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Prologue

Nous te saluons, camarade, nous tes amis, tes frères et soeurs de classes préparatoires, de l’université, des premiers pas dans le métier de professeur d’histoire et de géographie.

Le 15 janvier 1888, dans La Dépêche de Toulouse, Jean-Jaurès écrit « Aux instituteurs et institutrices », quelques conseils pour que les élèves apprennent à être autonomes, à réfléchir, à se forger une opinion – conseils auxquels, Samuel, tu as été fidèle :

Extraits

« Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin, ils seront Hommes et il faut qu’ils aient une idée de l’Homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; [il faut qu’ils sachent] quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. (…) Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort. (…)

 Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale il est vrai, mais très haute de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la Terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’Homme  primitif à l’Homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur [et au professeur], en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine. (…) Je dis donc aux maîtres [et aux professeurs], pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine, en quelques années, fait œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence, il y aura un sommet, et ce jour-là, bien des choses changeront. »

Adieu Samuel.

 

 

Par Christophe Capuano, ami de Samuel