de Alice Versal auteure de Réparatrice d’ailes (Calamity en SEGPA)


Ce qu’il y a de bien avec les classes de neige c’est que je pars avec Maîtresse
Blondinette et Copine Poulette, alors forcément ça aide à garder un moral d’acier et
une santé de fer ( et le tout sans manger d’épinards, c’est quand même la classe ).
Mais n’est pas Robocop qui veut. Et ce matin là, la balade autour du centre nous
permet de découvrir la faune et la flore locales. Les chouchous sont contents, le
visage rougeaud, le nez vermillon, ils écoutent avec attention les explications de
l’animateur, devant le grand panneau au pied des pistes.


Moi je fais la sécu, version videur boîte de nuit, les mains croisées dans le dos
et les pieds ouverts. Personne ne doit approcher la jolie plaque de verglas au pied du
panneau, certains ont essayé ils ont eu des problèmes, comme disait l’autre. Mais
l’animateur anime vraiment bien, au point que subjuguée par son discours ( ou peut
être le vague souvenir de sa démonstration en maillot de bain du début du séjour ), je
commence à me détendre, et je profite du moment.
Je sens même au loin le doux fumet du repas du soir qui mijote depuis le début
de l’après midi. Et justement voilà le cuisinier qui sort tout joyeux de sa cuisine pour
nous crier : « A table ! ».
Les petits sont ravis se précipitent, et moi aussi. Enfin avec un style bien
particulier, le style Calamity Maîtresse.
Je vous rappelle la position 1, « videur boîte de nuit », puis passage position 2,
celle du flamand rose unijambiste ( en gros les deux pattes en l’air et le postérieur qui
prouve de manière non subtile les lois de l’attraction terrestre ), pour finir en
position 3 part de flan étalée sur la moquette du salon. Les juges lèvent leurs
cartons : 10/10/9. Et moi j’essaie de relever ce qui me reste de dignité.
Car ce soir c’est la boum et il va falloir assurer.


La gastro nous a laissé un peu de répit. La BIV a pu réduire ses interventions.
Dès les premiers symptômes ( on remercie le patient zéro qui avait pris sa carte
d’embarquement malgré la nuit agitée précédant le grand départ ), la Brigade
d’Intervention Vomito avait pris le relais, chantant sa petite chanson du soir en
distribuant les petits sacs blancs : « Vomissez bien, vomissez contents mais surtout
vomissez dedans ! » . Et ce soir pour le grand soir, il ne reste qu’une seule malade,
mais elle n’est pas bien vaillante la minette, alors on décide d’appeler le doc qui a
l’habitude de me voir traîner dans son cabinet avec des petits tout verts et des sacs
poubelle.


C’est pas courant de traîner partout des sacs poubelle et des gamins qui virent
au vert derrière soi. Donc on avait fini par lier des relations particulières.
Il s’intéressait à mon organisme particulier qui avait l’air de tenir à distance, les
miasmes et les microbes, mais pas les hématomes ou les tas de fumier. Je devenais
petit à petit un cas d’étude scientifique. Et ce soir, un autre cas nous préoccupe.
Un autre élève vient de développer de nouveaux symptômes. Ses coloc sont
venus me chercher dans ma chambre un peu en panique. Le gaillard, est assis sur son
lit mais ne parle pas. Alors que c’est l’agitation partout ! Pour la boum de ce soir, les
paillettes, le gel et le sent-bon se répandent dans les coursives. On se croirait dans un
cabaret low cost au milieu des effluves bon marché des stars de la soirée.
– Bon les gars, je finis de m’habiller et j’arrive.
Pour la circonstance, j’ai moi aussi revêtu la robe à paillettes et les collants à
trous, pendant que le gars Benton cherche un collant opaque dans ma valise, parce qu’il
a bien son uniforme de reine des neiges mais il a la gambette un peu trop poilue pour
pêcho ce soir.
Il a déjà calé deux paires de chaussettes dans un de mes attributs pigeonnants
qu’il porte fièrement pour l’occasion. Entre princesses on s’entraide.


Dans la chambre du malade effectivement il y a un problème, le petit gars est
debout au milieu de la chambre, hagard, en pyjama. Son pyjama est très chouette mais
pour la boum, ça va manquer sacrément de standing. Et surtout après vérification, il a
le front aussi bouillant que la fesse d’un Danois sortant du sauna.
D’un coup le voilà assis sur son lit, caressant le matelas avec un gant de
toilettes, toujours aussi bavard que Bernardo, le pote de Zorro. Pas le cheval hein ?
Non le gars, au chapeau !
Bon au moins le doc ne va pas se déplacer pour rien. D’ailleurs voilà notre
homme, qui a déjà vu et remis presque sur pieds notre demoiselle. Mais devant notre
nouveau cas, l’homme de sciences semble lui aussi muet d’un coup. Ou alors il est
subjugué par mes résilles tellement mises en valeur par mes chaussures de montagne
gracieuses et féminines qui me font ressembler à la Mère Bodin à la sortie du
Macumba à 5 h du matin.


Il tente de discuter lui aussi avec Bernardo, mais celui-ci n’a même pas la
délicatesse de le regarder, je sens que le gars se vexe, s’agace.
Visiblement n’est pas Docteur House qui veut et moi je subodore que je vais
louper la première danse. Le dialogue de muets commence à s’éterniser quand d’un
coup le doc se lève, et revient vers moi, sourire aux lèvres :
– Dîtes, vous auriez pu m’inviter à la boum l’autre jour, pas la peine de me
monter ce bateau ce soir ?
Hummm alors je ne comprends pas, j’ai un gars complètement dans les vaps,
fiévreux et voilà que l’autre veut remplir mon carnet de bal.
– Pardon ? Je crois qu’il y a méprise. On pourrait revenir à nos microbes ?
– Alors votre petit bonhomme est fiévreux, des ganglions, rien de grave. Il va
juste falloir attendre qu’il se réveille.
Qu’il se réveille ? Non mais il a picolé ou quoi ? L’autre est toujours en train de
nous faire le nettoyage à sec de son lit, et Don Juan nous parle d’attendre le réveil ! Il
a quand même une façon bien à lui de pratiquer la médecine.
– Il est juste somnambule, ne vous inquiétez pas. On va le laisser se réveiller
tranquillement.
Un appel à la famille nous confirmera que le doc n’avait pas un goût immodéré
pour le Génépy en dehors des heures de bureau, et les parents :
– Ah oui, il est somnambule.. On ne l’avait pas noté sur la fiche ? Ah zut, c’était
important de le noter ?
Bah oui c’était important ! Parce que ce matin là on avait appris l’hospitalisation
grave d’un enfant de la station pour une méningite, et que le somnambulisme n’était
pas notre première idée pour le coup. Mais ça on ne leur dira pas, parce que
finalement c’est chouette le somnambulisme, ça fait danser les docteurs dans les
boums !


Le lendemain c’est le départ, on ne s’étendra pas sur le rangement des
chambrées, les valises qui ne ferment pas, les fermetures éclairs des sacs qui font de
la résistance, les slips et autres chaussettes n’appartenant à personne…
Une dernière purée saucisses avant de quitter nos chères montagnes.
– Hé Terminator, mollo sur la purée saucisses, on va rouler tout à l’heure.
– Non Zinzin, tu ne fais pas de réserves non plus, on aura un pique nique dans le bus.
Allez on monte dans le bus, 1, 2, 3…61, 62,63. Super tout le monde y est, les
valises sont dans les soutes. Fantastique !
Premiers virages, voilà Terminator qui sent les premières bouchées de saucisses
qui remontent… perdu, pas dans le sac. Bon on a un pantalon dans le sac à dos. Zut
encore des virages, re perdu, toujours pas dans le sac. Alors on retire pantalon
numéro 2 et on met une couverture polaire sur les cuisses.
Le chauffeur ne peut pas s’arrêter. Zut et flûte, encore des virages. Re
reperdu… encore à côté du sac. Décidément la saucisse est joueuse. Bon un parking de
garage, pendant que Copine Poulette fouille les soutes à la recherche d’un nouveau
pantalon, étanche et non recouvert de bouts de saucisses prémâchés, Maîtresse
Blondinette tente de refaire une beauté au siège qui lui n’est plus étanche.
Et je me dirige vers le garage, en me disant que des gars qui bossent dans le
cambouis pourraient peut être nous aider en nous offrant un peu de papier absorbant.


Et là on change d’ambiance, lumière tamisée à l’entrée, long couloir sombre, des
bruits métalliques et de chaînes comme étouffés, je bascule en quelques secondes
dans un polar, où l’héroïne, un peu gourde se jette dans la gueule du loup et se
retrouve les tripes à l’air devant un vieil inspecteur un peu cabossé par la vie, et qui en
a déjà trop vu dans sa carrière. Et j’imagine le légiste, une main sous le menton :
– En tout cas, une chose est sûre, ce midi, elle avait mangé de la saucisse purée !
– Élémentaire mon cher Watson !
Et là subitement comme chantait l’autre, apparaît 1m 80, des biceps plein les
manches !
– Elle veut quoi la p’tite dame ?
Je peux lui dire que je ne veux pas mourir déjà, que franchement la purée qui va
couler sur le sol de son garage, ça va tout saloper le revêtement, que je sens déjà le
vomi à plein nez et surtout que je ne suis absolument pas photogénique et que les
photos de mon corps blême, limite verdâtre dans les salles de réunion de la PJ locale
seraient du plus mauvais effet pour la digestion et le repos nocturne des forces de
l’ordre.


Finalement j’arriverai tout juste à articuler : du papapapier ? Je le remercie
avant de partir en courant comme une miraculée qui vient de sortir de la grotte de
Lourdes en laissant son fauteuil à la consigne, mon rouleau de papier sous le bras.
Heureusement que le rouleau était bien gros parce que Zinzin s’est mis en tête
de sortir de son sac deux tranches de pain tartinées de purée et entre lesquelles
gigotaient deux saucisses pas encore complètement figées par les températures
extérieures. Et on se demande ou pas quand est-ce qu’il s’est préparé ce pique nique
de la mort qui tue ? Ben en fait non je crois que je ne veux pas le savoir. Roule
chauffeur..

de Alice Versal auteure de Réparatrice d’ailes (Calamity en SEGPA)

Le jour du départ, est toujours une journée un peu spéciale. Les élèves viennent
en classe et n’attendent qu’une chose, l’heure du départ. C’est un peu la seule journée
de l’année où le taux de présence atteint des résultats d’élections dignes de la Corée
du Nord.


Mais ce matin, on est à la recherche du Soldat Rayan. Un appel de la caserne
nous apprendra qu’il a eu une petite nuit, et que le sergent major a décidé de le garder
jusqu’au moment du départ. On comprend, on préfère le repos à la maison à
l’excitation sur le terrain d’exercices.


L’œil rivé sur l’horloge, bizarrement les bidasses viennent de comprendre le
fonctionnement de la petite et de la grande aiguille en une journée. Ils savent
compter les heures et les minutes qui les séparent du départ, alors que pendant des
jours, lire l’heure sur un support cartonné agrémenté d’une belle attache parisienne
dorée était aussi intéressant qu’une partie de dominos un dimanche après midi chez
Tata Denise.


Enfin c’est la délivrance, il est temps de rejoindre le parking et le soldat Rayan
qui nous attend près du bus entre Pôpa et Môman. Allez on compte, on rentre les
valises, on rentre les gosses, on rit, on pleure. Un départ en classe de neige sur un
parking où on serre les dents quand le papa de Terminator nous souhaite de bonnes
vacances et où on serre une partie plus ronde quand Môman du Soldat Rayan nous
annonce qu’il a un peu vomi en fait cette nuit, mais il paraît que c’est le stress.
Rassurons-nous. All is ok.


Nos bidasses sont aussi excités qu’un groupe de Bavarois un jour de soldes chez
Helmut, vendeur de lederhose, fabuleuses culottes de peau en gros. Alors comme tout
enseignant qui se respecte, on se dit qu’un peu de culture devrait faire prendre un peu
de hauteur à nos gaillards. En gros on va leur mettre un film pour tenter de protéger
les dernières cellules ciliées encore intactes de nos oreilles.


Et puis surtout on a remarqué une légère crispation de la mâchoire de notre
chauffeur, une sorte de tic nerveux qui semble s’aggraver avec les kilomètres, ce que
l’on ne comprend pas vraiment. Qui pourrait trouver agaçant 63 sources infinies de
décibels dans un espace réduit et fermé ? C’est une véritable expérience humaine que
l’on ne peut oublier. Quel rustre ! Mais il semble ouvert à notre idée de passer un chef
d’œuvre du 7ème art appelé « Back to the future » autrement dit « Retour vers le
futur ». Sauf que son co-pilote, décidément aussi fermé à la culture qu’un douanier à
la culture d’herbes aromatiques, met son veto et nous indique que seuls les CD
présents dans le bus et reconnus comme autorisés par une sombre autorité
administrative pourront être visionnés. Soit, ne chipotons pas. Nous allons
certainement trouver notre bonheur.


Le choix est facile, 4 titres seulement. Le cercle rouge, hummm intéressant
mais quand on pense que pour nos zozos Kev Adams est le chantre du bon goût, on
hésite. Le cuirassé Potemkine, ouhhhh on monte en gamme mais on est loin de Fast and
Furious. Soyons fous, continuons notre inventaire. Le silence des agneaux. Euhhh
sérieusement ? Bien allez on croise les doigts.
Voilà peut être notre dernière chance : « Les caprices d’un fleuve », film en
costume de Bernard Giraudeau. Fantastique ! On sent la grande épopée historique
africaine pendant la Révolution Française, de la cult… Arghhh voilà 5 minutes que le
film a débuté, et voilà notre Nanard sous les voiles de la moustiquaire, qui semble
vérifier un point d’anatomie de sa partenaire qui lui aurait échappé lors du casting.
Bon on va croiser les doigts pour que la vérification terminée, il se remette
très vite à suivre le scénario sans dérapage incontrôlé.
Bon clairement Nanard a confié à Gérard le mécano, le casting, parce qu’il
semble vouloir enchaîner les vérifications autant visio que manuelles de la carlingue
des diverses actrices présentes sur le plateau. Il est grand temps d’intervenir et de
rendre au co-pilote son chef d’œuvre pour remettre notre documentaire scientifique
sur les déplacements spatio temporels… Naméo !


Le film aura l’effet voulu, un calme relatif jusqu’aux hurlements de joie de
Zizou. A l’horizon il a repéré des lumières, un construction légèrement arrondie, des
voitures arrêtées au pied de ce chef d’œuvre architectural. Il en est sûr, on y est !!!!
– On est où, crient les autres membres de l’équipe.
– C’est le stade de France les gars !
– Zizou descend de la Delorean ! On n’est pas au stade de France c’est le péage
de Saint Arnoult !
Déception, soupirs et retour au calme.. On n’est pas arrivé. D’ailleurs le
chauffeur a décidé de s’arrêter. Ça sera la dernière chance d’aller vider sa vessie
dans un environnement calme et non balancé par les mouvements de la route, parce
que les toilettes du bus c’est quand même un peu l’aventure en zone humide à chaque
fois.
Malgré nos conseils avisés aux membres virils de l’équipe, nombre d’entre eux
s’évertuent à vouloir viser l’orifice pourtant bien surdimensionné par rapport à leur
outillage, mais doivent souffrir du syndrome du tuyau percé puisque tout le liquide
arrose copieusement la cuvette au lieu de l’éviter. Enfin une fois chacun et chacune
ayant satisfait ses besoins, la troupe rejoint en ligne serrée le bus.
Et comme d’habitude on compte et on recompte… 61 , 62 et le numéro
complémentaire 63. Fermeture des portes, ceintures attachées, go ! Le chauffeur
amorce un démarrage lent et prudent parce que le coup de l’étalage dans la coursive,
une fois c’est déjà pas mal, deux ça serait déjà du harcèlement. Mais des rires fusent
dans le fond du bus, puis des cris. Le chauffeur ralentit doucement ( riche idée ). Que
se passe-t-il ?
– Maîtresse !!! Il y a Maîtresse Blondinette qui court derrière nous ! On dirait
qu’elle crie !


Ce jour sera le point de départ d’un nouveau mode de comptage. Maîtresse Directrice, Maîtresse Blondinette, copine Poulette, … Et le début de la passion de Maîtresse Blondinette pour la course à pied.


Enfin après quelques heures euhh minutes de sommeil, nous arrivons dans notre
centre, comme d’habitude, répartition chambrées, valises, douches, repas.. et notre
soldat Rayan vient nous tirer sur la combinaison. Son compagnon de chambrée aurait
des faiblesses.
– Des faiblesses ? Tu nous expliques .
– Ben il est dans son lit et je crois qu’il a vomi les spaghettis mais c’est bizarre.
Pour l’instant rien de bizarre, il a mangé des spaghettis bolo à midi ( la gastronomie
montagnarde est pleine de surprise ), il a vomi des spaghetti. Allons vérifier !
Le coloc semble faible en effet, au pied du lit un beau tas de sauce bolo, et
dans les mains tenues comme le saint sacrement, les spaghettis. Notre coloc aurait-il
des accointances avec le bovin et ses estomacs surnuméraires ou alors une tuyauterie
permettant le tri des déchets ? Encore un mystère de la science qui ne sera pas
résolu.
Mais les faiblesses ne s’arrêtent pas, en quelques heures cinq nouveaux chatons
semblent atteints du même mal. Hummm seraient-ils tous atteints du stress du soldat
Rayan ? Changement de paradigme.
Et si le soldat Rayan était le patient zéro d’une sympathique épidémie ? Le
doute va vite devenir une certitude et la BIV va rentrer en action.
La BIV c’est la Brigade d’Intervention Vomito. Ses membres sont recrutés sur
des critères nombreux comme la résistance aux odeurs, la rapidité d’action, la
maîtrise des gestes barrière, et la patience d’une nurse anglaise confrontée aux
égarements du Prince Harry lors de ses soirées étudiantes.
Les recruteurs du FBI ont fondé leurs tests sur les préceptes de la BIV. C’est
un signe.


Chaque demi journée cinq nouveaux soldats tombent au front. On reconnaît les
signes précurseurs, le teint verdâtre, le coup de mou sur les skis, les hauts de cœur
en présence du munster de Gisèle, la reine du munster fermier et odorant.
Et chaque demi journées cinq nouveaux soldats se relèvent et sont prêts à
repartir au front.
Ce matin c’est le soldat Zizou, qui après une mauvaise nuit où il a lâchement vidé
son estomac sur le lit de son voisin du dessous ( qui n’a rien vu rien senti rien entendu
pendant que deux membres de la BIV lui changeaient les draps sans le sortir du lit,
des cadors je vous dis ) se dit qu’il va mieux et décide de se lever pour aller déjeuner.
Mais d’un coup il panique, il crie ! Il a perdu la vue, il se cogne aux murs !
– Maîtresse, je ne vois plus rien!! C’est grave !! j’ai peur maîtresse !
Maîtresse, encore en pyjama, le cheveu en bataille, accompagnée de Benton, le
regarde, bon pas trop longtemps quand même, parce qu’on dirait une mouche qui se
cogne, fatalement attirée par la vitre, vitre pourtant ouverte ( que c’est con une
mouche quand même ). Et lui dit tout doucement :
– Ne t’inquiète pas, on va juste nettoyer tes lunettes, je crois qu’il reste un peu
de vomi dessus.
– Non, Benton, on ne rit pas, attends qu’il soit descendu s’il te plaît.


Aujourd’hui c’est activité raquettes, les soldats sont solides et l’épidémie de
gastro galopante ne les laisse pas longtemps alités, alors on prend le matériel et c’est
parti pour une balade vers les cimes enneigées en file indienne sous la houlette de
quelques solides gaillards locaux. Les sapins défilent et les petits s’égayent. Arrivés
au point culminant de la balade, il est temps de se requinquer. On sort les goûters, la
grenadine, tout ce petit monde est heureux et maîtresse enfin détendue.
Le chef de groupe, s’approche et :
– Dites ça n’a pas l’air facile, hein ? Vous êtes toute blanche. Fatiguée ?
Ce garçon, en plus d’être perspicace a le sens du compliment, et n’a pas repéré
sous le bonnet les reflets roux de la chevelure de maîtresse, d’où le teint pâle d’une
celte perdue au pays des rudes montagnards. La seule partie de mon visage qui prend
des couleurs sans se concerter avec le reste de la surface est mon nez. Ce qui vaudra
à une de mes connaissances de me poser régulièrement la même question qui ne fait
rire qu’elle et éventuellement tous ceux qui l’entendent : Ton nez est encore parti en
vacances tout seul ?


Donc mon teint pâle n’a rien à voir avec les nuits agitées et vomitives. Pourtant
cette nuit en plus des réveils au son des blurps et des beurkkkk il a vomi !, j’ai eu la
chance de vivre une aventure digne d’un conte de fée cauchemardesque.
Chaudement installée dans mon petit lit, je dors du sommeil rudement mérité
comme tout membre de la BIV qui n’est pas de permanence. Et là sans aucun signe
précurseur je sens mes draps bouger doucement, un pied léger mais froid venir se
coller contre mon mollet.
Je pose ma main sur le côté, pas de doute, il y a un passager clandestin.
Visiblement ça n’est pas Bernard Giraudeau, car il ne manifeste aucune envie de
vérifier mes mensurations et si c’est lui, dans ce cas c’est limite vexant. Finalement
ma main sur le visage du clandestin aurait pour effet de faire prendre conscience à
Chouchou que son lit à lui n’est pas garni d’habitude et qu’une fuite rapide et discrète
sera le meilleur moyen d’éviter la gêne du lendemain matin, quand on ne se rappelle
plus vraiment avec qui on est rentré… de la salle de bains.


Toujours est-il que le chef raquettes semble avoir pitié de maîtresse et lui tend
la petite thermos.
– Allez faîtes comme les petits buvez un coup, ça ira mieux.
Il a bien raison, je meurs de soif, il fait froid, mais j’ai soif. La montée en
raquettes c’est une vraie aventure, ça donne une sacrée soif. Alors comme un chameau
qui viendrait de traverser le désert, avec sur le dos une armée de touaregs, je prends
la bouteille à deux mains et décide de vider d’un trait la petite thermos.
Mais le voilà qui se met à beugler, il tend le bras pour m’arrêter, mais trop
tard… Je viens de m’enfiler un paquet de centilitres de génépy maison, au goulot, cul
sec.


J’avais soif, il ne fait plus froid, je n’ai plus soif, la descente s’annonce rigolote.
J’ai chaud et je n’ai plus soif… et je ne suis plus blanche du tout mais qu’est ce que j’ai
chaud !

A suivre : La mort des saucisses.

de Alice Versal auteure de Réparatrice d’Ailes (Calamity en SEGPA)


Un hiver sur deux, les classes des grands CM1 et CM2 ont la chance de partir
loin de la mer.

Même si nos joyeux drilles n’ont pas toujours le pied marin, on se dit
que le pied montagnard ça ne doit pas être trop compliqué. Et puis soyons honnête,
mettre une combinaison de ski est certainement bien plus facile qu’enfiler une
combinaison néoprène à Chouchou. Parce que Chouchou, il n’est pas très agile de ses
dix doigts et malgré la couche de graisse réglementaire, rien ne glisse
réglementairement.
Alors Maîtresse prend les choses en mains : elle tire sur la partie inférieure,
elle remonte la partie supérieure. Elle se met derrière, elle se met devant, accroupie,
puis debout. On saute ensemble pour que les jambes glissent sans souplesse, on
transpire de concert pour permettre la lubrification du machin.

Dix minutes plus tard, essoufflée, suante et fière du résultat, je me recule de
quelques pas pour contempler le miracle : Chouchou et ses petits bourrelets non
disgracieux moulés dans une combinaison néoprène noire et jaune. Une véritable
petite guêpe ! Je ne suis pas peu fière, telle Christina Cordula devant son dernier
relooking ! Manifaïque !!! Mais voilà Chouchou qui susurre. On dirait Carlita qui chante
son dernier tube.


– Quoi Chouchou ? Tu essaies de me dire quelque chose ? Pas la peine de me
remercier, vraiment ! On a réussi en équipe.
– Nan c’est pas ça, mais on peut l’enlever ? Parce que j’ai envie de faire pipi. On
peut hein?
Je ne m’étendrai pas sur ma réponse polie mais négative, qui n’avait rien à voir
avec celle qui clignotait dans ma tête comme une vitrine de Noël sur les Champs
Elysées : Pisse dedans et fais pas suer !


Une combinaison de ski ? Trop facile. Pendant la réunion de préparation on a
bien rappelé aux parents des équipiers virils de l’équipée sauvage, qu’il faudrait revoir
l’enfilage de collant avant le grand départ et l’ajustement du masque, l’intérêt de
mettre un caleçon propre chaque jour, … des détails mais détails importants quand
même. Tout le monde était d’accord, donc on peut partir confiant.


Le jour J est arrivé, il est temps de monter dans le bus. Il faut compter les
passagers, à la montée, puis à l’intérieur et puis une autre fois parce que Zouzou avait
oublié son sac et a du redescendre, parce que Bichette préfère changer de place,
parce que Maman Terminator est montée changer de place à son rejeton, qui est
malade quand il est au-dessus des roues sauf que Terminator il est retourné devant
parce qu’avec son copain Grande bouche, ils ont décidé de faire une nuit blanche et
qu’à côté de Chouchou ça va être moins drôle.
Donc on recompte encore et encore ! Ok on est bon 64 ! Hummm J’ai comme un
doute. Je reprends le dossier. 63 ! Bon les copines, on s’est trompé, on recommence
ok ? 61, 62, 63, … 64. Crotte, ça insiste ! Bon les petits loups, vous levez tous la main,
et quand on vous appelle, vous baissez la main.. C’est compris ? Ouiiiiiiiiii, une vraie
approbation digne d’un vote au parti communiste chez Staline ! Terminator, Chouchou,
Bichette… tout le monde baisse le bras, donc 63. Non ? Quoi Maîtresse Blondinette ?
Tu viens de les recompter ? 64 ?
Bon je ne suis pas super forte en sciences mais sauf erreur la reproduction
spontanée ça n’existe pas, si ? Aux grands maux, les grands recomptages.
Tout le monde descend, allez zou en rang. Et là je vois le regard étonné
( j’essaie de me rassurer parce qu’en vrai le regard serait plutôt celui d’une dinde, le
jour de Thanksgiving, face à un pèlerin aviné et titubant ) du chauffeur de bus, qui se
dit qu’à ce rythme on arrivera à Gérardmer pour la fête des Jonquilles. 64 comiques
qui descendent, grrrr. Bon maintenant vous remontez quand je vous appelle. C’est
reparti Terminator, Chouchou, Bichette… Blondinette, tu recomptes à l’intérieur s’il te
plaît ?
63 !!! Personne n’étant mort entre les sièges 13 et 66, personne n’ayant disparu
dans une faille spatio temporelle entre les roues arrière et les roues avant, avec
Blondinette, on se regarde, on se sent que le truc part un peu de travers, alors que les
roues n’ont pas bougé d’un seul millimètre, quand j’entends une petite voix à
l’extérieur du bus :
– hihihihi c’était rigolo quand j’étais dans le bus. La directrice elle, elle rigolait
pas. Tu sais pourquoi elle rigolait pas, maman ? C’est bientôt qu’il part mon frère ?
Parce que j’ai faim maintenant.


Et en un instant le chauffeur, dans un sursaut de lucidité, ou seulement pour
m’éviter de longues années dans une tenue non ajustée et peu gracieuse, dans les tons
gris mur d’enceinte, prit la décision de fermer la porte du bus et de faire un
démarrage sur les chapeaux de roue qui me valut un atterrissage non contrôlé et dans
une position non réglementaire dans la coursive. On the road again.


Je vous épargnerai les 16 h de trajet, avec les arrêts divers et variés pour
manger, faire pipi, courir, vomir et éventuellement dormir. Et toujours cette légère
odeur entêtante d’une couche remplie qui aurait été oublié par les anciens passagers,
membres de l’EPADH « Les joyeux rossignols » en pèlerinage à Lourdes. Mais passons,
on finira bien par trouver la source.


La découverte de la montagne au petit matin, les pleurs d’émotion, les cris
d’excitation sont des bonheurs incommensurables, le plaisir indicible de la maîtresse
d’école. Ce pourquoi elle a passé des heures à monter un dossier en 12 000
exemplaires, passé des coups de fils pour tenter de faire baisser les prix, passé des
jours à compter les petits sous gagnés un par un par la vente d’objets moches mais
super pratiques.


Sur place, il faut répartir les chambrées. Heureusement avec Blondinette, on a
tout préparé avant. Les gaillards sont répartis selon leur pouvoir de nuisance et
parfois aussi par affinités, mais ça c’est plus rare. Et bizarrement malgré toutes nos
précautions, on sait qu’il y aura une « chambre Pinder », celle qui émoustille tout
enseignant, celle qui sera à l’origine des légendes que l’on se racontera le soir au coin
du feu, ou en salle des profs en sirotant une liqueur de mirabelles.
Et comme prévu dès le premier jour dans la « chambre Pinder », le fumet de la
couche des joyeux rossignols nous prend aux narines. Et comme dit l’autre en
regardant son couteau : Bizarre… bizarre, moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre.
Fouille réglementaire, rien de bizarre. On se dit que l’odeur est peut être
corporelle. Alors les gars, à la douche ! D’ailleurs maîtresse et maîtresse Blondinette
vont y aller aussi. Ensemble, parce que pour d’obscures raisons de répartition elles
partagent une douche sur le palier, mais où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. A ce
qu’on est bien quand on est dans son bain, avec des copains !


Une fois savonnées, récurées, c’est la revue de détails, on vide les valises, on
s’organise et on évite les vocalises ( parce que les hurlements dans les chambres, si on
n’est pas dans son canapé, devant un film d’horreur, où une blonde se fait courser par
un mort vivant zombifié, c’est vite chiant ! ).
Retour dans la « chambre Pinder », pour une inspection plus poussée. Les 4
gaillards sont en pyjama : check, les valises rangées : check, douchés : che… hop arrêt
sur image. Hummm un détail cloche, n°1 cheveux mouillés et coiffés, n°2 cheveux
mouillés et coiffés comme ceux BB après un rendez vous dans un tas de foin, mais
sans le foin, n° 3 cheveux mouillés et coiffés, n°4 cheveux secs !!! Le voilà le détail qui
cloche. On se croirait dans une énigme de Mickey parade, l’odeur douteuse en plus.
– Dis donc n°4, tu t’es douché ?
Haussement d’épaules, demi sourire. On ne l’a fait pas à moi, le langage corporel c’est
ma deuxième langue, et surtout j’ai un odorat particulièrement développé. Je peux
repérer un vin chaud à 20 km. C’est vachement pratique quand on part en classe de
neige.
– Bon tu retournes sous l’eau, tu fais un shampoing et tu te savonnes. D’accord ?
Pas de réponse que je prends pour un oui. Il y a un vin chaud en approche, je n’ai
pas le temps à perdre. J’entends l’eau couler, pendant que j’aide n°2 à retrouver une
coiffure digne d’un Delon sortant de la piscine de Romy. Et voilà mon n°4 qui sort de la
salle de bains aussi sec que les biscuits de ma tante Denise, oubliés au fond de son
placard depuis Noël dernier.
Il est temps de passer à la sommation :
– Bon n°4 tu as deux secondes pour te déshabiller, 3 secondes pour te glisser
sous l’eau et 3 minutes pour ressortir propre.
Le phobique aquatique finira récuré et savonné contre son gré et le lendemain
on retrouvera la source de l’odeur, un sac plastique avec ses vêtements maculés d’une
matière connue de tous mais que la politesse m’évitera de nommer ici malgré ses
dénégations et ses accusations visant d’anciens locataires peu scrupuleux. Finalement
les joyeux rossignols n’étaient même pas les complices de cette sombre affaire.
Il est grand temps de rejoindre la grande salle, les animateurs nous ayant
annoncé prendre en charge la démonstration de l’habillage pour les activités sportives
hivernales. Avec Maîtresse Blondinette, on est ravie, on va pouvoir boire un.. euhh
profiter de cette leçon gratuite.
Les 63 joyeux drilles sont en pyjama, tout excités, assis sur leur chaise, enfin
en équilibre instable sur une demi fesse pour pouvoir jeter des yeux brillants dans
tous les sens. Quand tout à coup, la lumière s’éteint, un silence religieux s’installe, et
la porte de la salle s’ouvre sur … une grande brune en maillot de bains deux pièces,
suivie d’un Apollon en short de bain rouge portant un grand sac sur l’épaule, version
David Charvet dans Alerte à Gérardmer.


Avec maîtresse Blondinette on se regarde en se disant que finalement on va
attendre un peu pour le vin chaud, la leçon pourrait nous servir. En effet je ne suis
plus très sûre de savoir comment on enfile les gants de ski. Pendant que je compte les
tablettes de chocolat, Maîtresse blondinette vérifie le fuselage des cuisses, parce
que vérifier le matériel avant de partir en excursion c’est super important. On n’est
jamais trop prudent.
Résultat avec Maîtresse blondinette, on n’avait pas tout suivi, on n’était plus
sûres du tout d’avoir tout compris, mais le sauveteur n’a pas voulu recommencer la
démonstration, il fallait être plus attentives qu’il nous a dit. On lui a signifié que les
élèves en difficultés avaient parfois besoin de se faire répéter les consignes pour les
intégrer mais le gaillard a été catégorique. Il a refusé tout net de répéter la
manœuvre, ce qui lui vaudra un avertissement pour un sérieux manque en pédagogie
différenciée. Non mais !


Le lendemain matin, pendant le petit déjeuner, ( tout habillé, le fourbe ), il
répète les choses importantes : le masque, les gants, le bonnet, le baume à lèvres, la
crème solaire. Bref l’essentiel ! Agitation, précipitation, tout le monde file dans sa
chambre pour se préparer.
Avec Maîtresse Blondinette, on est prêtes les premières et telles deux
maquignons à la foire aux chevaux de la Motte Beuvron, on vérifie la descente de
l’escalier des bourrins pour valider l’équipement. Tout trotte comme sur des roulettes
jusqu’à ce que se présente Tournesol.
Tournesol il est au taquet dans son laboratoire, mais quand il en sort, on se dit
qu’il faudrait envisager d’intégrer une puce GPS sous sa crinière. Il se perd un peu et
nous perd souvent. Le voilà qui descend bon dernier, le bonnet sur la tête, le masque
sur les yeux, les lèvres et la peau blanches comme la cuisse d’une anglaise
quinquagénaire un soir de novembre. La doudoune est fermée sous le menton, et les
moufles sur les mains ( c’est l’avantage des moufles pour Tournesol, peu importe la
main, la moufle camoufle l’erreur.) On se dit que c’est gagné, on va pouvoir monter
dans la navette sans courir, sauf qu’il y a un détail qui ne colle pas, la mouche dans le
lait.


Quand on lui disait à David Charvet qu’il fallait être vigilant sur la répétition
des consignes…Ce matin il a bien tout expliqué à un détail près. On retire … son
pyjama et on met sa combinaison ! Tournesol, lui il applique les consignes à la lettre.
Alors Charvet ??? On fait moins le malin hein ??? Bon la navette, on va encore la
louper mais c’est pas grave. Peut être que Charvet nous refera la démonstration ce
soir. Wait and see.


Dès le deuxième jour on laisse les tenues de ski au vestiaire qui est aussi la
chaufferie, comme ça tout goutte, tout sèche tout chauffe. Revérification de la
tenue, ça se passe bien. Le seul qui nous pose souci c’est Benton, notre
accompagnateur. Pourquoi Benton me direz vous ? Un vieux souvenir de sa jeunesse,
lors d’études médicales, une belle histoire d’expérience d’intubation alcoolisée lors
d’une soirée pédagogique.


Bref voilà notre Benton qui erre en caleçon dans le vestiaire. Il ne retrouve pas
son pantalon de ski. On lui signifie quand même qu’on a 63 tenues à gérer alors si en
plus on doit accompagner les accompagnateurs, sa facture au bar d’altitude va
atteindre des sommets. Le temps presse, il court, remonte dans sa chambre,
redescend dans le vestiaire, file à la buanderie. Rien. Il reste bien un pantalon mais
pas de la bonne couleur ni surtout la bonne taille. Les petits le regardent s’affoler,
chercher, et sont aussi perplexes que lui. Encore un mystère de Mickey Parade à
résoudre.


Bon finalement on se dit qu’il est temps pour les skieurs de rejoindre leurs
moniteurs respectifs donc on récupère les skis et hop en route. Benton va finir par
trouver une solution. Pendant ce temps on remarque que Tournesol semble aussi à
l’aise avec des skis à la main qu’un manchot avec des baguettes chinoises.
Il s’arrête, les lâche, les reprend, les relâche. Bref on sent bien que la route va
être longue, alors Maîtresse Blondinette décide d’aller l’aider, et lui installe les skis
sur l’épaule, version Popeye aux remontées mécaniques. Et là notre Tournesol les skis
sur l’épaule, se retrouve le pantalon sur les chevilles. Drôle de coïncidence !
– Benton !!! On a ton pantalon !!!
Et oui Tournesol, il est comme cela, premier arrivé, premier servi !
Le soir, pendant la visite des chambrées, le cœur léger car aucune odeur
suspecte ne me monte aux narines, je remarque qu’un des coloc de la « chambre
Pinder » porte un joli caleçon mais il me semble bien, qu’il ressemble comme deux
flocons à celui qu’il portait la veille ( ou l’avant veille ).
– Dis donc Chouchou, maman t’a acheté un lot de caleçons identiques c’est
chouette. C’est plus facile pour les retrouver après les lessives.
– Non, j’en ai plein d’autres dans ma valise, mais je ne les mets pas.
Mince, ça sent le truc louche.
– Ah mais celui là tu ne l’aurais pas déjà porté avant ?
– Bah si mais celui là c’est mon caleçon porte-bonheur. Je l’adore, je le mets
tous les jours, comme ça je suis sûr de ne pas tomber au ski.


Un caleçon porte-bonheur, c’est quand même vachement plus simple à trouver
qu’un trèfle à quatre feuilles, plus vegan friendly qu’une patte de lapin attachée à la
ceinture et plus facile à porter sur des skis qu’un fer à cheval mais un caleçon porte-bonheur ne craint pas l’eau ! La Mère Denis doit se retourner dans son lavoir.

A suivre: La clinique de la forêt noire.

Voici le partage d’une de nos feignasses:

Mardi matin, j’ai dit à mes CE1/CE2 que j’allais leur faire manger leur leçon de conjugaison pour qu’enfin ils retiennent qu’on met “-ent” aux verbes pour accorder au pluriel. On a beaucoup rigolé sur la leçon qui se mange!…

Jeudi matin, A. élève de CE2, arrive en classe avec des gâteaux… La gourmande que je suis se dit ” Cool, il m’a fait des gâteaux !” Mais non, il me dit: “c’est pour toute la classe, c’est pour qu’on puisse manger notre leçon !!!”

Et voilà les gâteaux que nous avons eus!

par Magalie Denis

 

Après avoir reçu le Prix Nobel de Littérature en 1957, Camus écrit une très belle lettre de reconnaissance à Louis Germain, son premier instituteur.

 

 

19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,
J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève.

Je vous embrasse, de toutes mes forces.
Albert Camus

 

 

“De retour en métropole vendredi dernier après avoir vécu et enseigné à l’étranger, je suis… surpris par ma première heure de cours avec des secondes. Je décide de passer par la poésie (notre objet d’étude) pour leur parler. Voici donc le texte que je leur ai lu ce matin, et que j’avais envie de partager sur ce groupe, avec toute ma solidarité avec ceux qui se lèvent chaque matin pour vivre ce type d’expériences.”

 

Le périmètre de l’île

 

J’ai vu des îles entourées d’eau, chaleureuses et luxuriantes
Et au cœur de l’un de ces paradis, le regard triste mais le sourire aux lèvres
Un Homme souffrir d’être trop seul
J’ai exploré son périmètre, nagé avec ses fauves, guidé par le chant des baleines
Jusqu’à prendre la fuite

Vers une autre de ces îles où, ivre déjà
Un Homme rencontré par le plus grand des hasard
M’installant à l’arrière d’une automobile d’un autre temps
M’a servi son monde sur un plateau sans argent
N’acceptant pour salaire
Qu’un peu de musique et de temps

J’ai vu des îles si grandes que ses habitants n’avaient jamais vu la mer, ni d’Homme blanc
Mais en dépit de leur ignorance, chacun me prenait par le bras
Et m’emmenant dans des taudis de tôle sombres et froids
M’asseyait près de l’âtre et, partageant un fond de thé noir,
Me disait en souriant que l’invité est roi.

Lorsqu’en ce vendredi, je poussai la porte de la salle de classe
Curieux d’explorer le périmètre de ma nouvelle escale
S’est offerte à mes yeux la plus monstrueuse des parades

J’ai croisé quelques sourires et j’en ai cherché d’autres
Curieux de voir certains fuir en hurlant au son d’un simple « bonjour »
Peut-être n’avais-je pas parlé assez fort
Peut-être n’avaient-ils pas bien entendu

J’ai vu des regards vides, des regards vagues et des regards hostiles
Comme si, inconscient d’une guerre qui s’était jouée sans moi,
J’avais par mégarde posé le pied
En territoire ennemi.

J’ai distingué, au cœur de cette fanfare hystérique
Où tous se parlent mais personne ne s’écoute
Quelques questions curieuses étouffées par des rires
Dans lesquels ne résonnaient ni joie ni partage
Des rires d’ignorance, de méfiance et d’indifférence

J’observe curieusement cette assemblée de ruminants révolutionnaires

Qui a fait de la bataille du chewing-gum une cause nationale
Singulière mixture d’alliés et de chefs de guerre
Et, à la fois amusé et perplexe,
Je les remplace, le temps d’une minuscule seconde
Par mes étudiants à la peau sombres, affables et souriants

Par ces hommes et ces femmes qui, sans me connaître,
M’ont accueilli dans leur petite salle de classe sans ordinateur ni vidéoprojecteur
Avec la bienveillance que l’on accorde inconditionnellement à tout inconnu
Pour lesquels la curiosité s’exprime par le silence
Dans un monde où les questions appellent des réponses que l’on sait attendre et entendre.
Ces hommes et ces femmes pour lesquels l’éducation a un prix
Mais qui savent que le respect se partage avec profusion plus qu’il ne se dépense.

Lorsqu’une seconde s’est écoulée et que m’apparaissent en filigrane
Cet enfant avachi comme un vieillard sur son sac à dos de marque
Le dos de l’un et la nuque d’une autre en guise de présentations
Les négociations passionnées pour la pause d’un cours qui n’a pas encore commencé
Et surtout cette masse de bruit dans laquelle résonne tout l’égocentrisme
D’une génération habituée à exiger ce qu’on ne lui a jamais appris à donner.

Alors, m’installant tranquillement à mon bureau dans l’attente du silence
Je me dis que cette île est bien la plus exotique qu’il m’ait été donnée de découvrir
Et que jamais on ne m’a réservé si mauvais accueil.
Il n’est toutefois pas d’aventure que l’on refuse
Et je me risque à jouer la carte de la sincérité.
Pour dissiper l’orage,
Le pari des mots plutôt que celui de l’autorité,
Dans l’attente tranquille que tombent les masques d’enfants terribles
Et que se révèle, peu à peu, le visage plus sympathique
Des adultes que vous êtes déjà en train de devenir.

 

par Valérian MacRabbit

 

Vendredi soir, fin d’une semaine de classe, un mélange de joie, de fatigue et une envie de partager le vécu de ces premiers moments d’une année scolaire.

Une certaine effervescence aussi, probablement liée au fait de déposer mes premiers mots sur la toile.

Le terme usuel de «Maîtresse» qui désigne mon rôle ne me convient plus. Je préfère me dire que je suis dans «un collectif» composé de 29 enfants et une adulte. 30 Êtres réunis pour une expérience de partage et d’apprentissages mutuels, le temps d’une année.

Il y a quelques temps, je découvrais la Communication Non Violente. Ma paire de chaussures pour être en relation avec moi et avec les autres. Et de là en découle un élan, celui de mettre l’Empathie au cœur du système scolaire. Le système scolaire public, l’école pour tous.

Pas envie de faire la révolution, ni de juger ce que fait mon voisin, juste un choix, celui de vivre mon élan, de passer d’un rêve à une réalité. Celle d’une évolution paisible par l’incarnation de mes aspirations pédagogiques.

Plus de manuel, d’évaluations, de programmations, de jeux compétitifs, de punitions … A la place: des plans de travail, des conseils de classe tous les jours, des jeux coopératifs, des «Comment je me sens-là?», un temps de « Bienvenue » pour chacun tous les matins, des «Contrats de réussite» à la place du listing des turbulences d’un enfant sur son cahier de liaison, des «écoutes empathiques» à la place des menaces …

Je sais ce que je ne veux plus faire, plus vivre. En pleine expérimentation sur le «Comment faire à la place?». J’avance en terrain inconnu. Je sens que mes anciens mécanismes ne sont pas loin, prêts à revenir dans les moments d’instabilité, dans ces instants où je me dis « Mince, je n’avais pas prévu ce cas de la figure, je ne sais pas quoi faire!» ou bien « C’est le bazar total là… ». Il y a aussi ces soirs où je me fais la réflexion que ce que j’ai fait était bien loin de mon intention de départ. Et ces mots déjà formulés au collectif: «Je me sens démunie, je regrette ce que j’ai dit, avez-vous une idée sur la façon dont nous pourrions gérer ensemble ce problème?». La surprise aussi d’entendre leurs idées créatives si pertinentes et leur compréhension face aux cafouillages.Touchée de voir leur enthousiasme au milieu de ce nouveau fonctionnement, l’adhésion des parents lors de la réunion de rentrée…

Aujourd’hui, Vendredi 15h :

Les enfants ont fait leur premier «moment de pitreries», la «Danse des canards» (musique de leur choix), chorégraphie de 10 membres de notre collectif, au milieu de la classe. Surprise d’y voir Eva, d’habitude si effacée …

Comment en sommes-nous arrivés là? Lundi dernier, lors du temps de regroupement, plusieurs enfants parlent de leur besoin de rire. S’en suit une recherche collective de stratégies pour répondre à ce besoin. Créativité du groupe: des exclamations «Moi je sais faire le pitre !», « Moi, aussi ! ». Décision du collectif : un temps de «pitreries» tous les jours à 15h. En les regardant gesticuler, hilares, sur la « Danse des canards » je me suis d’abord dit :«C’est une première, 15 années d’enseignement et jamais une telle pagaille dans ta classe ». S’en est suivi un moment d’insécurité :«Le calme va-t-il revenir ensuite ?» et enfin : le rire qui me gagne moi aussi. Lâcher-prise et confiance. Moment de partage, de légèreté et d’humour.

Et là, ce soir, une impression, celle de voir en filigrane, la naissance d’un collectif, de nouveaux liens, une première étape vers l’Empathie?

Par Marie Écrit

Par Olive Koenig

Quand tu veux monter un séquence d’apprentissage en maths, grandeurs et mesures….les mesures de longueur
Bon, ça a l’air simple comme ça…

systemes-mesure

“Bien les enfants, il y a les mètres. Vous connaissez quoi d’autre ? Les centimètres, bien. Et puis ? Les kilomètres, ok. Bon ben, c’est parfait…”

Oui mais voilà. Tu te dis, tiens, c’est marrant, on dit centimètre, mais on dit aussi, centigramme, et puis on dit centilitre. Ah puis c’est marrant, ça marche aussi pour les milli, les déca, les hecto, les kilo.
Bon, ils viennent d’où ces mots là, ces préfixes (zut, va falloir que je vérifie s’ils se souviennent ce qu’est un préfixe). Tiens, si on se demande ça, on dérive sur le français…préfixes. Oui mais alors, il viennent d’où ces mots là ?

Ah, trouvé, alors ils viennent du latin ET du grec. Alors pour les multiples, deca, hecto, kilo, ça vient du grec. Oui, mais pour les sous-multiples, déci, centi, milli, ça vient du latin. Et zut, je suis encore en français là…

Oui, mais c’est quoi le latin ? Et puis le grec, c’est celui des grecs ? Là, maintenant ? Ah ben non. C’est du grec ancien, et puis c’est comme le latin, c’est une langue “morte”. ce sont les romains qui parlaient latin dans l’antiquité…..Stoooop….tu fais de l’histoire là !

Bon et à quoi ça nous sert ? Ah oui, construire un tableau de conversion “universel”, qui va servir pour toutes les unités de mesure. Ah, mais ça va pas ça, je sors de ma séance “mesures de longueur”….batapi, je continue
Et alors, ça nous sert à quoi ? Ah, à comprendre les échelles sur une carte par exemple. ben oui, c’est bien ça les échelles sur une carte, ça parle…
Ah oui, mais re-zut, je suis en géographie là….Olalala…

Bon je continue. Alors, heuuu, par exemple, si je veux savoir, un millimètre, ça fait combien de mètres, ben je mets mon millimètre dans la colonne millimètre, puis je complète avec des zéros jusqu’à la colonne mètres, puis, puis….ouille, il faut que je colle une virgule là…Ah oui, mais je tombe dans les décimaux, et on est début de CM1, on a pas vu les décimaux en numération, c’est prévu en fin d’année ça !

Bon alors, j’ai un tableau de conversion en grandeurs et mesures, mais je peux pas m’en servir ? Ou que dans un sens ? Olalalalalala…….Pffffiouuuuu…..

Bon, ben voilà ce que je décide, je vais faire des maths, du français, de la géographie, et de l’histoire, tout ça en même temps. Parce que sinon ça sert à quoi convertir ?

C’est bien ce que je leur dis à mes élèves : “les maths et le français, ça ne sert à rien du tout….”
(là je marque une pause généralement, assez longue, et j’admire leur réaction….genre, c’est qui ce Maître qui nous sort ça ? Il est bizarre….ou fou).
Puis, je rajoute “en soi….”.
Et je conclue : “Ce ne sont que des outils au service de tout le reste”

Alors oui, je sors des clous…

Quoique, ne nous dit-on pas qu’il faut donner du sens aux apprentissages ?

🤣😱🤓”

Par Virginie

Nouvelle casquette aujourd’hui : scénariste de film catastrophe !!! En effet, en réunion pour remettre à jour le ppms, il nous a fallut imaginer ce que l’on ferait s’il y avait une intrusion dans l’école. ..

Par Jacques Risso

J’ai fini par une crise de fou rire à pleurer, en m’imaginant sortir de la classe en rampant, après avoir pris une balle entre les deux yeux, pour aller déclencher l’alerte intrusion, puis revenir, éteindre les lumières, récupérer mon portable au passage pour communiquer avec les collègues, se coucher par terre avec les enfants après avoir fermé à clé toutes les portes ( vitrées ! ) et tiré un meuble de 200 kg devant celle de la classe . Et tout ça dans le plus grand silence, parce qu’il ne faut pas que l’intrus sache qu’on est là !!! En même temps, dans une école en pleine journée, normalement il y a des élèves et des enseignants !
Ah oui, j’allais oublier : en cas d’envie pressante, il y a le seau !!!!
Bref : un grand n’importe quoi !!!😁