Innocents

Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé ne serait absolument pas fortuite. Seuls les noms ont été changés.
Tout le monde peut se retrouver en prison, vraiment tout le monde. Même des innocents,  j’en ai rencontrés.

Le premier, c’était au centre de jeunes détenus de Fleury-Mérogis. David, 17 ans,  était incarcéré pour le viol d’une jeune fille après une soirée en boîte de nuit, à Antony, banlieue sud de Paris. Un journaliste de France 3 s’est intéressé à son histoire et a réussi à prouver que David se trouvait à Orléans au moment des faits. Il a fait 6 mois pour rien.
Boubacar était un de mes élèves à Fresnes . Au cours d’une perquisition à son domicile,  la police a trouvé, au fond d’un placard, 5 kilos de résine de cannabis. Ce que les policiers ignoraient,  c’est que Boubacar hébergeait un ami qui faisait régulièrement des allers et retours vers le Maroc. Il a été libéré après quelques semaines.

Michel,  lui,  était là pour recel d’objets volés : il prêtait son garage qu’il n’utilisait pas à son voisin, sans savoir que celui-ci était cambrioleur.
Un jour, je m’apprête à sortir de la division en fin de matinée, et je vois 5 arrivants avec leur paquetage. Parmi eux,  un de mes anciens élèves, Jeremy. Je ne pensais pas le voir revenir, lui. Il semblait avoir compris. Me voyant, il me dit : “Tu vas pas me croire ! Des cambriolages ont eu lieu dans mon quartier,  exactement dans le même style que ce que je faisais. Ça fait 2 ans que je bosse,  je n’y suis pour rien ! Le flic chargé de l’enquête est celui qui m’avait arrêté. Il m’a envoyé “au placard ” directement. Jeremy n’a fait que 15 jours mais il a perdu son travail.

Un autre jour,  je recevais des détenus qui m’avaient écrit pour des inscriptions au CNED. Jean s’assoit face à moi et éclate en sanglots. Il me dit : ” Faites quelque chose pour moi. Je viens de me marier. Mon épouse a 2 enfants, Benjamin, 17 ans, et Marie, 19 ans. Ils m’accusent tous les deux d’attouchements. Je ne comprends pas, je ne leur ai jamais rien fait de mal. ” Je promets de contacter très vite un conseiller d’insertion et de probation,  je ne peux malheureusement rien faire de plus. J’appellerai aussi le psy pour éviter un drame.

Et pour finir, l’histoire d’un collègue : professeur d’EPS dans un collège de banlieue parisienne, Nicolas, qui a la surprise de voir arriver la police en plein cours au collège. On lui met les menottes devant ses élèves et on l’embarque. Une élève l’a accusé de viol.
Les journaux vont s’emparer de l’affaire et raconter n’importe quoi comme souvent.

A Fresnes,  Nicolas est placé dans une des cellules réservées aux détenus dont l’affaire est médiatisée, en première division. Il m’a écrit,  je vais le voir. Le surveillant m’accompagne jusqu’à sa cellule. Il ouvre,  nous entrons. Nicolas s’est pendu aux barreaux de la fenêtre avec ses draps. Nous nous précipitons pour le décrocher : trop tard.
Quelques jours plus tard, l’accusatrice avouera qu’elle avait tout inventé…

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