Caprices…

Ce matin, c’est moi qui fais la tournée toute seule comme une grande. Ça y est, je fais partie de la maison, chuis une tôlière ! Ouais ben je vais rester concentrée plutôt. Mais « fiertitude » quand même car Dominique et Fred ont été surpris que Chantal me laisse faire la tournée. Elle ne fait confiance à personne d’habitude. Il faut être fin dans son analyse des situations, voir jusqu’où on peut insister ou pas, voire être un peu plus agressif. Merci Chantal, je vais essayer de me montrer à la hauteur, tu parles d’un stress. Chuis une tôlière !
Les enfants entrent à l’école. Laura Benjamin, la queueleuleu … Hop, hop hop ! Rewind … Play mais au ralenti « steuplé » : Laura, Benjamin et la queueleuleu … Camille ?! Où est Camille ?
Je file chez les infirmières.
Je réalise alors que je ne sais pas du tout pourquoi Camille est ici. Ah elle est belle la tôlière tiens ! Je vais passer pour une cruche. Bien fait.
Camille ne se sent pas bien aujourd’hui. Elle ne peut plus marcher. Ah ouais quand même ! Les sourcils des infirmières qui se lèvent me laissent perplexe.
Bon, j’en fais quoi de Camille ?
Ben c’ que je veux mais surtout c’ que je peux. Rires (pas les miens vous pensez bien !). Nan mais faut pas que je m’en fasse, ça va lui passer vite. Elle est comme ça Camille. ‘Y a des jours avec et des jours sans. Mais quand même dans le doute on va lui faire passer toute la batterie d’exams pour voir si ses jambes vont bien. Ah je vais voir aussi, ‘y a un petit nouveau qui n’a pas l’air commode, faut voir.
Pfiou ! Allez zou chez Camille. Elle boude. C’est catégorique, elle refuse d’aller à l’école car elle ne peut plus marcher. C’est fini, elle ne marchera plus jamais.
Je ne le sais pas encore, mais l’après-midi, je verrai sa maman. Sa maman qui ne comprend vraiment pas ! (sourcils des infirmières comme le matin) Sa maman qui est là touuuuuuuuuus les jours, qui lui apporte touuuuuuuuuuuuut ce qu’elle veut, qui lui demande toujouuuuuuuuuuuuurs si elle va bien, si elle a froid, chaud, soif, faim, sommeil, mal à la tête, au ventre, au doigt de pied… si elle veut boire, manger, dormir, jouer, sauter, danser, regarder la télé ou faire du parapente (nan là c’est moi qui pars en vrille en l’écoutant me saouler). Non vraiment elle ne comprend pas ce qui ne va pas chez sa fille.
Le petit nouveau c’est Jimmy. Jimmy ne veut pas venir à l’école. Il doit avoir une quinzaine d’années. Son papa n’est pas pour de toutes façons. Autant qu’il joue sur sa tablette, pour ce qu’on va lui faire faire à l’école de toutes façons. Et puis de toutes façons il a des examens à passer alors c’n’est pas la peine. Les seuls mots que le garçon m’adresse sont « Et le wifi ici il est pourri ! Il faut m’arranger ça. » Ben tiens ! Il m’a prise pour le room-service ou quoi ? S’il veut du wifi, il vient à l’école, la borne est là-bas et nous on a tout le wifi qu’on veut, namého !
Oh misère le regard du père ! On dirait un veau qu’on amène à l’abattoir. Ok je vais voir ce que je peux faire pour le wifi, mais je ne garantis rien et vous savez quoi ? « I’ll be back ! ».
Le lendemain, ils refuseront encore tous les deux et de toutes façons ils attendent les résultats des tests.
Le surlendemain, ils refuseront encore et de toutes façons Jimmy va changer de chambre. Les seuls mots que le garçon va m’adresser sont : « Madame ! Merci pour le wifi ».
Le 4ème jour Jimmy a bien changé de chambre. Son nom a disparu de ma grille et est allé s’inscrire sur celle du bloc où l’école ne va pas … de toutes façons …
Et Camille qui fait toujours des siennes. ‘Y a que sa mère qui ne comprend pas, je vous jure. Vous l’aurez compris, ses jambes n’ont rien du tout. Que dalle ! Son cerveau non plus d’ailleurs. Tout fonctionne, mais Camille ne le veut pas. Elle veut rester ici, ne pas retourner avec sa mère qui lui donne touuuuuuuuuuuuuuuuuut ce qu’elle veut, sa mère qui est toujouuuuuuuuuuuuurs là si elle a besoin … Elle a besoin que tu lui foutes la paix là ! Mince, pourvu que je ne l’ai pas pensé trop fort. Allez Camille laisse tomber le fauteuil roulant, s’il te plaît. Non ! Tu peux y arriver. Non ! On essaie les béquilles ? Non !
Je lui chuchote à l’oreille : s’il n’y a pas de changement, tu vas sortir d’ici et tu resteras en fauteuil chez toi … hmmm pas cool. Maintenant si quelque chose de nouveau se présentait…
– Ok je tente les béquilles.
Elle s’effondre littéralement sur le sol. C’est un truc de fou ! Si nous voulions faire croire que nous étions invalides, nous aurions quand même le réflexe avant de tomber de se sécuriser. Elle, pas du tout ! Elle nous a fait la peur de notre vie ! Rebelote les exams. Non ‘y a rien, c’est bien psy. Le lendemain, je vais réussir à la soutenir sur la moitié du couloir. Faut voir ce que je lui envoie. Du « Allez feignasse ! » (je sais, c’est comique pour le coup), du « Bouge-toi un peu ! », du « Allez bravo, encore un peu ! », du « Tu vas y arriver, encore un peu plus loin », et aussi du « Pitié Camille si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour moi : j’ai d’autres enfants à aller chercher ! ». On fait le spectacle toutes les 2 dans les couloirs le matin depuis 4 jours. Ça motive même certains enfants à venir : si une gamine qui ne marche pas fait tous ces efforts pour venir avec nous c’est que ça doit être drôlement bien l’école de l’hosto !
Les infirmières sont toujours en embuscade au cas où. Mais même au bout des 3 semaines, Camille ne remarchera pas toute seule longtemps.”

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