce petit monde est heureux et maîtresse enfin détendue.
Le chef de groupe, s’approche et :
– Dites ça n’a pas l’air facile, hein ? Vous êtes toute blanche. Fatiguée ?
Ce garçon, en plus d’être perspicace a le sens du compliment, et n’a pas repéré
sous le bonnet les reflets roux de la chevelure de maîtresse, d’où le teint pâle d’une
celte perdue au pays des rudes montagnards. La seule partie de mon visage qui prend
des couleurs sans se concerter avec le reste de la surface est mon nez. Ce qui vaudra
à une de mes connaissances de me poser régulièrement la même question qui ne fait
rire qu’elle et éventuellement tous ceux qui l’entendent : Ton nez est encore parti en
vacances tout seul ?


Donc mon teint pâle n’a rien à voir avec les nuits agitées et vomitives. Pourtant
cette nuit en plus des réveils au son des blurps et des beurkkkk il a vomi !, j’ai eu la
chance de vivre une aventure digne d’un conte de fée cauchemardesque.
Chaudement installée dans mon petit lit, je dors du sommeil rudement mérité
comme tout membre de la BIV qui n’est pas de permanence. Et là sans aucun signe
précurseur je sens mes draps bouger doucement, un pied léger mais froid venir se
coller contre mon mollet.
Je pose ma main sur le côté, pas de doute, il y a un passager clandestin.
Visiblement ça n’est pas Bernard Giraudeau, car il ne manifeste aucune envie de
vérifier mes mensurations et si c’est lui, dans ce cas c’est limite vexant. Finalement
ma main sur le visage du clandestin aurait pour effet de faire prendre conscience à
Chouchou que son lit à lui n’est pas garni d’habitude et qu’une fuite rapide et discrète
sera le meilleur moyen d’éviter la gêne du lendemain matin, quand on ne se rappelle
plus vraiment avec qui on est rentré… de la salle de bains.


Toujours est-il que le chef raquettes semble avoir pitié de maîtresse et lui tend
la petite thermos.
– Allez faîtes comme les petits buvez un coup, ça ira mieux.
Il a bien raison, je meurs de soif, il fait froid, mais j’ai soif. La montée en
raquettes c’est une vraie aventure, ça donne une sacrée soif. Alors comme un chameau
qui viendrait de traverser le désert, avec sur le dos une armée de touaregs, je prends
la bouteille à deux mains et décide de vider d’un trait la petite thermos.
Mais le voilà qui se met à beugler, il tend le bras pour m’arrêter, mais trop
tard… Je viens de m’enfiler un paquet de centilitres de génépy maison, au goulot, cul
sec.


J’avais soif, il ne fait plus froid, je n’ai plus soif, la descente s’annonce rigolote.
J’ai chaud et je n’ai plus soif… et je ne suis plus blanche du tout mais qu’est ce que j’ai
chaud !

A suivre : La mort des saucisses.

Pièce de Guillaume Rousseau

 

 

 

 

Acte I : le confinement

 

Scène 1

Enregistrement : (Chevauchée des Walkyies+ discours de Macron)

Voix OFF : Ouah !!! Ce jeudi 12 mars à 20h10, l’annonce d’Emmanuel nous a tous bien pris de court. Et pourtant, on aurait dû prévoir. Il y avait des signes qui ne trompent pas : le matin même, à Poitiers, notre Ministre de l’Education, rappelait que les écoles resteraient évidemment ouvertes. Si c’est pas une preuve qu’il fallait se méfier.

Du coup, dès le lendemain, il a fallu organiser le confinement.

Enseignant (ou enseignante) : Bien, les enfants, on va rapidement préparer les affaires, car on ne sait pas quand on va se revoir… Non, Karine, pas à cause du connarovirus ! Du coronavirus !!… Jean-Paul, quand le Président parle de guerre, c’est une façon de parler… Non, c’est pas parce que tu es bon à World of Warcraft que tu es protégé… Non, Kévina, tout le monde ne va pas mourir… Oui, ben BFMTV… Ni se transformer en zombie, Pablo, non… Cassandra, pourquoi tu pleures ? (S’approche d’un enfant invisible) Faut pas te mettre dans cet état… Mais non, j’ai pas postillonné… Mais non, j’ai pas le virus… Arrête !!! (Sonnerie de fin d’école, l’enseignant sort)

 

Scène 2

Voix OFF : En un week-end, il allait falloir apprendre à faire classe à distance. Heureusement, comme l’a dit Jean-Michel Blanquer, nous étions prêts. Enfin, lui, apparemment, il était prêt. Parce que nous…

Enseignant(e) (entre, un minitel à la main) : Chéri(e), j’ai retrouvé ça au grenier…. Ben, pour faire la classe virtuelle. Qu’est-ce que t’en penses ? Je vais essayer de taper 36 15 Education Nationale, on verra bien (A part) A l’époque, j’utilisais 36 15 ULLA, ça marchait très très bien… Bon où est-ce que je vais pouvoir brancher ça, moi… (sort de la pièce)

 

Scène 3

Voix OFF : Allez, j’exagère, certains d’entre nous étaient quand même plus en lien avec la technologie.

Enseignant(e) : Chéri(e), tu sais comment je peux avoir du WIFI ?

Femme (ou mari) (dans les coulisses : T’avais qu’à le mettre sur la liste de courses

Enseignant(e) : N’importe quoi !! Le WIFI !!! Pour aller sur internet !!! … Laisse tomber. Si c’est important, j’ai une visio-conférence avec mes collègues, moi, Madame (ou Monsieur)  !

(Cherche du réseau) : Non, là, y a pas… Là non plus… (Part dans les coulisses) Ah là, c’est bon, nickel…

(Femme ou homme traverse la pièce, frappe à la porte)

Enseignant(e) : quoi, qu’est-ce qu’il y a ?

Femme (ou mari) : Ben, je dois y aller.

Enseignante(e) : De quoi ? Aux toilettes ? Ah mais ça va pas être possible. C’est le seul endroit où j’ai du réseau. Repasse dans 2 heures.

 

Scène 4

Voix OFF : Du coup, directement, les profs se sont connectés sur les Espaces Numériques de Travail et autres sites proposés par le CNED. Et c’est là qu’on a commencé à douter : il était vraiment prêt, Jean-Michel ?

Enseignant (e) : Bon, allez, on a à peu près une idée de ce qui nous attend, découvrons cet ENT. Nom, prénom, date de naissance, nombre d’enfants, numéro de sécurité sociale, tour de taille, pointure, et le mot de passe

(Tape indéfiniment sur son clavier.) C’est bon, j’ai tout bien renseigné.

(Long moment. Souriant jaune.) A mon avis, ça va être bien…

(Encore un long moment. Petit bruit) C’est bon ? … Ah non…. Il y a le recteur qui pédale dans la cave, c’est pas possible…

 (Encore un moment) Ben, les chats pornos, ça fonctionne mieux… Ah, ah, ah !!!!! 

(Lit sur l’écran) « Un trop grand nombre de personnes essaient de se connecter en même temps, veuillez réessayer plus tard.

(Abasourdi.)  Non, mais attends, tu déconnes !!! Il est 3 HEURES DU MATIN !!!!!!!

 

Scène 5

Voix OFF : Allez, soyons réalistes, personne n’était prêt. Mais on a bien dû se lancer et on est entrés en contact, notamment par téléphone avec les parents et les enfants, semaine après semaine. Et ça a donné des moments, disons… sympas (ironique).

Enseignant (e) (en train de dormir. Au public)Je suis dans mon lit. Je préfère préciser…

 (Le téléphone sonne) Oui, Karina. Oui, qu’est-ce qui se passe ? Rien de grave ?

 (Atterré) Tu n’arrives pas à faire le devoir d’anglais ? Tu comprends pas la différence entre le present past et le preterit ? Mais moi non plus, Karina à 4h du matin, je comprends rien à l’anglais. A 4 h du matin, je dors, Karina, I SLEEP !!

Voix OFF : Cette histoire est réellement arrivée à une collègue. Mais bon, on va pas se mentir, c’est pas vraiment l’excès de zèle des élèves et des parents qui nous a posé le plus de problèmes.

Enseignant : (Au téléphone)

Bonjour, Madame Calmier. Je voulais vous dire que j’avais bien reçu votre mail me disant que vous ne pouviez pas faire travailler Malvina, car vous n’aviez pas accès à votre boîte mail. C’est logique… Et sinon, je voulais savoir : vous me prenez vraiment pour un lapin de six semaines ??? De quoi, vous ne m’entendez plus ? De quoi, vous passez sous un tunnel ? Mais j’appelle sur votre fixe, Madame. MADAME !!

(Nouveau coup de téléphone) Bonjour, Madame Rémi. Je vous ai envoyé des documents pour le travail de Brian il y a trois semaines et vous ne m’avez rien renvoyé…. Un mail, dans votre boite… Non, pas besoin d’attendre le facteur, Madame Rémi, dans votre boîte MAIL. Voilà… Ce que vous devez faire ? Ben, vous ouvrez la fenêtre…. Mais non, ça va pas faire courant d’air. Bon, écoutez, passez-moi Brian, ce sera plus simple… Ben, vous le réveillez, 1 heure de l’après-midi, c’est une bonne heure pour se lever, non ?  Oui, bon ben, il me rappelle. Dans 10 minutes, sinon je sors une attestation et je coche « doit sortir un élève par la peau des fesses. » Merci, Madame Rémi.

Oui, Monsieur Cardon, vous allez bien ? Excusez-moi de vous déranger… Pourriez-vous retirer la photo Playboy que vous avez mise sur le site de notre classe de maternelle ? …. Vous ne la voyez plus ? C’est étonnant, parce que nous on la voit bien. Très très bien. On peut difficilement la voir mieux. Merci bien, Monsieur Cardon !!

 

Scène 6

Voix off : Les plus téméraires se sont lancés dans la classe virtuelle, une expérience…innovante.

Enseignant (dans les coulisses) : Chérie, je dois me lever, j’ai classe virtuelle ce matin.

Epouse (en coulisses) : Tu prends combien d’élèves ?

Enseignant : Ben, un seul ! On est sur le site de l’Education Nationale, hein ! A partir de deux, ça bugge !

Epouse (en coulisses) : T’as rien oublié ?

(L’enseignant sort, très bien habillé en haut, en pyjama et gros chaussons en bas)

Enseignant : Quoi donc ?

Epouse : Ton pantalon !

Enseignant : Ah ça ! On s’en fiche, la caméra ne descend pas jusque-là. (S’installe à l’ordinateur). Bonjour, Dylan. Dis donc, c’est quoi, cette coupe de cheveux ? Tu viens de te lever ? Non mais t’as pas honte, non ? T’as vu l’heure ? Bon, allons-y. La civilisation gallo-romaine : comme on avait vu la dernière fois, Jules César a vaincu Vercingétorix en 52 avant Jésus-Christ. Et alors…. (On entend la télé à fond). Dylan, tu peux demander à ton père de baisser la télé, s’il te plait ?

Dylan (en coulisses) : Papa, mets moins fort.

Le père (en coulisses) : Ouais ben c’est bon. Il me saoule, ton prof’ !

Enseignant : Euh, oui… donc…  la civilisation gallo-romaine : comme on l’avait vu la dernière fois, Jules César a vaincu Vercingétorix à Gergovie en 52 après Jésus-Christ.

(Tout à coup, une personne déguisée en lapin passe dans le fond)

Enseignant : De quoi, un lapin ? T’as fumé, Dylan ? Bref, la civilisation ramo-gollaine : comme on l’avait vu la dernière fois, (Un chasseur passe) Pardon, Dylan ? Un chasseur ? Ca te va pas trop, le confinement, toi ! Reprenons : donc, Gergovie a vaincu Alésia à Vercingétorix en … (Le lapin arrive, trainant le chasseur). Quoi encore ?!!! (L’enseignant découvre ses enfants déguisés et rit jaune.) Ce sont mes enfants, ils n’ont que ça à faire au lieu de bosser. S’ils sortent pas d’ici vite fait, JE LES BOUFFE AVEC DES PRUNEAUX !!!

Bon, Dylan, reprenons : le théorème de Pythagore a été découvert par Vercingétorix : (Bruit d’aspirateur. Sa femme, arrive, aspirant sous le bureau…) ça disait que tout corps plongé dans un liquide en ressort mouillé… (L’enseignant, se retournant vers sa femme) Chérie, tu pourrais pas éviter de passer l’aspirateur maintenant ? C’est pas vraiment le moment !!

Epouse : Ben, faut pas se fâcher comme ça, mon loulou. Tu m’as l’air tout tendu, tout stressé (Retire sa robe de chambre, s’assied sur les genoux de l’enseignant et défait le col de son mari). On va trouver un moyen de le détendre, ce petit coco.

Enseignant (très gêné) : Chérie, t’as oublié ? Je suis en classe virtuelle.

Epouse : oups : Pardon ! Bonne journée !

Enseignant (reprenant des esprits, claquant dans ses doigts) : Dylan ! Dylan ! Elle est partie ! C’est ici que ça se passe. On en était où ? Le général de Gaulle, c’est ça ? Bon , écoute, la séance est finie de toute façon, on a bien avancé, tu me retiens tout ça pour la semaine prochaine. (Eteint l’ordinateur) Chérie ? Si on reprenait où on en était ?

 

Scène 7

L’enseignant, Kylian, son père et sa mère, dans un fauteuil improvisé.

Voix off : Oui, vraiment, on a connu des situations pour le moins… cocasses.

Enseignante : Bonjour, Kylian, comment vas-tu ?

 (Kylian est assis dans le fauteuil, l’air gêné.) Prêt pour les maths ? (Arrivent les parents de Kylian, qui s’installent dans le canapé avec chips, pop-corn, coca…)

Mère de Kylian : ‘Jour, M’dame. Kylian, il nous a parlé que c’est vachement bien, les séances avec vous. Du coup, on s’est dit qu’on pouvait venir regarder, ça vous dérange pas ?

Enseignante : ben…Euh….

Mére de Kylian : Super ; On va lui donner un p’tit coup d’main, parce que bon…

(A part, à la maîtresse) On était venu vous voir la dernière fois parce qu’on pensait qu’il était précoce, mais en fait, après deux mois de confinement, on s’en rend compte, hein : il est un peu con …et chiant….

Bref, moi, j’pensais que vous étiez des feignasses, vous, les profs, mais en fait, c’est un vrai boulot que vous faites, hein…

Enseignante : Heu…c’est gentil, merci… On va peut-être commencer les maths. Kylian, combien font 6X7 ?

Père de Kylian : 45

Enseignante : Monsieur, s’il vous plait ! 6X6

Père de Kylian : 12. Ça, on ne me colle pas sur les maths.

Enseignante : Bon, passons. On va plutôt corriger les exercices sur le passé composé.

Mère de Kylian : On lui a pas fait faire. On s’est dit que c’était trop facile. Je suis sûr que vous comprendrez.

Enseignante : Mais bien sûr … Sauf que le travail de l’école, c’est obligatoire. Donc, c’est à faire pour demain. Je suis sûre que vous comprendrez. Du coup, on va revoir un peu l’Histoire alors. Comme on a vu la dernière fois, Jules César a vaincu Vercingé…

Mère de Kylian (l’interrompant) : Pardon, je vous coupe, hein, mais j’ dois aller faire les courses, et puis mon mari doit passer la tondeuse. On peut vous le laisser ? Il va être sage. Hein, tu vas être sage, Kylian ?

Père de Kylian : A tout à l’heure, ma chérie. Kylian, va m’chercher une bière, va. (Kylian sort. A la maîtresse) C’est sympa, c’que vous faites… Il vous aime bien, Kylian… Pis il vous trouve jolie… Moi, avec une jolie maîtresse comme vous, j’aurais eu du mal à me concentrer…

Enseignante (très gênée) : Euh… C’est gentil…

Père de Kylian : Dites, vous auriez pas une page Facebook perso ; pour qu’on puisse discuter culture, éducation, anatomie…

Enseignante : Non, mais ça va pas, non ! (Ferme son écran et sort)

 

Scène 8

Voix off : Eh oui, ça a été folklorique. Mais nombreux sont les parents qui ont compris qu’on n’était pas que des feignants. Comme quoi, tout le monde n’est pas Sibeth.

(Discours de Sibeth sur les enseignants à la cueillette des fraises).

Agriculteur : Cré vin diou. Je m’présente : Fernand , spécialiste ès garriguettes. Ça va-t-i ? Moi, ça va. Enfin, ça va…  Ça va mieux. Parce que quand j’ai appris que j’aurai du mal à avoir des saisonniers pour les fraises, ben, j’étais pas jouasse. Et après, quand on m’a proposé de me refiler des enseignants, tout ça parce qu’ils étaient les seuls à pas bosser pendant le confinement, j’peux vous dire que j’ai failli péter les plombs. C’est pas pour dire, mais on les connait, les cocos. Suffit de regarder BFMTV et CNEWS pour savoir un peu comment qu’i travaillent…..

J’peux vous dire que quand je les ai vus débarquer tous avec leur polaire Décathlon, j’ai pris peur. Qu’est-ce qu’ils allaient foutre dans mon champ ? Tout de suite, ils m’ont prévenu : y en avait la moitié qui étaient syndiqués, ils ont demandé à travailler 18 h par semaine, pour soi-disant, préparer la cueillette. Ben tiens ! Et une pause de 15 minutes toutes les 2 heures, en plus. Et j’vous dis pas la quantité de café consommée !!

Quand on a réussi à s’mettre d’accord sur les conditions, j’me suis dit « Ils vont s’mettre à bosser. » Que nenni ! Y a le prof de français qui a commencé à réciter une ôde au soleil, le prof de SVT qui nous a fait un topo sur les méfaits des engrais artificiels sur l’environnement., et le prof de maths qui a commencé à calculer le rendement maximum à l’hectare selon l’emplacement des plants. Je vous parle même pas de l’instit, enfin du professeur des écoles, qui voulait faire une liste des compétences requises et des objectifs à atteindre, et réaliser un Projet Personnalisé de Réussie Educative pour les fraises décrocheuses. J’ai pas tout bien compris.

Mais bon, quand ils s’y sont mis, il faut reconnaître que c’était pas mal. Faut dire qu’ils étaient pleins d’énergie, pas usés par des années de dur labeur. Et leur manière de ramasser les garriguettes, c’était d’un délicat ! Ils avaient les mains douces : des vraies mains de fonctionnaires. Du coup, ça a boosté nos ventes. On a créé un label de qualité, agréé Education Nationale, avec ce slogan : « Soyez exigeants, demandez les vraies garriguettes cueillies par nos enseignants récoltants. » Un vrai carton.

Alors, quand ils ont dû repartir pour une histoire de continuité pédagogique, je peux vous dire qu’on les a regrettés. Moi qui comptais sur eux pour les moissons… Enfin, s’il y a une deuxième vague, ils seront pt-être là pour les vendanges. »

 

Acte II : sortie de confinement

 

Scène 1 

Voix off : On a bien profité, mais les meilleures choses ont une fin, et les vacances…euh, le confinement, comme dirait Jean-Michel, allait bientôt se terminer. En ce 13 avril, le Président annonçait la possible réouverture progressive des écoles (Discours de Macron). Bon, cette fois-ci, on s’y attendait, quelques jours plus tôt, Jean-Mich’ avait précisé qu’il n’y était pas favorable. Mais pour cela, il fallait protéger les enfants. Que les enfants ??

(Arrivée d’un recteur. Il sort un parapluie et l’ouvre. Dessus est inscrit Protocole Sanitaire. Un prof arrive, salue le recteur. Il ne sait d’ailleurs pas trop comment le saluer.)

Enseignant : Vous attendez quelque chose, Monsieur le Recteur ?

Recteur : la rentrée des classes.

Enseignant : Vous aussi…. Je suis un peu stressé , pas vous ?

Recteur : Pas du tout. On a tout ce qu’il faut. (Montrant le parapluie). On est prêts ;

(De l’eau coule sur le parapluie. L’enseignant reçoit toute l’eau.)

Enseignant : Il pleut, non ?

Recteur : Pas remarqué ? (Il sort, laissant l’enseignant seul.)

Enseignant : Ça doit être ça qu’on appelle la théorie du ruissellement. (Sort)

 

Scène 2

Voix off : Ah, le protocole sanitaire !!Bien pensé, réalisé en concertation avec les principaux intéressés et surtout avec une parfaite connaissance des réalités du terrain.

Enseignant (arrive avec un très gros classeur, bourré à craquer) : Chérie, j’ai imprimé le protocole sanitaire, tu viens voir ? (L’épouse arrive) Désolé, j’ai vidé la cartouche, mais je suis sûr que ça en vaut la peine. Tu viens le survoler avec moi ?

Epouse (enseignante elle aussi) : Je n’attends que ça. Depuis le temps qu’on l’attendait !! Je peux regarder ?… Oh, ça a l’air bien écrit !!!

Enseignant :  Page 1 : Les élèves doivent être obligatoirement séparés d’un mètre de chacun de leurs camarades, et assis sur des tables individuelles. Un maximum de 15 élèves. Pour l’organisation matérielle de la classe, reportez-vous à la page 212 alinéa 4…. On verra après.

Enseignante : L’enseignant doit nécessairement porter un masque pour faire classe. Il est interdit de toucher ses affaires, de corriger ses affaires, de s’approcher trop près… Si un élève a besoin d’aide, reportez-vous à la page 212, alinéa 4.

Enseignant : Bon…ensuite… L’enfant ne doit en aucun cas prêter son matériel. Il conviendra de nettoyer chaque crayon au gel hydroalcoolique après usage. Au cas où un élève aurait oublié ses affaires, reportez-vous à la page 212, alinéa 4. Mais c’est quoi, cet alinéa 4. Mais c’est quoi, cette page 212 alinéa 4. On va voir ?

Enseignante : Alors, page 212, alinéa 4 : …Démerdez-vous !

Enseignant : Ah ben ça c’est cool, c’est comme avant le confinement au final (Ils sortent.)

 

Scène 3

Voix off : Eh oui, comme d’habitude, on a déplacé nos chaises, retiré tous les affichages, barricadé les armoires avec du gros scotch, fléché le sol et les couloirs, … bref transformé nos classes en refuge post attaque nucléaire. Puis on s’est remis en contact avec les parents.

(Un enseignant au milieu, les parents tout autour.)

Parent 1 : Vous ouvrez l’école que lundi ? Ben , dis donc, vous vous embêtez pas. Tranquilles, les profs.

Parent 2 : Non, mais vous êtes malades de rouvrir l’école, avec tous les risques…

Parent 3 : C’est quand même très inquiétant, toute cette histoire. On n’est pas rassurés. Je vous mettrai les enfants lundi. Pour la cantine, c’est bon aussi ?

Parent 4 : Vous pourriez pas plutôt venir faire classe à notre fille chez nous, parce qu’on a peur de la mettre en contact avec les autres ?

Inspecteur : Bonjour, c’est l’inspecteur. Je vous rappelle qu’il faudra m’envoyer chaque jour le nombre d’élèves présents, leur âge, la moyenne de leur température, et faire un bilan sur leur sommeil et leur digestion. Je compte sur votre compréhension, je vous remercie.

Parent 5 : Oui, ben, je sais que j’ai pas répondu à tous vos messages pour savoir si je remettais mes gamins ou pas. Mais j’ai pas que ça à foutre, je travaille, moi !!!

Parent 6 : Vous travaillez pas l’après-midi ?

Parent 7 : Je sais que c’est pas le moment, mais bon, on est début mai, et je pense qu’après 2 mois de vacances, vous avez eu le temps de remplir le dossier d’inscription au collège pour ma fille. Comment ça, ma fille est en CE1 ? Je vois pas le rapport.

Parent 8 : Je vous ramène tout le travail de Sidjy à corriger ?

Parent 9 : Vous avez envoyé du travail pendant le confinement ? Non, j’ai pas ouvert ma boite mail, pourquoi ?

 

Scène 4

Voix off: On a mis nos masques. Des masques chirurgicaux, évidemment !!

Enseignant (rejoint son collègue sur la scène, un masque de soirée sur le visage) : Salut, ça va ?

Autre enseignant : Qu’est-ce que tu fous avec ça ?

Enseignant : C’est pas les bons masques ? Oups !!

 

Scène 5

Voix off : Pour le gel, pas de problème, on connait. Ça fait 35 ans qu’on a droit au gel du point d’indice. Et donc, le 11 mai, on était prêts pour accueillir nos élèves.

Enseignant: Allez, on va commencer la dictée…. 

Kevin, va écrire la date au tableau.

T’as mis tes gants ? Prends une nouvelle craie surtout.

Marvin, éternue DANS TON COUDE !!!

C’est la 3ème fois qu’on change de masque depuis ce matin !

Va te laver les mains, AVEC DU SAVON cette fois-ci ! Oui, je sais qu’il n’y avait plus de savon la dernière fois…

Vous avez écrit la date, c’est bon ? ?

Qu’est-ce qu’il y a Cyrielle ? ? Je ne comprends rien avec ton masque, ARTICULE !?

T’as pas de stylo ? Prends un crayon. T’as pas de crayon ? Bah prends un feutre, n’importe quoi, je sais pas moi…

 Non Julie, tu ne peux pas lui prêter un stylo, vous savez bien ! ? On a relu les règles Covid ce matin en arrivant.

Bon, Kevin, ton masque !

T’as lavé tes mains Marvin, ça y est? Comment ça, y a la queue aux toilettes? C’est sûr qu’avec un lavabo pour 60 élèves, forcément y a du monde.

Bon d’accord, prends une noisette de gel hydroalcoolique mais tu ne le LÈCHES pas cette fois !

Où j’en étais déjà ? Ah oui, la date ! C’est bon pour tout le monde ? ?

Lucas, c’est la dernière fois que je le dis ! Le masque, ce n’est pas un LANCE-PIERRES pour GOMME ! La prochaine fois, je te le confisque…Ah ben non !?

Comment ça c’est l’heure de la récré ? Mais non, 10h10, c’est la récré des CP. Nous c’est 10h25.

Vous écrivez “dictée” et vous soulignez avec la règle. Pensez à la désinfecter avant !

Oui Mohamed ? La mine de ton crayon est cassée ? Va le tailler. T’as pas de taille-crayon ? Non, je ne peux pas t’en prêter un, c’est dans les règles Covid !

On commence la dictée. Vous êtes prêts ?

Marvin, DANS TON COUDE ! Mais noooon ! Ne te gratte pas le nez juste après !

Bon, GEL !?

Kevin, MASQUE ! ?

Rayan, le masque, ce n’est pas un BANDEAU DE PIRATE ! ?Je vais le confisq…. !

Bon j’abandonne la dictée ! On passe à l ‘anglais : the dog is the best friend of the man. Non, Ryan, pas ve/the . The ; (Retire son masque) THE. Mais non, je t’ai pas postillonné dessus….

Julie, MASQUE !?Marvin, COUDE ! Sarah, GEL ! Yasmine COUDE ! Sabrina, GEL !

Argh, la récré !  Rappelez-vous, la règle des 1 : en rang 1 par 1 et à 1 mètre de distance…

 

Scène 6

Voix off : Faire l’école avec un masque, c’est sympa 5 minutes, mais c’est un peu comme être garagiste avec des moufles quand même. Alors, retirer ces quelques cm2 de tissu le soir, je peux vous dire que ça avait quelque chose de particulièrement jubilatoire.

(Musique You can leave Your Hat on de Joe Cocker. Strip-tease de masques)

 

Scène 7

Voix off : On rigole, on rigole, mais y a pas eu que des moments sympas. Parce que si, avec les enfants et les parents, ça se passait plutôt bien, nous étions obligés d’affronter un autre virus, peut-être bien plus dangereux que le premier : les calomnies des hommes politiques et des journalistes, bien planqués » sur leur plateau télé. Et là, tout à coup, j’ai beaucoup moins envie de rire.

Une personne arrive avec un tas de cailloux qu’il déverse sur la scène. Un enseignant arrive. A chaque critique ( cf. vidéo à fabriquer avec tout ce qu’on a pu entendre), il met une pierre dans son sac de classe, jusqu’à ce que le sac devienne trop lourd pour être porté.

 

Scène 8

2 types font les piliers de bar. Un enseignant arrive, déguisé en chevalier (ou un truc du style). Il s’adresse aux 2 types.

Enseignant : Messires, priez pour mon salut. Je m’en vas affronter des hordes d’élèves vérolés. Mais comme l’a si bien rappelé Jean-Paul Brighelli :

« Monseigneur Belsunce, en 1720, s’est-il demandé s’il était immunisé contre la peste qui sévissait à Marseille avant de s’occuper à soulager les mourants ? « À Dieu ne plaise que j’abandonne une population dont je suis obligé d’être le père, dit-il. Je lui dois mes soins et ma vie, puisque je suis son pasteur. » Il avait la foi, certes — mais le chevalier Roze, qui en fit autant à la même époque au nom du Roi, faisait juste son devoir. Ils étaient simplement courageux. » Fi donc de la peste covidienne, je m’en vais abreuver les âmes de connaissances pour le bien de la France. Dieu ait pitié de mon âme.

(Quitte la scène)

1er type : complètement cinglé. Je te leur foutrais mon pied au cul à tous ces feignants.

2e type : Eh bé, qué misère…..

1er type : Mi, j’te l’dis, y a Pascal Praud qui a  dit à la belle-soeur de mon garagiste, qui l’a répété à ma concierge : la plupart ils ont pas voulu rentrer, ces salopiauds. Vont encore profiter du covid pour se faire 6 mois de vacances aux frais du contribuable.

2e type : Eh bé, qué misère….

1er type : Pourtant, sincèrement, Jean-Michel Blanquer, il leur a promis toutes les protections. Il a dit qu’ c’était moins dangereux d’être en classe que d’être chez soi. Sincèrement, qui c’est qui lui ferait pas confiance, à c’t homme-là. Quand il dit quelque chose, il est sûr de lui, c’est ça qui est bien.

2e type : Eh bé, qué misère…

1er type : Déjà qu’ils étaient 4 à 5 % à avoir resquillé pendant l’ confinement, qu’i z’ont dit sur France 2. Bientôt autant que le taux de présence à l’Assemblée Nationale. Tu t’ rends compte ? Comme dirait un ministre : « Si les caissières avaient fait comme les profs, on n’aurait rien eu à bouffer. »

2e type : Eh bé, qué misère… Enfin, chez nous, c’était plutôt le contraire, c’tait l’indigestion tellement on en avait . C’tait pas pareil chez toi ?

1er type : J’en sais rien , j’ai pas regardé, j’ai pas qu’ça qu’à foutre. Chacun son boulot.

2e type : C’est vrai, ça. Au fait, tu fais quoi, toi, comme boulot maintenant ?

1er type : Rien, tu rigoles. J’ m’abaisserai jamais à ça, c’est un principe. Je suis un révolutionnaire, un vrai, jamais j’aiderai le capitalisme, moi, mossieu.

2e type : T’as bien raison. Eh bé, qué misère….

 

 

ACTE III : sortie définitive du confinement

 

Scène 1

Voix off : Feignants ou pas, il allait bien falloir s’y remettre, puisque, le 14 juin, notre président avait annoncé le retour de tous les élèves pour le 22 juin (Extrait du discours de Macron le 14 juin) Finies les vacances. Une rentrée d’ailleurs essentielle de deux longues semaines selon Jean-Michel, où les élèves allaient pouvoir rattraper tout le retard accumulé, retrouver leurs copains qu’ils ne voyaient que dans la rue, et préparer la fête d’école (Une petite Lambada à 2 m d’écart, ça peut être sympa.) De toute façon, notre ministre nous l’avait bien précisé : il était bien moins dangereux de se rendre à l’école que de rester chez soi ( musique de l’Opportuniste de Dutronc).

1er enseignant : (en train d’organiser les tables en les mettant dans tous les sens, à la verticale…) : comme ça ? … Non… Comme ça ?

2e enseignant : Ben, qu’est-ce que tu fais ?

1er enseignant : Ben, j’essaie d’organiser mes tables pour pouvoir faire rentrer tous mes gamins. C’est vraiment pas évident.

2e enseignant : Mais qu’est-ce que tu te prends la tête ? De toute façon, le protocole qu’on a reçu ce matin, (montre un post it) c’est un projet. C’est beaucoup trop tôt, on n’est que vendredi soir. Le protocole définitif provisoire, c’est pas prévu avant lundi 8h -8h30.

1er enseignant : Si on est large.

2e enseignant : De toute façon , maintenant, faut que ça rentre, donc c’est seulement 1 mètre latéral. Le virus, on a découvert qu’il se déplaçait en crabe. Du coup, il suffit de les mettre chacun à un bout de la table et de leur demander de se pencher sur le côté (Les enseignants se penchent chacun d’un côté.) Comme ça, plus aucun danger. Et puis c’est pratique.

1er enseignant : Ouais. A défaut de te choper le virus, tu te retrouves avec un bon lumbago, quoi.

2e enseignant : On peut pas tout avoir. Mais tu sais, en même temps, tu te poses vraiment beaucoup de questions. Jean-Michel, il a dit : « Il faut que ça rentre, quitte à forcer un peu. » Alors, il a inventé le mètre relatif.

1er enseignant : Qu’est-ce que c’est qu’ça, encore ?

2e enseignant : (sort un mètre-ruban et mesure ) : Tu vois, ça , ça fait un mètre. Mais si tu plies…, ben, ça fait un mètre aussi. Et comme ça, ça rentre nickel.

1er enseignant : C’est vraiment pas con comme idée. Je ferais bien pareil avec les femmes, moi (sourire en coin). Après, on s’embête, mais ce qui pose problème, c’est tout le matériel qu’on nous a rajouté ces dernières années. Faut enlever tout ca. Le recteur de l’académie de Créteil, lui, il a eu la solution. Regarde (Sort le journal) « Aujourd’hui, le corps enseignant doit trouver des solutions pour accueillir les élèves et je leur fais totalement confiance, y compris si la solution réside dans le fait d’enlever les tables. » Pas mal comme idée, non ? Et il continue : « La classe ne s ‘est pas toujours passée avec des élèves assis à des tables. Avant 1880, les élèves n’avaient pas de tables dans les classes . » Ca , c’est une idée qu’elle est bonne : le retour aux bases. (Il sort deux silex de sa poche, puis commence à retirer son pull.

2e enseignant : Qu’est-ce que tu fais encore ?

1er enseignant : au cas où il faudrait revenir encore plus en arrière, je vais me mettre dans la peau d’un prof d’il y a 200 000 ans. Je vais me mettre à poil et je vais leur apprendre à faire du feu avec des silex.

2e enseignant : T’es con ! En même temps, ça pourrait plaire à nos collègues féminines.

1er enseignant : Ou pas… (Ils sortent en se marrant.)

 

Scène 2

Voix off : Ah, le respect du protocole ! A l’heure où le ministère lui-même annonce qu’il faut absolument respecter les règles sanitaires, mais pas trop quand même, le monde enseignant se trouve séparé en deux clans irréconciliables : ceux qui en ont ras le bol de tout ça, et qui ont juste envie de reprendre la vie comme avant et ceux qui vont tout faire pour conserver les distances de sécurité.

(Un enseignant place deux tables l’une sur l’autre, puis un escabeau. Va chercher deux élèves)

Enseignant : Claire, tu t’assieds en bas, Paul en haut. (Paul grimpe sur l’escabeau. L’enseignant sort son mètre et vérifie les distances entre les deux têtes)1 m 50, nickel. Paul, tu respires vers le haut, s’il te plait, merci On va pouvoir commencer : Histoire : Jules César a donc vaincu Vercingétorix en 52 avant JC…

Marie : Tu pues des pieds…

Voix off : Pour certains, la peur du virus, notamment avec une classe entière, vire à la psychose…

Claire : Monsieur, j’ai fini mes soustractions.

(L’enseignant arrive avec l’habit du GIGN et un énorme crayon. Se protège derrière son bouclier)

Enseignant : Tu as oublié ta retenue ici. (Repart en position de protection)

Voix off : …voire au délire…

Marie : Monsieur, j’ai fini ma dictée.

(Une longue canne à pêche se déplie jusqu’au cahier)

Enseignant : T’as oublié un s là.

Voix off : Certains arrivaient encore à être stressés en récréation.

(Deux élèves se lancent un ballon. Le premier le laisse rebondir sur le sol sans le ramasser. L’enseignant passe avec son vaporisateur pour désinfecter le ballon avant que l’autre enfant ne le ramasse. Après cinq secondes, le ballon part sur le côté et un autre élève cherche à le ramasser.)

L’enseignant (hystérique) : Tu touches pas à ce foutu ballon tant qu’il a pas été désinfecté, c’est clair !!!!

Voix off : Ceci dit, pour la plupart d’entre nous, on avait bien compris ce que nous avaient précisé tous les scientifiques : le virus ne pouvait agresser les élèves que dans la classe, une fois passée la porte de la cour, il était inactif.

(Les 2 mêmes enseignants, dans la cour de récréation, en train de jouer, chahuter de se pousser…)

1er enseignant : Ça fait du bien de les voir s’amuser un peu, retrouver leur insouciance, profiter les uns des autres.

2e enseignant : C’est clair. Le brouhaha de la cour me manquait vraiment. Pour un peu, on pourrait croire que tout ça est derrière nous, et que la vie va pouvoir reprendre son cours comme avant. Bon, je vais siffler.

Un des 2 enseignants (après avoir sifflé, totalement hystérique) : J‘ai déjà dit qu’on se mettait pas par 2, mais les uns derrière les autres !!

On garde les distances de 1 m50, on touche pas les murs pleins de virus, on se tait pour ne pas contaminer l’air et on va se laver les mains 3 minutes chacun, c’est bien compris ???

 

Scène 3

Voix off : Effectivement, c’était une période légèrement stressante pour tout le monde. Heureusement, le ministère a trouvé une solution pour nous remercier et remotiver ses troupes : une augmentation de salaire…. Mais nan, j’déconne. Quelque chose de beaucoup mieux que ça….

(2 enseignants entrent)

1er enseignant : Salut, Paul. Regarde ce que j’ai eu.

2e enseignant : C’est quoi, ce truc ?

1er enseignant : C’est un open badge, monsieur.

2e enseignant : Vas-y, explique.

1er enseignant : Si on a bien travaillé pendant le confinement, on peut demander un joli badge tout coloré comme ça. Il y a celui de bâtisseur, de passeur, (je sais pas bien ce que c’est) d’explorateur (comme Dora). On a aussi celui de répondeur téléphonique, d’imprimeur de documents, d’informaticien, de garde d’enfants, de meilleur cueilleur de fraises…

2e enseignant : C’est le même système que les bons points pour les enfants en gros.

1er enseignant : Ah non, pas tout à fait. Les enfants, on leur donne s’ils ont bien travaillé. Là, il faut les demander. Et puis, c’est un badge virtuel, il faut cliquer dessus et le télécharger, et après tu l’imprimes chez toi.

2e enseignant : A se retrouver badgés, on n’a pas du tout l’impression d’être pris pour des pigeons. Et à partir de 10 badges , t’as droit à quoi ?

1er enseignant : Un bras d’honneur, je suppose.

2e enseignant : Et pour les élèves studieux, il y a quelque chose de prévu ?

1er enseignant : T’as pas entendu parler ? Après la nation apprenante, ils vont avoir droit aux vacances apprenantes. Tout un programme !! Ça va leur changer, à certains, qui se sont fait un confinement glandouillant. J’ai un peu l ‘impression d’une Education Nationale foutagedegueulisante.

2e enseignant : Tu vas y participer ?

1er enseignant : Certainement pas. Je vais leur foutre la paix. Déjà que tout ça a donné des idées à Jean-Michel. Il a dit : « Je suis de plus en plus favorable à une vision où l’emploi du temps de l’enfant serait vu pas seulement sur les heures de cours, mais un petit peu sur ce qui se passe dans sa vie le mercredi et le week-end, sans arriver à un big brother éducatif. » Ben tiens. On va bientôt les suivre sous la douche et dans le lit, nos mômes. Je suis pas sûr que ce serait très bien vu. Alors, tu m’excuseras, mais moi, je vais prendre des vacances vacançantes. (Ils sortent)

 

Scène 4

Voix off : Et c’est comme ça qu’on a terminé cette année scolaire, pour le moins … originale. On ne sait pas de quoi demain sera fait, si on pourra tous se serrer dans les bras à la rentrée ou si on mettra des masques à partir de la crèche, mais pour l’instant, je vais me reposer un peu, Et même si, comme tous les métiers, on n’a pas rigolé tous les jours, je remercie tous les parents et surtout les enfants d’avoir vécu ces moments avec nous.

Enseignante : Coucou, Karina, qu’est-ce que tu m’apportes ? De la confiture de fraises, comme c’est gentil !! Les enfants, je voulais vous souhaiter de bonnes vacances et… (Tous les enfants s’approchent)

Enfants : Madame !! (Se collent à la maîtresse)

Enseignante : Non, les enfants, c’est pas possible, le virus (Elle abandonne finalement et les enserre). Allez, venez là, les cocos !

 

de Alice Versal auteure de Réparatrice d’Ailes (Calamity en SEGPA)


Un hiver sur deux, les classes des grands CM1 et CM2 ont la chance de partir
loin de la mer.

Même si nos joyeux drilles n’ont pas toujours le pied marin, on se dit
que le pied montagnard ça ne doit pas être trop compliqué. Et puis soyons honnête,
mettre une combinaison de ski est certainement bien plus facile qu’enfiler une
combinaison néoprène à Chouchou. Parce que Chouchou, il n’est pas très agile de ses
dix doigts et malgré la couche de graisse réglementaire, rien ne glisse
réglementairement.
Alors Maîtresse prend les choses en mains : elle tire sur la partie inférieure,
elle remonte la partie supérieure. Elle se met derrière, elle se met devant, accroupie,
puis debout. On saute ensemble pour que les jambes glissent sans souplesse, on
transpire de concert pour permettre la lubrification du machin.

Dix minutes plus tard, essoufflée, suante et fière du résultat, je me recule de
quelques pas pour contempler le miracle : Chouchou et ses petits bourrelets non
disgracieux moulés dans une combinaison néoprène noire et jaune. Une véritable
petite guêpe ! Je ne suis pas peu fière, telle Christina Cordula devant son dernier
relooking ! Manifaïque !!! Mais voilà Chouchou qui susurre. On dirait Carlita qui chante
son dernier tube.


– Quoi Chouchou ? Tu essaies de me dire quelque chose ? Pas la peine de me
remercier, vraiment ! On a réussi en équipe.
– Nan c’est pas ça, mais on peut l’enlever ? Parce que j’ai envie de faire pipi. On
peut hein?
Je ne m’étendrai pas sur ma réponse polie mais négative, qui n’avait rien à voir
avec celle qui clignotait dans ma tête comme une vitrine de Noël sur les Champs
Elysées : Pisse dedans et fais pas suer !


Une combinaison de ski ? Trop facile. Pendant la réunion de préparation on a
bien rappelé aux parents des équipiers virils de l’équipée sauvage, qu’il faudrait revoir
l’enfilage de collant avant le grand départ et l’ajustement du masque, l’intérêt de
mettre un caleçon propre chaque jour, … des détails mais détails importants quand
même. Tout le monde était d’accord, donc on peut partir confiant.


Le jour J est arrivé, il est temps de monter dans le bus. Il faut compter les
passagers, à la montée, puis à l’intérieur et puis une autre fois parce que Zouzou avait
oublié son sac et a du redescendre, parce que Bichette préfère changer de place,
parce que Maman Terminator est montée changer de place à son rejeton, qui est
malade quand il est au-dessus des roues sauf que Terminator il est retourné devant
parce qu’avec son copain Grande bouche, ils ont décidé de faire une nuit blanche et
qu’à côté de Chouchou ça va être moins drôle.
Donc on recompte encore et encore ! Ok on est bon 64 ! Hummm J’ai comme un
doute. Je reprends le dossier. 63 ! Bon les copines, on s’est trompé, on recommence
ok ? 61, 62, 63, … 64. Crotte, ça insiste ! Bon les petits loups, vous levez tous la main,
et quand on vous appelle, vous baissez la main.. C’est compris ? Ouiiiiiiiiii, une vraie
approbation digne d’un vote au parti communiste chez Staline ! Terminator, Chouchou,
Bichette… tout le monde baisse le bras, donc 63. Non ? Quoi Maîtresse Blondinette ?
Tu viens de les recompter ? 64 ?
Bon je ne suis pas super forte en sciences mais sauf erreur la reproduction
spontanée ça n’existe pas, si ? Aux grands maux, les grands recomptages.
Tout le monde descend, allez zou en rang. Et là je vois le regard étonné
( j’essaie de me rassurer parce qu’en vrai le regard serait plutôt celui d’une dinde, le
jour de Thanksgiving, face à un pèlerin aviné et titubant ) du chauffeur de bus, qui se
dit qu’à ce rythme on arrivera à Gérardmer pour la fête des Jonquilles. 64 comiques
qui descendent, grrrr. Bon maintenant vous remontez quand je vous appelle. C’est
reparti Terminator, Chouchou, Bichette… Blondinette, tu recomptes à l’intérieur s’il te
plaît ?
63 !!! Personne n’étant mort entre les sièges 13 et 66, personne n’ayant disparu
dans une faille spatio temporelle entre les roues arrière et les roues avant, avec
Blondinette, on se regarde, on se sent que le truc part un peu de travers, alors que les
roues n’ont pas bougé d’un seul millimètre, quand j’entends une petite voix à
l’extérieur du bus :
– hihihihi c’était rigolo quand j’étais dans le bus. La directrice elle, elle rigolait
pas. Tu sais pourquoi elle rigolait pas, maman ? C’est bientôt qu’il part mon frère ?
Parce que j’ai faim maintenant.


Et en un instant le chauffeur, dans un sursaut de lucidité, ou seulement pour
m’éviter de longues années dans une tenue non ajustée et peu gracieuse, dans les tons
gris mur d’enceinte, prit la décision de fermer la porte du bus et de faire un
démarrage sur les chapeaux de roue qui me valut un atterrissage non contrôlé et dans
une position non réglementaire dans la coursive. On the road again.


Je vous épargnerai les 16 h de trajet, avec les arrêts divers et variés pour
manger, faire pipi, courir, vomir et éventuellement dormir. Et toujours cette légère
odeur entêtante d’une couche remplie qui aurait été oublié par les anciens passagers,
membres de l’EPADH « Les joyeux rossignols » en pèlerinage à Lourdes. Mais passons,
on finira bien par trouver la source.


La découverte de la montagne au petit matin, les pleurs d’émotion, les cris
d’excitation sont des bonheurs incommensurables, le plaisir indicible de la maîtresse
d’école. Ce pourquoi elle a passé des heures à monter un dossier en 12 000
exemplaires, passé des coups de fils pour tenter de faire baisser les prix, passé des
jours à compter les petits sous gagnés un par un par la vente d’objets moches mais
super pratiques.


Sur place, il faut répartir les chambrées. Heureusement avec Blondinette, on a
tout préparé avant. Les gaillards sont répartis selon leur pouvoir de nuisance et
parfois aussi par affinités, mais ça c’est plus rare. Et bizarrement malgré toutes nos
précautions, on sait qu’il y aura une « chambre Pinder », celle qui émoustille tout
enseignant, celle qui sera à l’origine des légendes que l’on se racontera le soir au coin
du feu, ou en salle des profs en sirotant une liqueur de mirabelles.
Et comme prévu dès le premier jour dans la « chambre Pinder », le fumet de la
couche des joyeux rossignols nous prend aux narines. Et comme dit l’autre en
regardant son couteau : Bizarre… bizarre, moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre.
Fouille réglementaire, rien de bizarre. On se dit que l’odeur est peut être
corporelle. Alors les gars, à la douche ! D’ailleurs maîtresse et maîtresse Blondinette
vont y aller aussi. Ensemble, parce que pour d’obscures raisons de répartition elles
partagent une douche sur le palier, mais où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. A ce
qu’on est bien quand on est dans son bain, avec des copains !


Une fois savonnées, récurées, c’est la revue de détails, on vide les valises, on
s’organise et on évite les vocalises ( parce que les hurlements dans les chambres, si on
n’est pas dans son canapé, devant un film d’horreur, où une blonde se fait courser par
un mort vivant zombifié, c’est vite chiant ! ).
Retour dans la « chambre Pinder », pour une inspection plus poussée. Les 4
gaillards sont en pyjama : check, les valises rangées : check, douchés : che… hop arrêt
sur image. Hummm un détail cloche, n°1 cheveux mouillés et coiffés, n°2 cheveux
mouillés et coiffés comme ceux BB après un rendez vous dans un tas de foin, mais
sans le foin, n° 3 cheveux mouillés et coiffés, n°4 cheveux secs !!! Le voilà le détail qui
cloche. On se croirait dans une énigme de Mickey parade, l’odeur douteuse en plus.
– Dis donc n°4, tu t’es douché ?
Haussement d’épaules, demi sourire. On ne l’a fait pas à moi, le langage corporel c’est
ma deuxième langue, et surtout j’ai un odorat particulièrement développé. Je peux
repérer un vin chaud à 20 km. C’est vachement pratique quand on part en classe de
neige.
– Bon tu retournes sous l’eau, tu fais un shampoing et tu te savonnes. D’accord ?
Pas de réponse que je prends pour un oui. Il y a un vin chaud en approche, je n’ai
pas le temps à perdre. J’entends l’eau couler, pendant que j’aide n°2 à retrouver une
coiffure digne d’un Delon sortant de la piscine de Romy. Et voilà mon n°4 qui sort de la
salle de bains aussi sec que les biscuits de ma tante Denise, oubliés au fond de son
placard depuis Noël dernier.
Il est temps de passer à la sommation :
– Bon n°4 tu as deux secondes pour te déshabiller, 3 secondes pour te glisser
sous l’eau et 3 minutes pour ressortir propre.
Le phobique aquatique finira récuré et savonné contre son gré et le lendemain
on retrouvera la source de l’odeur, un sac plastique avec ses vêtements maculés d’une
matière connue de tous mais que la politesse m’évitera de nommer ici malgré ses
dénégations et ses accusations visant d’anciens locataires peu scrupuleux. Finalement
les joyeux rossignols n’étaient même pas les complices de cette sombre affaire.
Il est grand temps de rejoindre la grande salle, les animateurs nous ayant
annoncé prendre en charge la démonstration de l’habillage pour les activités sportives
hivernales. Avec Maîtresse Blondinette, on est ravie, on va pouvoir boire un.. euhh
profiter de cette leçon gratuite.
Les 63 joyeux drilles sont en pyjama, tout excités, assis sur leur chaise, enfin
en équilibre instable sur une demi fesse pour pouvoir jeter des yeux brillants dans
tous les sens. Quand tout à coup, la lumière s’éteint, un silence religieux s’installe, et
la porte de la salle s’ouvre sur … une grande brune en maillot de bains deux pièces,
suivie d’un Apollon en short de bain rouge portant un grand sac sur l’épaule, version
David Charvet dans Alerte à Gérardmer.


Avec maîtresse Blondinette on se regarde en se disant que finalement on va
attendre un peu pour le vin chaud, la leçon pourrait nous servir. En effet je ne suis
plus très sûre de savoir comment on enfile les gants de ski. Pendant que je compte les
tablettes de chocolat, Maîtresse blondinette vérifie le fuselage des cuisses, parce
que vérifier le matériel avant de partir en excursion c’est super important. On n’est
jamais trop prudent.
Résultat avec Maîtresse blondinette, on n’avait pas tout suivi, on n’était plus
sûres du tout d’avoir tout compris, mais le sauveteur n’a pas voulu recommencer la
démonstration, il fallait être plus attentives qu’il nous a dit. On lui a signifié que les
élèves en difficultés avaient parfois besoin de se faire répéter les consignes pour les
intégrer mais le gaillard a été catégorique. Il a refusé tout net de répéter la
manœuvre, ce qui lui vaudra un avertissement pour un sérieux manque en pédagogie
différenciée. Non mais !


Le lendemain matin, pendant le petit déjeuner, ( tout habillé, le fourbe ), il
répète les choses importantes : le masque, les gants, le bonnet, le baume à lèvres, la
crème solaire. Bref l’essentiel ! Agitation, précipitation, tout le monde file dans sa
chambre pour se préparer.
Avec Maîtresse Blondinette, on est prêtes les premières et telles deux
maquignons à la foire aux chevaux de la Motte Beuvron, on vérifie la descente de
l’escalier des bourrins pour valider l’équipement. Tout trotte comme sur des roulettes
jusqu’à ce que se présente Tournesol.
Tournesol il est au taquet dans son laboratoire, mais quand il en sort, on se dit
qu’il faudrait envisager d’intégrer une puce GPS sous sa crinière. Il se perd un peu et
nous perd souvent. Le voilà qui descend bon dernier, le bonnet sur la tête, le masque
sur les yeux, les lèvres et la peau blanches comme la cuisse d’une anglaise
quinquagénaire un soir de novembre. La doudoune est fermée sous le menton, et les
moufles sur les mains ( c’est l’avantage des moufles pour Tournesol, peu importe la
main, la moufle camoufle l’erreur.) On se dit que c’est gagné, on va pouvoir monter
dans la navette sans courir, sauf qu’il y a un détail qui ne colle pas, la mouche dans le
lait.


Quand on lui disait à David Charvet qu’il fallait être vigilant sur la répétition
des consignes…Ce matin il a bien tout expliqué à un détail près. On retire … son
pyjama et on met sa combinaison ! Tournesol, lui il applique les consignes à la lettre.
Alors Charvet ??? On fait moins le malin hein ??? Bon la navette, on va encore la
louper mais c’est pas grave. Peut être que Charvet nous refera la démonstration ce
soir. Wait and see.


Dès le deuxième jour on laisse les tenues de ski au vestiaire qui est aussi la
chaufferie, comme ça tout goutte, tout sèche tout chauffe. Revérification de la
tenue, ça se passe bien. Le seul qui nous pose souci c’est Benton, notre
accompagnateur. Pourquoi Benton me direz vous ? Un vieux souvenir de sa jeunesse,
lors d’études médicales, une belle histoire d’expérience d’intubation alcoolisée lors
d’une soirée pédagogique.


Bref voilà notre Benton qui erre en caleçon dans le vestiaire. Il ne retrouve pas
son pantalon de ski. On lui signifie quand même qu’on a 63 tenues à gérer alors si en
plus on doit accompagner les accompagnateurs, sa facture au bar d’altitude va
atteindre des sommets. Le temps presse, il court, remonte dans sa chambre,
redescend dans le vestiaire, file à la buanderie. Rien. Il reste bien un pantalon mais
pas de la bonne couleur ni surtout la bonne taille. Les petits le regardent s’affoler,
chercher, et sont aussi perplexes que lui. Encore un mystère de Mickey Parade à
résoudre.


Bon finalement on se dit qu’il est temps pour les skieurs de rejoindre leurs
moniteurs respectifs donc on récupère les skis et hop en route. Benton va finir par
trouver une solution. Pendant ce temps on remarque que Tournesol semble aussi à
l’aise avec des skis à la main qu’un manchot avec des baguettes chinoises.
Il s’arrête, les lâche, les reprend, les relâche. Bref on sent bien que la route va
être longue, alors Maîtresse Blondinette décide d’aller l’aider, et lui installe les skis
sur l’épaule, version Popeye aux remontées mécaniques. Et là notre Tournesol les skis
sur l’épaule, se retrouve le pantalon sur les chevilles. Drôle de coïncidence !
– Benton !!! On a ton pantalon !!!
Et oui Tournesol, il est comme cela, premier arrivé, premier servi !
Le soir, pendant la visite des chambrées, le cœur léger car aucune odeur
suspecte ne me monte aux narines, je remarque qu’un des coloc de la « chambre
Pinder » porte un joli caleçon mais il me semble bien, qu’il ressemble comme deux
flocons à celui qu’il portait la veille ( ou l’avant veille ).
– Dis donc Chouchou, maman t’a acheté un lot de caleçons identiques c’est
chouette. C’est plus facile pour les retrouver après les lessives.
– Non, j’en ai plein d’autres dans ma valise, mais je ne les mets pas.
Mince, ça sent le truc louche.
– Ah mais celui là tu ne l’aurais pas déjà porté avant ?
– Bah si mais celui là c’est mon caleçon porte-bonheur. Je l’adore, je le mets
tous les jours, comme ça je suis sûr de ne pas tomber au ski.


Un caleçon porte-bonheur, c’est quand même vachement plus simple à trouver
qu’un trèfle à quatre feuilles, plus vegan friendly qu’une patte de lapin attachée à la
ceinture et plus facile à porter sur des skis qu’un fer à cheval mais un caleçon porte-bonheur ne craint pas l’eau ! La Mère Denis doit se retourner dans son lavoir.

A suivre: La clinique de la forêt noire.

“Mon métier : réparateur d’ailes en SEGPA.
Depuis 3 ans maintenant je répare des ailes, des petites et des grandes, des ailes que j’aurais
pu casser moi-même sans le savoir quand j’étais dans mon CM2, maîtresse-directrice surbookée.
Mais un jour j’ai eu envie de changer d’air, parce qu’anticiper la solution au problème avant qu’il
n’arrive m’ennuyait un peu trop. Alors je suis devenue réparateur d’ailes.
Mes patients arrivent en SEGPA, abîmés, épuisés, cassés, et souvent contre leur gré. Leurs
difficultés scolaires on les connaît depuis longtemps, et on n’a pas toujours su faire. Alors ces
difficultés ont entraîné des conséquences diverses et variées, et depuis leur arrivée à l’école ils ont
perdu un bon paquet de plumes …”

Réparatrice d’ailes de Alice Versal

 

Quand Alice, alias Calamity, arrive en Segpa, elle connaît son métier. Ça fait plus de 15 ans qu’elle fait répéter les tables de multiplication, qu’elle corrige des erreurs de conjugaison, qu’elle raconte la vie à Versailles. Bref une solide expérience de maîtresse d’école.

Mais là brutalement, elle se sent perdue au milieu de ses oiseaux. Les vieilles méthodes ne fonctionnent pas, les oiseaux se mélangent les plumes dans le vocabulaire, se prennent les pattes dans les leçons à apprendre, se volent dans les plumes pour une vague histoire de regard. Alors Calamity, avec son équipe de réparateurs d’ailes sort la colle, les plumes neuves et hop on écoute, on rassure, on fait grandir, on explique, on réexplique, on aide. Bref on remplume.

Et on rit, vraiment on rit.

 

pour commander le livre c’est ici :

Reparatrice d’ailes – calamity en segpa – 9791026286936 – Roman – Littérature – Livre (cultura.com)

pour commander la version numérique c’est ici :

Réparatrice d’ailes – Alice Versal (librinova.com)

 

 

C’est la période des vœux.
Enfin d’habitude c’est la période des vœux.
Mais cette année on ne va pas se mentir c’est compliqué.
Alors j’ai écrit ce texte.

2020 mais barre toi, barre toi vite, ne dis pas au revoir, juste barre toi!
Tu n’as pas compris? On ne peut pas te saquer!
Tu nous a saoulés, mais à un point, je crois que tu n’imagines pas.
On regrette de t’avoir connue.
On n’aurait jamais dû te laisser entrer.
C’est tout nous ça!
Je ne fais pas ma drama mais franchement t’es vraiment une connasse.

Ah tu t’es bien marrée!
Quand on a fait la fête pour ton arrivée.
D’accord on avait un gros doute mais comme des cons on a quand même fait la bamboche.

Quand tu nous a balancé ton virus au nom pourri.
On t’imagine très bien: “tiens je vais ajouter un peu de ci, un peu de ça, non tiens, beaucoup de ça, ils ne pourront plus respirer, c’est trop marrant! Oh et puis je vais leur enlever le goût et l’odorat, génial ! »

Quand tu l’as répandu partout.
Quand tu t’es dit “Oh putain ça dépasse mes espérances, ils n’ont pas de masques ces cons! »

Quand on a cessé de s’embrasser, de se toucher.
Quand tu as fait de chacun de nous une menace pour les autres.

Quand on a été confinés.
Tu jubilais hein d’être arrivée à ça?
Tous enfermés.

Quand on a dû signer nos propres autorisations de déplacement pour sortir de chez nous.
Là tu as dû choper un hoquet en t’étranglant de rire.

Quand les hôpitaux ont été saturés.
Quand on a applaudi nos soignants débordés.
On te connaît maintenant, on sait que tu as pensé “mais qu’ils sont cons, ils n’avaient rien, mais rien prévu!”

Quand on nous a déconfinés.
Masqués.
Hydroalcoolisés.

Quand on a pu un peu retrouver nos proches, nos familles, nos amis, sous le soleil d’été.
On est sûrs maintenant que tu rigolais , tant tu peaufinais la suite.

Quand en septembre on nous a dit que les écoles, collèges, lycées rouvraient.
Que les enfants n’étaient pas contaminants.
Avec un protocole pourri.
Comme tu as dû trouver ça jouissif!
Oh la bonne poilade que tu t’es payée quand tu as vu tous les profs arriver masqués, même en maternelle, dans des classes bondées.

Quand on a eu le couvre-feu.
On t’imagine hurler de bonheur « Rentrez chez vous! C’est fini la bamboche! »

Quand tu as armé le bras d’un barbare pour qu’il décapite un prof.
Enseigner la liberté d’expression, inconcevable pour toi n’est ce pas, espèce d’ordure?

Quand tu t’es dit “tiens je vais masquer aussi les enfants. Rien à foutre! »

Quand on a été reconfinés.
Là tu t’es dit « Bingo! Encore, encore!»

Quand tu as soufflé au gouvernement le terme « commerce non essentiel », balayant avec mépris les petits au profit des gros.

Quand tu as réussi à faire fermer les librairies, les cinés, les théâtres, claquant la porte à la culture.

Quand tu as fermé les restaurants.
La convivialité, la bonne bouffe, ça ne te parlait pas hein?

Quand tu as laissé croire pour quelques heures que Trump avait gagné.
C’est bien la seule fois où on t’a baisée.

Quand tu as balancé tes ouragans , tes tempêtes, tes inondations, tes incendies, tes tremblements de terre.
On n’était même plus surpris, tu es tellement prévisible.

Quand on a annoncé un vaccin et que tu t’es dit qu’on étaient tellement cons qu’on n’en voudraient pas.

Et j’en oublie tellement, tant tu as répandu le seum partout.

Même là, au dernier moment, ton baroud d’honneur, mutation de virus, tempête Bella, tremblement de terre…

Alors nous y voilà, quoique tu fasses, tu es virée.
Dégage!
Va crever.

Oh tu sais on n’est plus dupes de rien.
On sait que tu danses de joie à l’idée de nous envoyer ta sœur.

Alors avant qu’elle arrive , j’ai quelque chose à lui dire:
2021 écoute moi bien.

Tu ne me retourneras pas.
Tu ne me feras pas haïr mes amis musulmans parce que des barbares sans foi ni loi voudraient faire croire qu’ils sont des leurs.

Tu ne me feras pas non plus détester mes amis, juifs, chrétiens, athées, noirs, LGBT, que sais-je, je les respecte et les aime.
En fait tu ne me feras détester personne, même pas les cons.
Mais pour autant tu ne me trouveras jamais du côté de ceux qui se sentent offensés pour tout et n’importe quoi.

Non tu ne me retourneras pas.
Tu n’auras pas ma haine des autres qui en pousse tant vers des idéologies puantes.

Tu ne me retourneras pas.
Tu ne m’empêcheras pas de penser, de réfléchir et de chercher à comprendre, tu ne m’obligeras jamais à croire le dernier qui a parlé ou celui qui crie le plus fort.

Tu ne me retourneras pas.
Tu ne m’enlèveras pas le sens de l’humour, rempart indispensable contre le désespoir.

Tu ne me retourneras pas.
2020 a essayé.
Elle a cru me faire mal, elle ignore qu’elle m’a fait grandir.
Que je chéris encore plus ma famille, mes amis, mes valeurs, mes convictions.
Que j’ai appris à mieux me connaître.

Tu ne me retourneras pas.
Quand tu arriveras, tu me trouveras gonflée de la colère et du chagrin que ta sœur a semés, mais tu me trouveras debout.

Tiens, je partage avec toi mon mantra:
« Le chemin est le même, qu’on le fasse en pleurant ou qu’on le fasse en riant. » (emprunt à Henri Brunel).
Alors tu vois, j’essaierai encore et encore de le faire en riant.
Tu ne me retourneras pas.
Je ne chavirerai pas.

Et tu ne m’empêcheras jamais, entends moi bien, JAMAIS, de vouloir à l’infini, pour ma famille, mes amis, mes collègues, et tous les autres, d’ici et d’ailleurs, le retour des sourires, des retrouvailles, des embrassades, des étreintes, des câlins, des danses, des fêtes, des repas de famille, des soirées entre amis, des cafés en terrasse, des dîners au restau, des voyages, des sorties au ciné, des spectacles, des promenades en liberté, et qu’enfin notre vie d’avant redonne du goût à notre vie d’après.

 

Par Marilyn Buisson

Le 31 décembre 2020

Visiblement, pour ce Grenelle, le principal problème dans l’éducation ce sont les profs eux même !


On ne les invite pas, ou très peu, uniquement ceux dont on sait qu’ils ne sont pas critiques…
On laisse les syndicats enseignants élus en extrême minorité face à des gens venus d’un peu tous les secteurs d’activités, désignés sans aucune représentativité…
On met en avant un discours d’autosatisfaction en le faisant passer par une prof que l’on dit “lambda” mais qui est en fait IAIPR et adhérente LAREM…

Et maintenant un soit disant “serment” !

Parceque, bien sûr, les enseignants doivent jurer devant la nation qu’ils vont se saigner aux quatre veines pour donner toujours plus à leurs élèves? 


Ils ne le démontrent pas depuis des années où ils font toujours plus avec moins?


Ils ne le démontrent pas en payant sur leurs deniers leurs matériels informatiques ou de bureau et souvent même de classe ?


Ils ne démontrent pas tous les jours en assurant les missions d’infirmier, de psychologue, d’assistante sociale et parfois même de police devant l’école ?


Ils ne le démontrent pas quand ils sont encore là malgré les promesses de “revalorisation salariale historique” alors que 70 % de la profession n’aura quasiment rien et que la hiérarchie va elle percevoir plusieurs milliers d’euros annuel en plus ?


Il ne le démontrent pas en étant au front quand on leur explique, au mépris de nombreuses études internationales, que le virus, qui oblige à confiner la société toute entière, ne touche que peu les écoles et que donc, avec un simple masque en tissu, ils peuvent aller enseigner, des heures durant, enfermés dans des salles de 40m2 mal aérées avec 30 élèves ?


Ils le démontrent pas quand, chaque année, on remplace des postes d’enseignants par des heures supplémentaires imposées et qui surchargent de travail des enseignants déjà excédés ?


Ils ne le démontrent pas en démissionnant toujours plus nombreux chaque année, dégoûtés des conditions de travail qu’on leurs réserve, malgré l’investissement fait dans des années d’études et un concours exigent ?


Ils ne le démontrent pas quand nombre d’entre eux y laissent la santé, et même la vie, pour tenter de pallier aux manques toujours plus criants d’une administration toujours plus exigeante ?

Ils ne démontrent donc pas leur implication et leur attachement au service public d”éducation à un point tel qu’on veut leurs faire prêter serment pour qu’ils jurent qu’ils vont le faire ?


Quel mépris, encore une fois, pour toute une profession !

Par Nik Tik

source : https://www.education.gouv.fr/grenelle-de-l-education-compte-rendu-d-atelier-revalorisation-seance-4-reconnaissance-308154

 

Prologue

Nous te saluons, camarade, nous tes amis, tes frères et soeurs de classes préparatoires, de l’université, des premiers pas dans le métier de professeur d’histoire et de géographie.

Le 15 janvier 1888, dans La Dépêche de Toulouse, Jean-Jaurès écrit « Aux instituteurs et institutrices », quelques conseils pour que les élèves apprennent à être autonomes, à réfléchir, à se forger une opinion – conseils auxquels, Samuel, tu as été fidèle :

Extraits

« Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin, ils seront Hommes et il faut qu’ils aient une idée de l’Homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; [il faut qu’ils sachent] quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. (…) Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort. (…)

 Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale il est vrai, mais très haute de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la Terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’Homme  primitif à l’Homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur [et au professeur], en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine. (…) Je dis donc aux maîtres [et aux professeurs], pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine, en quelques années, fait œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence, il y aura un sommet, et ce jour-là, bien des choses changeront. »

Adieu Samuel.

 

 

Par Christophe Capuano, ami de Samuel

 
 
À Samuel Paty
 
Je dois tellement à l’école, à mes professeurs.
Toute mon enfance, ce lieu de savoir et d’émancipation était tenu en haute estime par mes parents.
L’école, ils n’avaient pas pu s’y rendre enfants (ou trop peu) et ils en payaient le prix. C’est une certitude, leurs enfants leur rendraient justice, qu’ils le veuillent ou non ! 
J’ai très vite expérimenté qu’il était peine perdue de chercher soutien auprès d’eux lorsque je m’aventurais à critiquer la décision de mon enseignant.
Dans leur esprit, Ils avaient sanctuarisé l’école au même titre que la mosquée et nous l’ont bien signifié à mes frères et sœurs !
 
J’ai en mémoire un épisode précis de ma scolarité.
En classe de CE2 nous avions étudié la reproduction. Comme nombre de familles de culture musulmane, nous n’évoquions jamais ces sujets-là jugés « impudiques ». Dieu permettait toute chose et notamment la naissance d’un enfant. Cette explication elliptique m’était donnée avec comme message subliminal de ne pas trop les questionner à l’avenir sur la thématique. Je me souviens de ma gêne extrême en classe et de mon trouble au moment de devoir apprendre mes leçons dans la perspective de l’évaluation.
Fébrile et à la fois curieux de connaître la réaction de mon père quand il apprendrait que désormais “je sais” , je lui ai fait part de ma consternation qu’on nous ait appris cela à l’école et que je me faisais un devoir de boycotter le contrôle !
Reconnaissant, je pense, envers l’éducation nationale de lui avoir évité l’embarras de traiter du sujet avec moi, mon père m’a regardé puis m’a simplement indiqué que si c’était au programme et bien je me devais d’apprendre parfaitement ma leçon et qu’il attendait avec impatience ma note !
J’ai alors compris ce jour que croyance et savoir ne s’opposaient pas. Bien au contraire, ils communiquaient, s’interrogeaient, s’enrichissaient.
 
J’ai pu ainsi tout au long de mes (longues) années d’études, densifier ma pensée, gagner en autonomie, m’arracher aux déterminismes sociaux et schémas de pensée prédéfinis.
Aujourd’hui enseignant, je mesure chaque jour ma responsabilité et la confiance qui m’est témoignée par l’institution scolaire et les parents d’élèves.
J’ai coutume de dire que nos élèves sont nos principaux « collègues de travail ». C’est un privilège, vraiment ! Rares sont les professions où chaque matin (ou presque), vos collègues vous sautent dans les bras à leur arrivée, vous offre leurs sourires rayonnants et portent sur vous un regard mêlé de respect, d’attente et d’affection.
Toutefois, les journées sont denses, âpres, exténuantes parfois.
Face au défi d’accueillir chaque élève dans sa singularité, il nous faut nous réinventer, penser des axes de travail ludiques et originaux, contre balancer les tensions, apaiser les souffrances.
Malgré tout, parce que le parcours scolaire d’un élève est semé d’embûches, on est parfois pris d’une immense lassitude, enclin à l’agacement et au découragement quand ce qui a été construit patiemment avec lui semble s’écrouler.
Et pourtant, nous gardons le cap, remobilisons nos forces et poursuivons ce puissant travail de fond : celui d’éduquer des générations d’enfants.
 
Au lendemain du terrible l’attentat perpétré à Conflans-Sainte-Honorine ayant coûté la vie au collègue Samuel Paty, j’éprouve comme tous les français et notamment les français musulmans, oui tous ! (Les quelques scélérats qui ont pu justifier sur les réseaux sociaux, l’infâme, l’irréversible, ne sont que misère) j’éprouve une profonde douleur, une profonde tristesse, une profonde fatigue. Je sais hélas que notre participation active à construire une société apaisée, solidaire, respectueuse est mise en doute. Toutefois, l’enseignant que je suis, habitué à faire, sans savoir que c’est impossible, se relève déjà conscient que l’arbre qui tombe fera toujours plus de bruit que la forêt qui pousse.
 
 
Par Sufyan Ibn Mohammed
 
 
 
 

 
Un petit coup de gueule :
 
j’en ai un peu marre de voir des profs limite “excuser” le gouvernement avec ce qui se passe en ce moment dans les écoles. Considérer qu’on en fait trop, que ce virus n est plus là, voire n a jamais existé, qu’on regarde trop BFM, qu’il faut se calmer, que les enfants ne sont pas contaminants, qu’il faut bien que les écoles restent ouvertes etc.
Alors je vais vous raconter un bout de ma vie.
 
En avril 2020, ma sœur, 31 ans, a attrapé la COVID. Quelques semaines difficiles avec difficultés respiratoires. Puis hospitalisation, double embolie pulmonaire. Elle était enceinte. Elle a perdu son bébé à 5 mois de grossesse. Nous sommes en septembre, elle n’est toujours pas remise et commence tout juste à pouvoir marcher de la chambre à la cuisine sans faire de malaise.
Ma fille, 9 ans, attrape la COVID début juillet (pile le dernier jour d’école mais elle a sûrement été contaminée à l’extérieur hein bien évidemment). S’en suivent de longues semaines douloureuses. Puis, un problème à l’estomac qui ne se vidange plus. Elle ne peut plus manger ni gluten, ni laitages, ni gras. Tout est contrôlé, ce qu’elle mange, à quelle heure elle mange. Elle est sous médicament et pèse moins de 20 kg. Les RDV médecins gastropédiatre, hôpitaux sont notre quotidien. Chaque soir elle pleure en me disant qu’elle voudrait retrouver sa vie d’avant. Chaque nuit, elle pleure de douleurs.
 
Donc à ceux qui disent qu’on en fait trop,moi je dis qu’on en fait pas assez. C’est bien de ne pas mourir du COVID, on est très content. Mais ce n’est pas une grippette, les COVID longs sont très nombreux et beaucoup ne vivent plus normalement ensuite.
 
Ce qui se passe dans l’EN est une honte. Une centaine d’enseignants contaminée par jour selon Blanquer mais tout va bien. L’école devient le premier cluster. Alors désolée d’avoir étalé mais vie mais pour certains, ouvrez les yeux. Nous devons réclamer des solutions dignes et non pas tomber les uns après les autres pour un gouvernement qui n’en a strictement rien à foutre de ses profs.
 
 
 
Témoignage de Lucile