Petit Ours et les abeilles

Un soir, rentrant de la forêt tout pleurnichant,
Petit Ours assura qu’elles lui paieraient cher.
Arrivé au bercail, apercevant Maman,
En larmes il fondit, aux jupons de sa mère.

_ « Mais qu’as-tu mon petit ? déplora la fleuriste,
N’as-tu pas eu ton miel ? Mais que font les abeilles ? »
« Elles m’ont encore piqué, c’est pourquoi je suis triste,
Je n’ai pas eu mon miel, elles font toujours pareil ! ».

Maman ours agacée, consola son petit.
Pour sa consolation, lui promit dès demain
Des bonbons délicieux et des confiseries,
Une journée joyeuse dans son magasin.

Le lendemain midi, Petit Ours, bien content,
Partit rejoindre sa fleuriste de maman.
Que de surprises vit accrochées à ses dents !
De toutes les couleurs, de toutes les saveurs !
Petit Ours en mangeant, passa ainsi son temps
Au magasin gâté, la forêt délaissant.

Dans la forêt pourtant, s’empressaient les abeilles :
L’ourson viendrait chercher son miel aux teintes d’or !
Mais les jours s’écoulant, sans visite, esseulées,
Les ouvrières s’inquiétèrent de son sort.

_« Que va-t-il devenir, s’il ne se nourrit plus ?
Et que deviendrons-nous, s’il ne vient plus nous voir ? »
Bien vide est la forêt, les fleurs ne comptent plus,
Nos jours comme nos nuits sont plongés dans le noir ! »

Ainsi se lamentaient les mornes ouvrières
Dans un bourdonnement chagrin et douloureux,
Les fleurs que naguère butinaient ces dernières
Fanaient avec le temps, d’un pistil langoureux.

À la boutique encor, petit ours épaté,
Musardait en mâchant, éructant et souffrant.
Et maman s’inquiétait, devant son étal vide,
De la bonbonne voir le fond.

Mû par le bruissement du massif forestier,
Un renard soucieux traversa la prairie.
Quel ébahissement fut le sien quand il vit
La forêt sans bleuet, sans iris, sans pensée !

Il se dit qu’au village on devait avoir peur,
Car un monde sans fleurs est un monde qui meurt.
Il vit une fleuriste implorant son enfant,
De l’aider à chercher un nouveau rendement.

Ce dernier, nonchalant, pansu, ventripotent,
Râlait tout en soufflant qu’il avait bien le temps.
Renard qui s’offusqua de cet ours mal léché
Vint proposer son aide à cette infortunée.

_ « Merci monsieur Renard de me prêter secours !
Mon fils est bien malin mais les abeilles folles
N’ont su que le piquer dès qu’il s’en approchait,
De cesse elles n’avaient de rehausser leur miel. »

À ces mots, Renard comprit que prairie sans fleurs
Résulte de l’enfant que l’on nourrit de leurres.
Sachant que sans raison ne piquent les abeilles,
Il dit à la maman ce précieux conseil :
_« Apprenez-lui à grimper, soignez ses piqûres,
Du miel qu’il convoite soutenez la gageure ! »

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