Fresnes, décennie 90

Fresnes,  décennie 90, je suis prof de math, 3 heures par semaine dans chacune des 3 divisions, et je fais de l’initiation à l’informatique en troisième division, à la maison d’arrêt des femmes, et à l’hôpital pénitentiaire. Une nouvelle fonction vient d’être créée : celle de RLE  (responsable local de l’enseignement). Comme je suis le plus ancien, et que je connais bien tous les rouages de la prison, on me propose de remplir cette fonction avec 6 heures supplémentaires. Ça m’intéresse, j’accepte. . Je vais  vite me rendre compte que les 6 heures sont nettement insuffisantes, et je passerai une bonne partie des 2 heures du midi dans le bureau-cellule de la troisième division qui nous est attribué. Il faut dépouiller le courrier des détenus, préparer des listes de détenus à rencontrer afin qu’ils soient descendus en cellule d’attente le jour J, préparer les dossiers CNED, et j’en passe.
Aujourd’hui, je dois aller voir un détenu au CNO  (centre national d’observation) et un autre au quartier d’isolement. Les deux se trouvent dans la même division, mais ça va quand-même me prendre l’après-midi !
13h30, en route pour le CNO. Ici passent tous les détenus de France condamnés à 10 ans et plus. Ils y passent toute une série de tests afin de déterminer la suite de leur détention, quel établissement,  quel projet de sortie (à long terme pour la plupart). Je franchis la porte blindée,  passe sous le portique, ma prothèse de hanche sonne, on me passe au détecteur manuel, et je demande mon détenu. C’est un jeune qui prépare une licence en musicologie. On me l’amène dans un petit bureau. C’est calme, ici, on n’entend pas tous les bruits de la détention : cris,  bruits de clés, sondage des barreaux. Nous sommes là pour organiser son examen, qui se déroulera bien sûr ici. Il faudra un clavier. Il se prépare avec un clavier en papier qu’il s’est fabriqué. Pour l’examen, il en faudra un vrai. Donc demande d’autorisation pour faire entrer l’instrument, et le prof qui viendra l’interroger. Il faut s’y prendre plusieurs semaines à l’avance. On est dans les temps, tout va bien. On discute un peu, il n’a pas beaucoup d’occasions pour ça,  et je le quitte. L’examen se passera très bien, il sera reçu avec les félicitations du jury !
Je sors du CNO. Je passe par le quartier arrivants qui se trouve dans la même division. Demain je vais faire de la détection de l’illettrisme. Ici passent pendant 3 ou 4 jours les arrivants de l’extérieur qui n’ont jamais été incarcérés à Fresnes. Un CIP  (conseiller d’insertion et de probation) m’a sélectionné 10 détenus de très faible niveau scolaire. Je les verrai demain,  j’utiliserai un outil mis au point par Alain Bentolila.
Je passe dans l’aile sud. Celle-ci est coupée en deux par une grille. De l’autre côté se trouve le quartier d’isolement. Pour que  cette grille puisse être ouverte, on bloque toute la division. Plus aucun détenu dans le couloir. Toutes les cellules fermées. Il y a 2 catégories de détenus dans ce lieu : les très dangereux, placés par l’administration pénitentiaire, à la demande du juge, et ceux qui en ont fait la demande parce qu’ils se sentaient menacés en détention. Ils ne sont que 5 ou 6,  cellules voisines vides, ils ne voient personne, personne ne les voit. Le surveillant accompagné du gradé m’accompagne jusqu’à la cellule. Une porte, une grille, une autre porte. J’entre, le surveillant referme la grille et reste derrière. Je suis là pour remplir son dossier d’inscription au bac. Il faudra que j’aille à la fouille chercher les photos d’identité, faire une demande pour obtenir un timbre fiscal.
Il va falloir repartir. Nous nous reverrons pour l’examen. Lui aussi sera reçu.
Même procédure pour la sortie.
J’ai bien glandé : j’ai vu 2 détenus dans l’après-midi, et je suis épuisé !

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