Noël en prison

Pour éviter certaines critiques, je vais, en préalable, préciser qu’il n’est pas question de m’apitoyer sur le sort des détenus, mais juste d’ouvrir une autre page de mon expérience.
Je précise également que plus de 80% des détenus sont condamnés à moins de 6 mois, et sont donc des délinquants, pas des criminels.

Noël approche. Pour beaucoup, ce sera la première et la dernière fois derrière les barreaux. Loin de la famille, loin des amis, à deux ou trois dans la cellule de 9 mètres carrés. Bien sûr, oui, ils auraient dû réfléchir avant de transgresser la loi, mais c’est trop tard. Et personne n’est à l’abri d’une erreur.

Alors on se prépare. Du côté des surveillants, c’est vigilance accrue car les tentatives de suicide vont être en augmentation. On essaie d’égayer les lieux en installant un sapin de noël au rez-de-chaussée de chacune des trois divisions. Pendant les 15 jours précédant noël, et ce, jusqu’au 31 décembre, les détenus peuvent recevoir des colis, soit par la poste, soit au parloir. C’est la seule période de l’année durant laquelle c’est autorisé, le reste du temps, seuls les échanges de vêtements sales et propres sont autorisés au parloir. Ceux qui n’ont pas de parloir lavent leur linge au lavabo avec la lessive achetée en cantine. C’est gratuit pour les indigents.

Installation de deux Algecos dans la cour d’honneur pour vérifier les paquets : tout est très règlementé. Les saucisses, boudins blancs, viandes, gâteaux doivent être coupés en petits morceaux (pour éviter l’introduction d’objets interdits comme des limes, couteaux, carte sim …). Si quelque chose n’est pas conforme, un surveillant est chargé de rectifier avec un couteau. Les chocolats ne doivent pas contenir d’alcool.

Les cellules s’organisent, chacun fait entrer sa part en fonction de ses moyens. Les incidents sont rares, on trouve toujours un arrangement.
Chez les femmes, c’est un peu différent, car elles sont en cellules individuelles. Pour les fêtes, elles peuvent demander à être « doublées »  pour la semaine de noël au jour de l’an. La plupart des demandes sont acceptées, sauf sanction disciplinaire. Pour les mères, il y a aussi juste avant noël un après-midi réservé à la visite des enfants, avec distribution de cadeaux. Moment plein d’émotion pour ces femmes et ces enfants qui parfois ne se voient qu’à cette occasion (les grosses peines).

Le jour J, c’est la fête dans les cellules, on leur laisse la lumière jusqu’à minuit et demi.
On recommencera pour le réveillon du jour de l’an, on tapera dans les gamelles et dans les portes à minuit, et on s’endormira en pensant à l’année prochaine : beaucoup d’entre eux feront la fête en famille, d’autres auront pensé à une nouvelle vie et feront en sorte de ne pas revenir …

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