Pièce de Guillaume Rousseau

 

 

 

 

Acte I : le confinement

 

Scène 1

Enregistrement : (Chevauchée des Walkyies+ discours de Macron)

Voix OFF : Ouah !!! Ce jeudi 12 mars à 20h10, l’annonce d’Emmanuel nous a tous bien pris de court. Et pourtant, on aurait dû prévoir. Il y avait des signes qui ne trompent pas : le matin même, à Poitiers, notre Ministre de l’Education, rappelait que les écoles resteraient évidemment ouvertes. Si c’est pas une preuve qu’il fallait se méfier.

Du coup, dès le lendemain, il a fallu organiser le confinement.

Enseignant (ou enseignante) : Bien, les enfants, on va rapidement préparer les affaires, car on ne sait pas quand on va se revoir… Non, Karine, pas à cause du connarovirus ! Du coronavirus !!… Jean-Paul, quand le Président parle de guerre, c’est une façon de parler… Non, c’est pas parce que tu es bon à World of Warcraft que tu es protégé… Non, Kévina, tout le monde ne va pas mourir… Oui, ben BFMTV… Ni se transformer en zombie, Pablo, non… Cassandra, pourquoi tu pleures ? (S’approche d’un enfant invisible) Faut pas te mettre dans cet état… Mais non, j’ai pas postillonné… Mais non, j’ai pas le virus… Arrête !!! (Sonnerie de fin d’école, l’enseignant sort)

 

Scène 2

Voix OFF : En un week-end, il allait falloir apprendre à faire classe à distance. Heureusement, comme l’a dit Jean-Michel Blanquer, nous étions prêts. Enfin, lui, apparemment, il était prêt. Parce que nous…

Enseignant(e) (entre, un minitel à la main) : Chéri(e), j’ai retrouvé ça au grenier…. Ben, pour faire la classe virtuelle. Qu’est-ce que t’en penses ? Je vais essayer de taper 36 15 Education Nationale, on verra bien (A part) A l’époque, j’utilisais 36 15 ULLA, ça marchait très très bien… Bon où est-ce que je vais pouvoir brancher ça, moi… (sort de la pièce)

 

Scène 3

Voix OFF : Allez, j’exagère, certains d’entre nous étaient quand même plus en lien avec la technologie.

Enseignant(e) : Chéri(e), tu sais comment je peux avoir du WIFI ?

Femme (ou mari) (dans les coulisses : T’avais qu’à le mettre sur la liste de courses

Enseignant(e) : N’importe quoi !! Le WIFI !!! Pour aller sur internet !!! … Laisse tomber. Si c’est important, j’ai une visio-conférence avec mes collègues, moi, Madame (ou Monsieur)  !

(Cherche du réseau) : Non, là, y a pas… Là non plus… (Part dans les coulisses) Ah là, c’est bon, nickel…

(Femme ou homme traverse la pièce, frappe à la porte)

Enseignant(e) : quoi, qu’est-ce qu’il y a ?

Femme (ou mari) : Ben, je dois y aller.

Enseignante(e) : De quoi ? Aux toilettes ? Ah mais ça va pas être possible. C’est le seul endroit où j’ai du réseau. Repasse dans 2 heures.

 

Scène 4

Voix OFF : Du coup, directement, les profs se sont connectés sur les Espaces Numériques de Travail et autres sites proposés par le CNED. Et c’est là qu’on a commencé à douter : il était vraiment prêt, Jean-Michel ?

Enseignant (e) : Bon, allez, on a à peu près une idée de ce qui nous attend, découvrons cet ENT. Nom, prénom, date de naissance, nombre d’enfants, numéro de sécurité sociale, tour de taille, pointure, et le mot de passe

(Tape indéfiniment sur son clavier.) C’est bon, j’ai tout bien renseigné.

(Long moment. Souriant jaune.) A mon avis, ça va être bien…

(Encore un long moment. Petit bruit) C’est bon ? … Ah non…. Il y a le recteur qui pédale dans la cave, c’est pas possible…

 (Encore un moment) Ben, les chats pornos, ça fonctionne mieux… Ah, ah, ah !!!!! 

(Lit sur l’écran) « Un trop grand nombre de personnes essaient de se connecter en même temps, veuillez réessayer plus tard.

(Abasourdi.)  Non, mais attends, tu déconnes !!! Il est 3 HEURES DU MATIN !!!!!!!

 

Scène 5

Voix OFF : Allez, soyons réalistes, personne n’était prêt. Mais on a bien dû se lancer et on est entrés en contact, notamment par téléphone avec les parents et les enfants, semaine après semaine. Et ça a donné des moments, disons… sympas (ironique).

Enseignant (e) (en train de dormir. Au public)Je suis dans mon lit. Je préfère préciser…

 (Le téléphone sonne) Oui, Karina. Oui, qu’est-ce qui se passe ? Rien de grave ?

 (Atterré) Tu n’arrives pas à faire le devoir d’anglais ? Tu comprends pas la différence entre le present past et le preterit ? Mais moi non plus, Karina à 4h du matin, je comprends rien à l’anglais. A 4 h du matin, je dors, Karina, I SLEEP !!

Voix OFF : Cette histoire est réellement arrivée à une collègue. Mais bon, on va pas se mentir, c’est pas vraiment l’excès de zèle des élèves et des parents qui nous a posé le plus de problèmes.

Enseignant : (Au téléphone)

Bonjour, Madame Calmier. Je voulais vous dire que j’avais bien reçu votre mail me disant que vous ne pouviez pas faire travailler Malvina, car vous n’aviez pas accès à votre boîte mail. C’est logique… Et sinon, je voulais savoir : vous me prenez vraiment pour un lapin de six semaines ??? De quoi, vous ne m’entendez plus ? De quoi, vous passez sous un tunnel ? Mais j’appelle sur votre fixe, Madame. MADAME !!

(Nouveau coup de téléphone) Bonjour, Madame Rémi. Je vous ai envoyé des documents pour le travail de Brian il y a trois semaines et vous ne m’avez rien renvoyé…. Un mail, dans votre boite… Non, pas besoin d’attendre le facteur, Madame Rémi, dans votre boîte MAIL. Voilà… Ce que vous devez faire ? Ben, vous ouvrez la fenêtre…. Mais non, ça va pas faire courant d’air. Bon, écoutez, passez-moi Brian, ce sera plus simple… Ben, vous le réveillez, 1 heure de l’après-midi, c’est une bonne heure pour se lever, non ?  Oui, bon ben, il me rappelle. Dans 10 minutes, sinon je sors une attestation et je coche « doit sortir un élève par la peau des fesses. » Merci, Madame Rémi.

Oui, Monsieur Cardon, vous allez bien ? Excusez-moi de vous déranger… Pourriez-vous retirer la photo Playboy que vous avez mise sur le site de notre classe de maternelle ? …. Vous ne la voyez plus ? C’est étonnant, parce que nous on la voit bien. Très très bien. On peut difficilement la voir mieux. Merci bien, Monsieur Cardon !!

 

Scène 6

Voix off : Les plus téméraires se sont lancés dans la classe virtuelle, une expérience…innovante.

Enseignant (dans les coulisses) : Chérie, je dois me lever, j’ai classe virtuelle ce matin.

Epouse (en coulisses) : Tu prends combien d’élèves ?

Enseignant : Ben, un seul ! On est sur le site de l’Education Nationale, hein ! A partir de deux, ça bugge !

Epouse (en coulisses) : T’as rien oublié ?

(L’enseignant sort, très bien habillé en haut, en pyjama et gros chaussons en bas)

Enseignant : Quoi donc ?

Epouse : Ton pantalon !

Enseignant : Ah ça ! On s’en fiche, la caméra ne descend pas jusque-là. (S’installe à l’ordinateur). Bonjour, Dylan. Dis donc, c’est quoi, cette coupe de cheveux ? Tu viens de te lever ? Non mais t’as pas honte, non ? T’as vu l’heure ? Bon, allons-y. La civilisation gallo-romaine : comme on avait vu la dernière fois, Jules César a vaincu Vercingétorix en 52 avant Jésus-Christ. Et alors…. (On entend la télé à fond). Dylan, tu peux demander à ton père de baisser la télé, s’il te plait ?

Dylan (en coulisses) : Papa, mets moins fort.

Le père (en coulisses) : Ouais ben c’est bon. Il me saoule, ton prof’ !

Enseignant : Euh, oui… donc…  la civilisation gallo-romaine : comme on l’avait vu la dernière fois, Jules César a vaincu Vercingétorix à Gergovie en 52 après Jésus-Christ.

(Tout à coup, une personne déguisée en lapin passe dans le fond)

Enseignant : De quoi, un lapin ? T’as fumé, Dylan ? Bref, la civilisation ramo-gollaine : comme on l’avait vu la dernière fois, (Un chasseur passe) Pardon, Dylan ? Un chasseur ? Ca te va pas trop, le confinement, toi ! Reprenons : donc, Gergovie a vaincu Alésia à Vercingétorix en … (Le lapin arrive, trainant le chasseur). Quoi encore ?!!! (L’enseignant découvre ses enfants déguisés et rit jaune.) Ce sont mes enfants, ils n’ont que ça à faire au lieu de bosser. S’ils sortent pas d’ici vite fait, JE LES BOUFFE AVEC DES PRUNEAUX !!!

Bon, Dylan, reprenons : le théorème de Pythagore a été découvert par Vercingétorix : (Bruit d’aspirateur. Sa femme, arrive, aspirant sous le bureau…) ça disait que tout corps plongé dans un liquide en ressort mouillé… (L’enseignant, se retournant vers sa femme) Chérie, tu pourrais pas éviter de passer l’aspirateur maintenant ? C’est pas vraiment le moment !!

Epouse : Ben, faut pas se fâcher comme ça, mon loulou. Tu m’as l’air tout tendu, tout stressé (Retire sa robe de chambre, s’assied sur les genoux de l’enseignant et défait le col de son mari). On va trouver un moyen de le détendre, ce petit coco.

Enseignant (très gêné) : Chérie, t’as oublié ? Je suis en classe virtuelle.

Epouse : oups : Pardon ! Bonne journée !

Enseignant (reprenant des esprits, claquant dans ses doigts) : Dylan ! Dylan ! Elle est partie ! C’est ici que ça se passe. On en était où ? Le général de Gaulle, c’est ça ? Bon , écoute, la séance est finie de toute façon, on a bien avancé, tu me retiens tout ça pour la semaine prochaine. (Eteint l’ordinateur) Chérie ? Si on reprenait où on en était ?

 

Scène 7

L’enseignant, Kylian, son père et sa mère, dans un fauteuil improvisé.

Voix off : Oui, vraiment, on a connu des situations pour le moins… cocasses.

Enseignante : Bonjour, Kylian, comment vas-tu ?

 (Kylian est assis dans le fauteuil, l’air gêné.) Prêt pour les maths ? (Arrivent les parents de Kylian, qui s’installent dans le canapé avec chips, pop-corn, coca…)

Mère de Kylian : ‘Jour, M’dame. Kylian, il nous a parlé que c’est vachement bien, les séances avec vous. Du coup, on s’est dit qu’on pouvait venir regarder, ça vous dérange pas ?

Enseignante : ben…Euh….

Mére de Kylian : Super ; On va lui donner un p’tit coup d’main, parce que bon…

(A part, à la maîtresse) On était venu vous voir la dernière fois parce qu’on pensait qu’il était précoce, mais en fait, après deux mois de confinement, on s’en rend compte, hein : il est un peu con …et chiant….

Bref, moi, j’pensais que vous étiez des feignasses, vous, les profs, mais en fait, c’est un vrai boulot que vous faites, hein…

Enseignante : Heu…c’est gentil, merci… On va peut-être commencer les maths. Kylian, combien font 6X7 ?

Père de Kylian : 45

Enseignante : Monsieur, s’il vous plait ! 6X6

Père de Kylian : 12. Ça, on ne me colle pas sur les maths.

Enseignante : Bon, passons. On va plutôt corriger les exercices sur le passé composé.

Mère de Kylian : On lui a pas fait faire. On s’est dit que c’était trop facile. Je suis sûr que vous comprendrez.

Enseignante : Mais bien sûr … Sauf que le travail de l’école, c’est obligatoire. Donc, c’est à faire pour demain. Je suis sûre que vous comprendrez. Du coup, on va revoir un peu l’Histoire alors. Comme on a vu la dernière fois, Jules César a vaincu Vercingé…

Mère de Kylian (l’interrompant) : Pardon, je vous coupe, hein, mais j’ dois aller faire les courses, et puis mon mari doit passer la tondeuse. On peut vous le laisser ? Il va être sage. Hein, tu vas être sage, Kylian ?

Père de Kylian : A tout à l’heure, ma chérie. Kylian, va m’chercher une bière, va. (Kylian sort. A la maîtresse) C’est sympa, c’que vous faites… Il vous aime bien, Kylian… Pis il vous trouve jolie… Moi, avec une jolie maîtresse comme vous, j’aurais eu du mal à me concentrer…

Enseignante (très gênée) : Euh… C’est gentil…

Père de Kylian : Dites, vous auriez pas une page Facebook perso ; pour qu’on puisse discuter culture, éducation, anatomie…

Enseignante : Non, mais ça va pas, non ! (Ferme son écran et sort)

 

Scène 8

Voix off : Eh oui, ça a été folklorique. Mais nombreux sont les parents qui ont compris qu’on n’était pas que des feignants. Comme quoi, tout le monde n’est pas Sibeth.

(Discours de Sibeth sur les enseignants à la cueillette des fraises).

Agriculteur : Cré vin diou. Je m’présente : Fernand , spécialiste ès garriguettes. Ça va-t-i ? Moi, ça va. Enfin, ça va…  Ça va mieux. Parce que quand j’ai appris que j’aurai du mal à avoir des saisonniers pour les fraises, ben, j’étais pas jouasse. Et après, quand on m’a proposé de me refiler des enseignants, tout ça parce qu’ils étaient les seuls à pas bosser pendant le confinement, j’peux vous dire que j’ai failli péter les plombs. C’est pas pour dire, mais on les connait, les cocos. Suffit de regarder BFMTV et CNEWS pour savoir un peu comment qu’i travaillent…..

J’peux vous dire que quand je les ai vus débarquer tous avec leur polaire Décathlon, j’ai pris peur. Qu’est-ce qu’ils allaient foutre dans mon champ ? Tout de suite, ils m’ont prévenu : y en avait la moitié qui étaient syndiqués, ils ont demandé à travailler 18 h par semaine, pour soi-disant, préparer la cueillette. Ben tiens ! Et une pause de 15 minutes toutes les 2 heures, en plus. Et j’vous dis pas la quantité de café consommée !!

Quand on a réussi à s’mettre d’accord sur les conditions, j’me suis dit « Ils vont s’mettre à bosser. » Que nenni ! Y a le prof de français qui a commencé à réciter une ôde au soleil, le prof de SVT qui nous a fait un topo sur les méfaits des engrais artificiels sur l’environnement., et le prof de maths qui a commencé à calculer le rendement maximum à l’hectare selon l’emplacement des plants. Je vous parle même pas de l’instit, enfin du professeur des écoles, qui voulait faire une liste des compétences requises et des objectifs à atteindre, et réaliser un Projet Personnalisé de Réussie Educative pour les fraises décrocheuses. J’ai pas tout bien compris.

Mais bon, quand ils s’y sont mis, il faut reconnaître que c’était pas mal. Faut dire qu’ils étaient pleins d’énergie, pas usés par des années de dur labeur. Et leur manière de ramasser les garriguettes, c’était d’un délicat ! Ils avaient les mains douces : des vraies mains de fonctionnaires. Du coup, ça a boosté nos ventes. On a créé un label de qualité, agréé Education Nationale, avec ce slogan : « Soyez exigeants, demandez les vraies garriguettes cueillies par nos enseignants récoltants. » Un vrai carton.

Alors, quand ils ont dû repartir pour une histoire de continuité pédagogique, je peux vous dire qu’on les a regrettés. Moi qui comptais sur eux pour les moissons… Enfin, s’il y a une deuxième vague, ils seront pt-être là pour les vendanges. »

 

Acte II : sortie de confinement

 

Scène 1 

Voix off : On a bien profité, mais les meilleures choses ont une fin, et les vacances…euh, le confinement, comme dirait Jean-Michel, allait bientôt se terminer. En ce 13 avril, le Président annonçait la possible réouverture progressive des écoles (Discours de Macron). Bon, cette fois-ci, on s’y attendait, quelques jours plus tôt, Jean-Mich’ avait précisé qu’il n’y était pas favorable. Mais pour cela, il fallait protéger les enfants. Que les enfants ??

(Arrivée d’un recteur. Il sort un parapluie et l’ouvre. Dessus est inscrit Protocole Sanitaire. Un prof arrive, salue le recteur. Il ne sait d’ailleurs pas trop comment le saluer.)

Enseignant : Vous attendez quelque chose, Monsieur le Recteur ?

Recteur : la rentrée des classes.

Enseignant : Vous aussi…. Je suis un peu stressé , pas vous ?

Recteur : Pas du tout. On a tout ce qu’il faut. (Montrant le parapluie). On est prêts ;

(De l’eau coule sur le parapluie. L’enseignant reçoit toute l’eau.)

Enseignant : Il pleut, non ?

Recteur : Pas remarqué ? (Il sort, laissant l’enseignant seul.)

Enseignant : Ça doit être ça qu’on appelle la théorie du ruissellement. (Sort)

 

Scène 2

Voix off : Ah, le protocole sanitaire !!Bien pensé, réalisé en concertation avec les principaux intéressés et surtout avec une parfaite connaissance des réalités du terrain.

Enseignant (arrive avec un très gros classeur, bourré à craquer) : Chérie, j’ai imprimé le protocole sanitaire, tu viens voir ? (L’épouse arrive) Désolé, j’ai vidé la cartouche, mais je suis sûr que ça en vaut la peine. Tu viens le survoler avec moi ?

Epouse (enseignante elle aussi) : Je n’attends que ça. Depuis le temps qu’on l’attendait !! Je peux regarder ?… Oh, ça a l’air bien écrit !!!

Enseignant :  Page 1 : Les élèves doivent être obligatoirement séparés d’un mètre de chacun de leurs camarades, et assis sur des tables individuelles. Un maximum de 15 élèves. Pour l’organisation matérielle de la classe, reportez-vous à la page 212 alinéa 4…. On verra après.

Enseignante : L’enseignant doit nécessairement porter un masque pour faire classe. Il est interdit de toucher ses affaires, de corriger ses affaires, de s’approcher trop près… Si un élève a besoin d’aide, reportez-vous à la page 212, alinéa 4.

Enseignant : Bon…ensuite… L’enfant ne doit en aucun cas prêter son matériel. Il conviendra de nettoyer chaque crayon au gel hydroalcoolique après usage. Au cas où un élève aurait oublié ses affaires, reportez-vous à la page 212, alinéa 4. Mais c’est quoi, cet alinéa 4. Mais c’est quoi, cette page 212 alinéa 4. On va voir ?

Enseignante : Alors, page 212, alinéa 4 : …Démerdez-vous !

Enseignant : Ah ben ça c’est cool, c’est comme avant le confinement au final (Ils sortent.)

 

Scène 3

Voix off : Eh oui, comme d’habitude, on a déplacé nos chaises, retiré tous les affichages, barricadé les armoires avec du gros scotch, fléché le sol et les couloirs, … bref transformé nos classes en refuge post attaque nucléaire. Puis on s’est remis en contact avec les parents.

(Un enseignant au milieu, les parents tout autour.)

Parent 1 : Vous ouvrez l’école que lundi ? Ben , dis donc, vous vous embêtez pas. Tranquilles, les profs.

Parent 2 : Non, mais vous êtes malades de rouvrir l’école, avec tous les risques…

Parent 3 : C’est quand même très inquiétant, toute cette histoire. On n’est pas rassurés. Je vous mettrai les enfants lundi. Pour la cantine, c’est bon aussi ?

Parent 4 : Vous pourriez pas plutôt venir faire classe à notre fille chez nous, parce qu’on a peur de la mettre en contact avec les autres ?

Inspecteur : Bonjour, c’est l’inspecteur. Je vous rappelle qu’il faudra m’envoyer chaque jour le nombre d’élèves présents, leur âge, la moyenne de leur température, et faire un bilan sur leur sommeil et leur digestion. Je compte sur votre compréhension, je vous remercie.

Parent 5 : Oui, ben, je sais que j’ai pas répondu à tous vos messages pour savoir si je remettais mes gamins ou pas. Mais j’ai pas que ça à foutre, je travaille, moi !!!

Parent 6 : Vous travaillez pas l’après-midi ?

Parent 7 : Je sais que c’est pas le moment, mais bon, on est début mai, et je pense qu’après 2 mois de vacances, vous avez eu le temps de remplir le dossier d’inscription au collège pour ma fille. Comment ça, ma fille est en CE1 ? Je vois pas le rapport.

Parent 8 : Je vous ramène tout le travail de Sidjy à corriger ?

Parent 9 : Vous avez envoyé du travail pendant le confinement ? Non, j’ai pas ouvert ma boite mail, pourquoi ?

 

Scène 4

Voix off: On a mis nos masques. Des masques chirurgicaux, évidemment !!

Enseignant (rejoint son collègue sur la scène, un masque de soirée sur le visage) : Salut, ça va ?

Autre enseignant : Qu’est-ce que tu fous avec ça ?

Enseignant : C’est pas les bons masques ? Oups !!

 

Scène 5

Voix off : Pour le gel, pas de problème, on connait. Ça fait 35 ans qu’on a droit au gel du point d’indice. Et donc, le 11 mai, on était prêts pour accueillir nos élèves.

Enseignant: Allez, on va commencer la dictée…. 

Kevin, va écrire la date au tableau.

T’as mis tes gants ? Prends une nouvelle craie surtout.

Marvin, éternue DANS TON COUDE !!!

C’est la 3ème fois qu’on change de masque depuis ce matin !

Va te laver les mains, AVEC DU SAVON cette fois-ci ! Oui, je sais qu’il n’y avait plus de savon la dernière fois…

Vous avez écrit la date, c’est bon ? ?

Qu’est-ce qu’il y a Cyrielle ? ? Je ne comprends rien avec ton masque, ARTICULE !?

T’as pas de stylo ? Prends un crayon. T’as pas de crayon ? Bah prends un feutre, n’importe quoi, je sais pas moi…

 Non Julie, tu ne peux pas lui prêter un stylo, vous savez bien ! ? On a relu les règles Covid ce matin en arrivant.

Bon, Kevin, ton masque !

T’as lavé tes mains Marvin, ça y est? Comment ça, y a la queue aux toilettes? C’est sûr qu’avec un lavabo pour 60 élèves, forcément y a du monde.

Bon d’accord, prends une noisette de gel hydroalcoolique mais tu ne le LÈCHES pas cette fois !

Où j’en étais déjà ? Ah oui, la date ! C’est bon pour tout le monde ? ?

Lucas, c’est la dernière fois que je le dis ! Le masque, ce n’est pas un LANCE-PIERRES pour GOMME ! La prochaine fois, je te le confisque…Ah ben non !?

Comment ça c’est l’heure de la récré ? Mais non, 10h10, c’est la récré des CP. Nous c’est 10h25.

Vous écrivez “dictée” et vous soulignez avec la règle. Pensez à la désinfecter avant !

Oui Mohamed ? La mine de ton crayon est cassée ? Va le tailler. T’as pas de taille-crayon ? Non, je ne peux pas t’en prêter un, c’est dans les règles Covid !

On commence la dictée. Vous êtes prêts ?

Marvin, DANS TON COUDE ! Mais noooon ! Ne te gratte pas le nez juste après !

Bon, GEL !?

Kevin, MASQUE ! ?

Rayan, le masque, ce n’est pas un BANDEAU DE PIRATE ! ?Je vais le confisq…. !

Bon j’abandonne la dictée ! On passe à l ‘anglais : the dog is the best friend of the man. Non, Ryan, pas ve/the . The ; (Retire son masque) THE. Mais non, je t’ai pas postillonné dessus….

Julie, MASQUE !?Marvin, COUDE ! Sarah, GEL ! Yasmine COUDE ! Sabrina, GEL !

Argh, la récré !  Rappelez-vous, la règle des 1 : en rang 1 par 1 et à 1 mètre de distance…

 

Scène 6

Voix off : Faire l’école avec un masque, c’est sympa 5 minutes, mais c’est un peu comme être garagiste avec des moufles quand même. Alors, retirer ces quelques cm2 de tissu le soir, je peux vous dire que ça avait quelque chose de particulièrement jubilatoire.

(Musique You can leave Your Hat on de Joe Cocker. Strip-tease de masques)

 

Scène 7

Voix off : On rigole, on rigole, mais y a pas eu que des moments sympas. Parce que si, avec les enfants et les parents, ça se passait plutôt bien, nous étions obligés d’affronter un autre virus, peut-être bien plus dangereux que le premier : les calomnies des hommes politiques et des journalistes, bien planqués » sur leur plateau télé. Et là, tout à coup, j’ai beaucoup moins envie de rire.

Une personne arrive avec un tas de cailloux qu’il déverse sur la scène. Un enseignant arrive. A chaque critique ( cf. vidéo à fabriquer avec tout ce qu’on a pu entendre), il met une pierre dans son sac de classe, jusqu’à ce que le sac devienne trop lourd pour être porté.

 

Scène 8

2 types font les piliers de bar. Un enseignant arrive, déguisé en chevalier (ou un truc du style). Il s’adresse aux 2 types.

Enseignant : Messires, priez pour mon salut. Je m’en vas affronter des hordes d’élèves vérolés. Mais comme l’a si bien rappelé Jean-Paul Brighelli :

« Monseigneur Belsunce, en 1720, s’est-il demandé s’il était immunisé contre la peste qui sévissait à Marseille avant de s’occuper à soulager les mourants ? « À Dieu ne plaise que j’abandonne une population dont je suis obligé d’être le père, dit-il. Je lui dois mes soins et ma vie, puisque je suis son pasteur. » Il avait la foi, certes — mais le chevalier Roze, qui en fit autant à la même époque au nom du Roi, faisait juste son devoir. Ils étaient simplement courageux. » Fi donc de la peste covidienne, je m’en vais abreuver les âmes de connaissances pour le bien de la France. Dieu ait pitié de mon âme.

(Quitte la scène)

1er type : complètement cinglé. Je te leur foutrais mon pied au cul à tous ces feignants.

2e type : Eh bé, qué misère…..

1er type : Mi, j’te l’dis, y a Pascal Praud qui a  dit à la belle-soeur de mon garagiste, qui l’a répété à ma concierge : la plupart ils ont pas voulu rentrer, ces salopiauds. Vont encore profiter du covid pour se faire 6 mois de vacances aux frais du contribuable.

2e type : Eh bé, qué misère….

1er type : Pourtant, sincèrement, Jean-Michel Blanquer, il leur a promis toutes les protections. Il a dit qu’ c’était moins dangereux d’être en classe que d’être chez soi. Sincèrement, qui c’est qui lui ferait pas confiance, à c’t homme-là. Quand il dit quelque chose, il est sûr de lui, c’est ça qui est bien.

2e type : Eh bé, qué misère…

1er type : Déjà qu’ils étaient 4 à 5 % à avoir resquillé pendant l’ confinement, qu’i z’ont dit sur France 2. Bientôt autant que le taux de présence à l’Assemblée Nationale. Tu t’ rends compte ? Comme dirait un ministre : « Si les caissières avaient fait comme les profs, on n’aurait rien eu à bouffer. »

2e type : Eh bé, qué misère… Enfin, chez nous, c’était plutôt le contraire, c’tait l’indigestion tellement on en avait . C’tait pas pareil chez toi ?

1er type : J’en sais rien , j’ai pas regardé, j’ai pas qu’ça qu’à foutre. Chacun son boulot.

2e type : C’est vrai, ça. Au fait, tu fais quoi, toi, comme boulot maintenant ?

1er type : Rien, tu rigoles. J’ m’abaisserai jamais à ça, c’est un principe. Je suis un révolutionnaire, un vrai, jamais j’aiderai le capitalisme, moi, mossieu.

2e type : T’as bien raison. Eh bé, qué misère….

 

 

ACTE III : sortie définitive du confinement

 

Scène 1

Voix off : Feignants ou pas, il allait bien falloir s’y remettre, puisque, le 14 juin, notre président avait annoncé le retour de tous les élèves pour le 22 juin (Extrait du discours de Macron le 14 juin) Finies les vacances. Une rentrée d’ailleurs essentielle de deux longues semaines selon Jean-Michel, où les élèves allaient pouvoir rattraper tout le retard accumulé, retrouver leurs copains qu’ils ne voyaient que dans la rue, et préparer la fête d’école (Une petite Lambada à 2 m d’écart, ça peut être sympa.) De toute façon, notre ministre nous l’avait bien précisé : il était bien moins dangereux de se rendre à l’école que de rester chez soi ( musique de l’Opportuniste de Dutronc).

1er enseignant : (en train d’organiser les tables en les mettant dans tous les sens, à la verticale…) : comme ça ? … Non… Comme ça ?

2e enseignant : Ben, qu’est-ce que tu fais ?

1er enseignant : Ben, j’essaie d’organiser mes tables pour pouvoir faire rentrer tous mes gamins. C’est vraiment pas évident.

2e enseignant : Mais qu’est-ce que tu te prends la tête ? De toute façon, le protocole qu’on a reçu ce matin, (montre un post it) c’est un projet. C’est beaucoup trop tôt, on n’est que vendredi soir. Le protocole définitif provisoire, c’est pas prévu avant lundi 8h -8h30.

1er enseignant : Si on est large.

2e enseignant : De toute façon , maintenant, faut que ça rentre, donc c’est seulement 1 mètre latéral. Le virus, on a découvert qu’il se déplaçait en crabe. Du coup, il suffit de les mettre chacun à un bout de la table et de leur demander de se pencher sur le côté (Les enseignants se penchent chacun d’un côté.) Comme ça, plus aucun danger. Et puis c’est pratique.

1er enseignant : Ouais. A défaut de te choper le virus, tu te retrouves avec un bon lumbago, quoi.

2e enseignant : On peut pas tout avoir. Mais tu sais, en même temps, tu te poses vraiment beaucoup de questions. Jean-Michel, il a dit : « Il faut que ça rentre, quitte à forcer un peu. » Alors, il a inventé le mètre relatif.

1er enseignant : Qu’est-ce que c’est qu’ça, encore ?

2e enseignant : (sort un mètre-ruban et mesure ) : Tu vois, ça , ça fait un mètre. Mais si tu plies…, ben, ça fait un mètre aussi. Et comme ça, ça rentre nickel.

1er enseignant : C’est vraiment pas con comme idée. Je ferais bien pareil avec les femmes, moi (sourire en coin). Après, on s’embête, mais ce qui pose problème, c’est tout le matériel qu’on nous a rajouté ces dernières années. Faut enlever tout ca. Le recteur de l’académie de Créteil, lui, il a eu la solution. Regarde (Sort le journal) « Aujourd’hui, le corps enseignant doit trouver des solutions pour accueillir les élèves et je leur fais totalement confiance, y compris si la solution réside dans le fait d’enlever les tables. » Pas mal comme idée, non ? Et il continue : « La classe ne s ‘est pas toujours passée avec des élèves assis à des tables. Avant 1880, les élèves n’avaient pas de tables dans les classes . » Ca , c’est une idée qu’elle est bonne : le retour aux bases. (Il sort deux silex de sa poche, puis commence à retirer son pull.

2e enseignant : Qu’est-ce que tu fais encore ?

1er enseignant : au cas où il faudrait revenir encore plus en arrière, je vais me mettre dans la peau d’un prof d’il y a 200 000 ans. Je vais me mettre à poil et je vais leur apprendre à faire du feu avec des silex.

2e enseignant : T’es con ! En même temps, ça pourrait plaire à nos collègues féminines.

1er enseignant : Ou pas… (Ils sortent en se marrant.)

 

Scène 2

Voix off : Ah, le respect du protocole ! A l’heure où le ministère lui-même annonce qu’il faut absolument respecter les règles sanitaires, mais pas trop quand même, le monde enseignant se trouve séparé en deux clans irréconciliables : ceux qui en ont ras le bol de tout ça, et qui ont juste envie de reprendre la vie comme avant et ceux qui vont tout faire pour conserver les distances de sécurité.

(Un enseignant place deux tables l’une sur l’autre, puis un escabeau. Va chercher deux élèves)

Enseignant : Claire, tu t’assieds en bas, Paul en haut. (Paul grimpe sur l’escabeau. L’enseignant sort son mètre et vérifie les distances entre les deux têtes)1 m 50, nickel. Paul, tu respires vers le haut, s’il te plait, merci On va pouvoir commencer : Histoire : Jules César a donc vaincu Vercingétorix en 52 avant JC…

Marie : Tu pues des pieds…

Voix off : Pour certains, la peur du virus, notamment avec une classe entière, vire à la psychose…

Claire : Monsieur, j’ai fini mes soustractions.

(L’enseignant arrive avec l’habit du GIGN et un énorme crayon. Se protège derrière son bouclier)

Enseignant : Tu as oublié ta retenue ici. (Repart en position de protection)

Voix off : …voire au délire…

Marie : Monsieur, j’ai fini ma dictée.

(Une longue canne à pêche se déplie jusqu’au cahier)

Enseignant : T’as oublié un s là.

Voix off : Certains arrivaient encore à être stressés en récréation.

(Deux élèves se lancent un ballon. Le premier le laisse rebondir sur le sol sans le ramasser. L’enseignant passe avec son vaporisateur pour désinfecter le ballon avant que l’autre enfant ne le ramasse. Après cinq secondes, le ballon part sur le côté et un autre élève cherche à le ramasser.)

L’enseignant (hystérique) : Tu touches pas à ce foutu ballon tant qu’il a pas été désinfecté, c’est clair !!!!

Voix off : Ceci dit, pour la plupart d’entre nous, on avait bien compris ce que nous avaient précisé tous les scientifiques : le virus ne pouvait agresser les élèves que dans la classe, une fois passée la porte de la cour, il était inactif.

(Les 2 mêmes enseignants, dans la cour de récréation, en train de jouer, chahuter de se pousser…)

1er enseignant : Ça fait du bien de les voir s’amuser un peu, retrouver leur insouciance, profiter les uns des autres.

2e enseignant : C’est clair. Le brouhaha de la cour me manquait vraiment. Pour un peu, on pourrait croire que tout ça est derrière nous, et que la vie va pouvoir reprendre son cours comme avant. Bon, je vais siffler.

Un des 2 enseignants (après avoir sifflé, totalement hystérique) : J‘ai déjà dit qu’on se mettait pas par 2, mais les uns derrière les autres !!

On garde les distances de 1 m50, on touche pas les murs pleins de virus, on se tait pour ne pas contaminer l’air et on va se laver les mains 3 minutes chacun, c’est bien compris ???

 

Scène 3

Voix off : Effectivement, c’était une période légèrement stressante pour tout le monde. Heureusement, le ministère a trouvé une solution pour nous remercier et remotiver ses troupes : une augmentation de salaire…. Mais nan, j’déconne. Quelque chose de beaucoup mieux que ça….

(2 enseignants entrent)

1er enseignant : Salut, Paul. Regarde ce que j’ai eu.

2e enseignant : C’est quoi, ce truc ?

1er enseignant : C’est un open badge, monsieur.

2e enseignant : Vas-y, explique.

1er enseignant : Si on a bien travaillé pendant le confinement, on peut demander un joli badge tout coloré comme ça. Il y a celui de bâtisseur, de passeur, (je sais pas bien ce que c’est) d’explorateur (comme Dora). On a aussi celui de répondeur téléphonique, d’imprimeur de documents, d’informaticien, de garde d’enfants, de meilleur cueilleur de fraises…

2e enseignant : C’est le même système que les bons points pour les enfants en gros.

1er enseignant : Ah non, pas tout à fait. Les enfants, on leur donne s’ils ont bien travaillé. Là, il faut les demander. Et puis, c’est un badge virtuel, il faut cliquer dessus et le télécharger, et après tu l’imprimes chez toi.

2e enseignant : A se retrouver badgés, on n’a pas du tout l’impression d’être pris pour des pigeons. Et à partir de 10 badges , t’as droit à quoi ?

1er enseignant : Un bras d’honneur, je suppose.

2e enseignant : Et pour les élèves studieux, il y a quelque chose de prévu ?

1er enseignant : T’as pas entendu parler ? Après la nation apprenante, ils vont avoir droit aux vacances apprenantes. Tout un programme !! Ça va leur changer, à certains, qui se sont fait un confinement glandouillant. J’ai un peu l ‘impression d’une Education Nationale foutagedegueulisante.

2e enseignant : Tu vas y participer ?

1er enseignant : Certainement pas. Je vais leur foutre la paix. Déjà que tout ça a donné des idées à Jean-Michel. Il a dit : « Je suis de plus en plus favorable à une vision où l’emploi du temps de l’enfant serait vu pas seulement sur les heures de cours, mais un petit peu sur ce qui se passe dans sa vie le mercredi et le week-end, sans arriver à un big brother éducatif. » Ben tiens. On va bientôt les suivre sous la douche et dans le lit, nos mômes. Je suis pas sûr que ce serait très bien vu. Alors, tu m’excuseras, mais moi, je vais prendre des vacances vacançantes. (Ils sortent)

 

Scène 4

Voix off : Et c’est comme ça qu’on a terminé cette année scolaire, pour le moins … originale. On ne sait pas de quoi demain sera fait, si on pourra tous se serrer dans les bras à la rentrée ou si on mettra des masques à partir de la crèche, mais pour l’instant, je vais me reposer un peu, Et même si, comme tous les métiers, on n’a pas rigolé tous les jours, je remercie tous les parents et surtout les enfants d’avoir vécu ces moments avec nous.

Enseignante : Coucou, Karina, qu’est-ce que tu m’apportes ? De la confiture de fraises, comme c’est gentil !! Les enfants, je voulais vous souhaiter de bonnes vacances et… (Tous les enfants s’approchent)

Enfants : Madame !! (Se collent à la maîtresse)

Enseignante : Non, les enfants, c’est pas possible, le virus (Elle abandonne finalement et les enserre). Allez, venez là, les cocos !

 

 

Il est devenu compliqué de mobiliser les troupes enseignantes afin de les pousser à la révolte, alors même que leur statut régresse d’année en année, en harmonie parfaite avec leur pouvoir d’achat et la considération populaire à leur égard.

J’ai l’impression que les personnels enseignants se sont accoutumés à une certaine forme de maltraitance. Souvent, les enfants maltraités n’ont aucune conscience de l’anormalité de leur situation, ils s’imaginent qu’elle est équivalente à …celle des autres enfants, et il est très compliqué de se mettre à distance de sa propre réalité afin de l’entrevoir avec une saine objectivité.

Car oui, je pense que l’analogie avec la maltraitance est pertinente. L’enseignant est sous-traité, sous-considéré, sous payé. Mais il finit par trouver sa situation parfaitement normale, puisque la société lui martelle inlassablement qu’il est un privilégié, que la sécurité de l’emploi l’écarte de tout aléa professionnel. (D’ailleurs, mais c’est un autre débat : peut-on encore VRAIMENT parler de sécurité de l’emploi quand on sait qu’un enseignant est envoyé à l’autre bout de la France, souvent dans les régions les plus coûteuses au niveau de l’immobilier, sans espoir d’un retour rapide parmi ses proches ? Qu’il subit une pression permanente des chefs d’établissement, des inspecteurs, des politiciens, des réformes, et de plus en plus, des élèves ?)

Un semblant de syndrome de Stockholm s’est pourtant développé chez l’enseignant qui, las et parfois honteux d’espérer une revalorisation, s’estime chanceux et reconnaissant à l’égard d’une institution qui le malmène. Parce qu’après tout, il n’est pas le plus à plaindre, il a les vacances, il n’est pas à la rue.De la même manière qu’un enfant maltraité aura une reconnaissance aveugle à l’égard de ses géniteurs, l’enseignant manifeste une réelle gratitude à l’égard d’un système qui a pourtant enfanté ses souffrances. Et bercé par la routine, par ces petites souffrances confortablement installées, il ne semble plus avoir le recul nécessaire pour réaliser qu’une telle dévalorisation de sa profession et souvent même de sa personne n’est pas une chose NORMALE.
M’est avis qu’avant de lutter pour convaincre les familles, les politiciens et la société entière des fondements de notre révolte, ce sont d’abord les enseignants eux-mêmes que nous devrons convaincre de la légitimité de leur cri ; eux qui n’ont même plus l’envie d’espérer un murmure.

par Yo

 

Écrasée comme une mouche.
577 députés nommés à l’assemblée nationale. Le texte qui crée les établissements publics des savoirs fondamentaux a été voté à 35 contre 7.
La Loi Blanquer (il avait juré ses grands dieux qu’il ne ferait pas de réforme. Et en fait c’est vrai. Il ne fait pas de réforme, il passe l’éducation nationale au broyeur pour la modeler à sa main (aux intérêts des entreprises) au détriment du bien être de l’enfant. Feu l’éducation nationale, vive l’éducation Blanquer !) a entériné cet amendement sur “l’école du socle”.
Il y a beaucoup à dire, et à redire, sur la loi Blanquer.
Mais dire ne servira à rien si l’on n’agit pas… Si l’on ne réagit pas.
Les établissements publics des savoirs fondamentaux qui ont été créés le sont sur le cadavre des écoles primaires actuelles.
Concrètement le but est de regrouper les écoles autour d’un collège.
D’annexer les écoles au collège.
Une école ne sera plus qu’une portion d’un grand établissement auquel elle sera attachée. Attachée.
Il n’y aura plus de directeur/directrice d’école.
Il y aura un chef d’établissement, au collège.
Les actuels directeurs/directrices d’écoles qui se battaient pour voir mieux reconnaître leur métier, mieux valoriser leur travail se verront, au mieux, attribuer le titre de directeur adjoint.
Adjoint-e.
Donc quand l’adjoint-e arrivera à l’école et qu’il/elle constatera que l’accès est verglacé et dangereux il/elle en référera à son chef d’établissement (qui appellera, ou fera appeler la mairie qui appellera les services techniques), si le chauffage a disjoncté dans la nuit il/elle en référera à son chef d’établissement (qui appellera, ou fera appeler la mairie qui appellera les services techniques).
Si à l’ouverture de la grille un parent est tracassé par ce qui est arrivé à son enfant lors de la récréation de la cantine hier, cherche le bonnet/la veste/la toupie/le crayon quatre couleur doré/etc de son enfant, se fait du soucis parce que sa situation familiale, professionnelle peut avoir des répercutions sur son enfant, n’est pas content parce que son enfant à trop/pas assez/mal écrit/pas compris les devoirs, qui va gérer? Qui va prendre cinq, dix minutes pour désamorcer la crise, pour rassurer le parent? L’adjoint-e?
Quand un enfant aura dépassé les bornes, la collègue excédée l’enverra illico dans le bureau de l’adjoint-e? Aura t-il/elle seulement encore un bureau? Cela aura t-il un quelconque poids?
Quand, il manquera 5 élèves à l’appel c’est la secrétaire du collège qui appellera les parents qui n’ont pas prévenu de l’absence?
Quand l’ambulancier, viendra chercher Lola, ou Joseph, ou Gaspard, qui aller au CMPP, chez la psychologue, au centre de soin, quand la mamie, la nounou, la voisine viendra chercher Bernard, ou Caroline, ou Samira qui a vomi, a de la fièvre, s’est ouvert l’arcade sourcilière, qui leur ouvrira la porte? Les aiguillera?
Quand un enfant témoignera de violences, aura des traces de coups, c’est le chef d’établissement qui prendra les choses en mains? Qui ira témoigner chez les gendarmes? Sans jamais avoir seulement croisé l’enfant et ses parents?
Quand un-e collège sera fatigué-e, usé-e, démoralisé-e c’est le chef d’établissement qui va offrir son épaule? C’est lui qui fera l’animation d’équipe? Qui en assurera la cohésion? De loin, de son bureau au collège?
Quel sera le respect accordé aux enseignants et à l’adjoint-e par les partenaires, mairie, association de parents, partenaires culturels et sportifs si l’autorité n’est plus représentée que par un-e adjoint-e?
Quand les collègues décideront d’un projet, élaboreront une organisation, prépareront une sortie, une fête, une porte ouverte, un décloisonnement c’est le chef d’établissement qui décidera? Jusque là c’était discuté, décidé en conseil des maîtres. De façon démocratique. En concertation. Le/la directeur/directrice n’est pas le supérieur hiérarchique de ses collègues. Le/la directeur/directrice n’était pas là pour juger, évaluer ses collègues. Un chef d’établissement le sera.
Il pourra gérer son stock d’enseignants.
Et comme l’établissement comprendra plusieurs écoles les effectifs seront calculés de façon globale. Tant d’élèves divisés par tant de profs, peut importe comment ils sont répartis, et hop, on rationalise, on supprime des postes.

577 députés nommés à l’assemblée nationale. Le texte qui crée les établissements publics des savoirs fondamentaux a été voté à 35 contre 7.
Merci aux 7.

Je suis écœurée. Je suis désolée. Blanquer a tué mon métier comme on écrase une mouche.

A gérer l’éducation nationale comme on gère une entreprise on déshumanise l’enseignement et l’on robotise nos élèves. L’école n’aura plus vocation à former des citoyens éclairés, mais de parfaits petits soldats, de la chair à usine, qui fonctionnent sans réfléchir et obéissent sans protester aux ordres venus de l’élite pour servir l’élite. Cette maltraitance programmée va t-elle, enfin, faire réagir l’opinion?

par Anne

 

Bonnes gens ayez confiance!

L’assemblée nationale est au chevet de l’éducation nationale.

Et des mesures fortes ont été votées.

Que les enseignants se garderont bien de critiquer puisque l’article premier de la loi sur l’école de la confiance leur impose de ne rien dire qui pourrait porter atteinte à la réputation du service public.

Nul doute que la réputation du service public d’enseignement soit sauvé par les drapeaux (et carte de France?) imposés dans toutes les classes. Nul doute que le sang impur collé sur les murs des classes rendra à l’éducation nationale son lustre d’antan.

Parce qu’il s’agit bien de cela, n’est pas?

Caresser le bon peuple dans le sens de la seule direction à prendre, celle qui rend l’école responsable de tous les maux de la société actuelle.

La mal bouffe, les grossesses précoces, l’homophobie, les poubelles non triées, les attentats, les casseurs , les dealeurs, les chômeurs, les glandeurs, les profiteurs (ceux qui vivent des aloc, bien sûr, pas ceux qui vivent des dividendes) l’école n’a pas fait son boulot.

C’était bien avant. On avait le sens des valeurs et celui de sa valeur.

Chacun à sa place. L’élite guidée vers les grandes écoles, le peuple vers les usines.

Les drapeaux qui vont désormais flotter vont donner aux enseignants l’assise et l’autorité nécessaire pour éviter que nos élèves ne se fourvoient sur les ronds points en chantant la marseillaise de façon dévoyée.

Les drapeaux vont sauver l’école.

Nul besoin pour les enseignants de mettre la réputation de l’institution en danger. Elle va sombrer toute seule. La pente est bien savonnée:

Point d’indice et salaire bloqué, au ras du plancher européen, dissimulés sous des heures supplémentaires imposées pour les profs (destruction de postes), inexistantes pour les professeurs des écoles.

Temps de travail toujours plus lourd, évaluations chronophage et nocives, l’éducation en statistiques. Effet d’annonces et mise au pas des professeurs: seule la méthode scientifique est la bonne et haro sur les “fantaisies” pédagogiques. Le ministre invente, quasi chaque jour, le fil à couper le beurre et le fait savoir à grand renfort de communication de presse.

Classes surchargées bien cachées derrière l’annonce en grande pompe de quelques CP et CE1 dédoublés.

Réforme du lycée pour bien canaliser chacun à sa place.

Parcoursup pour bien aiguiller vers les filières privées.

Bonnes gens ayez confiance!

L’assemblée nationale est au chevet de l’éducation nationale.

Et des mesures fortes ont été votées.

Certaines ne sont pas passées, comme c’est dommage! Bien sûr imposer un dress code plus rigoureux aux profs aurait été marquant! Ils sont si mal attifés…

Heureusement, maintenant ils ont des drapeaux!

 

Par Anne

 

Monsieur le ministre,

 

Je suis l’une de ces directrices qui font tourner la machine école avec mes collègues adjoint-e-s et j’ai écouté, ce dimanche matin, votre intervention sur RTL.

J’avais déjà regardé votre vidéo de vœux et j’étais restée sur ma faim. Sur ma faim de reconnaissance. J’attendais donc un mot de votre part sur l’amélioration de nos conditions de travail, j’ai entendu suppression de poste. Alors que c’est de moyens humains, plus de maîtres que de classes, un vrai RASED dans chaque école, dans toutes les écoles, dont nous avons besoin pour réussir.

J’attendais une décision de revalorisation, de remise à niveau de mon salaire. J’ai entendu heures supplémentaires, “travailler plus pour gagner plus”, alors que nous travaillons bénévolement jusqu’à plus soif, bien au-delà des 108 heures qui nous sont imparties. Ajouter des heures aux heures, encore et encore?

J’ai entendu défiscalisation de ces hypothétiques heures supplémentaires. Elles ne compteront donc pas pour notre de plus en plus lointaine retraite. Vous annoncez un observatoire du pouvoir d’achat. Que souhaitez-vous observer? Interrogez vos services, ils vous diront ce que nous avons comme pouvoir d’achat. Lisez les études de l’OCDE, elles vous diront où se trouve notre pouvoir d’achat. Ce qui n’est pour vous qu’un coût est notre pouvoir d’achat. Ne dépensez pas notre argent en études et observations. Nous pouvons vous dire, nous, que nous sommes déclassés.

J’ai entendu que vous nous écoutez. Vous aviez même l’air sincère. Cela a été pour moi, pour beaucoup d’entre nous, une humiliation de plus. Vous nous écoutez dites-vous? Moi je vous dis que vous ne nous entendez pas. Sans doute parce que vous nous écoutez à travers le matelas de la hiérarchie (pas de vagues). Sans doute parce que vous êtes bien loin de notre réalité. Une visite de quelques minutes dans une école, préparée, peignée, lissée, une discussion entre deux portes avec un-e enseignant-e est une vision faussée de la réalité.

Parce que la réalité, Monsieur le ministre, c’est que nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer. Dans les quartiers, dans les campagnes, derniers représentants des ruines du service public. Seuls, et sans aide, face aux besoins toujours plus prégnants de nos élèves, assistantes sociales, orthophonistes, psychologues, psychomotricien-ne-s, médecin scolaire, médecin de ville, disparus dans la machine à mouliner la société ces dernières années. Seuls face aux parents de plus en plus perdus, de plus en plus souvent agressifs, confrontés à la violence sociale de la société actuelle. Nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer, pas de médecine du travail, pas de gestion des ressources humaines, pas de formation continue de qualité (formations au rabais, imposées, sans relation avec nos besoins), outils inadaptés (matériel personnel, LSU imposé, chronophage et inutile pédagogiquement, magistère désespérant, évaluations nationales détachées de la réalité d’une classe, chronophage, inutilisables…), hiérarchie au mieux inexistante, au pire infantilisante.

Vous ne nous entendez pas. Vos consultations, questions fermées, questionnaires à remplir pendant les vacances, sont une insulte à notre intelligence, à notre expertise. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous assénez des changements de programmes (appelez cela comme vous le souhaitez, vous ne leurrez personne) pendant l’été. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous faites parvenir vos injonctions à de grandes innovations (croyez-vous réellement avoir inventé le fil à couper le beurre avec une dictée par jour, une chorale dans chaque école, la disparition de la méthode globale (la méthode globale!!! Plus de 30 ans que chaque ministre l’agite sous le nez des parents pour détourner leur regard de la disparition des aides)?) par voie de presse.

Par voie de presse. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous laissez des élus, des journalistes, dénigrer notre fonction, notre mission, en colportant encore et encore la caricature de l’enseignant fainéant et nanti. Vous appelez la bienveillance de vos vœux. Nous n’attendons que cela. Je reste à votre disposition pour plus de précision de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

par Anne

Monsieur le ministre,

Je ne suis qu’une petite directrice, pour l’essentiel une professeure des écoles (1/4 de décharge pour 5 classes) et je fais appel à vous, notre ministre, à votre grand sens de la pédagogie, avec votre facilité à communiquer par médias interposés, pour rétablir la vérité face aux affirmations erronées clamées haut et fort par Mme la députée Motin et relayées, sans discernement, par des radios nationales.

Les professeurs des écoles ne peuvent pas et ne pourront pas améliorer leur pouvoir d’achat grâce aux heures supplémentaires. Asséner cette contre vérité au public déjà prompt à nous mésestimer est, pour nous, comme du sel sur des plaies déjà bien profondes.

Si en effet quelques heures supplémentaires sont “disponibles” pour les professeurs des écoles, stages de réussite de quelques heures deux fois par an, payées de 3 à 6 mois plus tard (d’expérience de stage effectué en août pour améliorer les finances de la rentrée, n’est payé que pour Noël) et pour une portion congrue d’entre nous (2 professeurs sur 8 sur notre groupe scolaire) l’essentiel des heures supplémentaires que nous effectuons sont bénévoles.

Nous qui sommes si facilement qualifiés de fainéants ne recevons pas les parents, souvent tôt le matin ou tard le soir, puisqu’ils travaillent, “eux”, en heures supplémentaires.
Nous ne participons pas aux réunions avec la mairie, avec l’association de parents d’élèves, avec la médiathèque, pour l’organisation d’une fête de quartier, d’un comice agricole en heures supplémentaires. Nous ne partons pas en classe de découverte, laissant nos familles pour quelques jours de responsabilité 24 heures sur 24 heures de nos 25 à 30 élèves sur des heures supplémentaires. Le “forfait” de 108 heures (voir le détail ci-dessous) étant soldé dès la fin du premier trimestre nous faisons fonctionner l’école sur un temps qui ne nous est pas compté (ou qui ne compte pas?). Voilà pour le sel.

Ce n’est donc pas, vous le reconnaîtrez, ces heures supplémentaires, qui amélioreront nos fins de mois. Les enseignants sont déclassés d’année en année. Nous sommes les parents pauvres de l’Europe (source OCDE). Nous qui avons la tâche de former les citoyens de demain avons de plus en plus de mal à élever correctement nos propres enfants. Voici les plaies.

Aussi, Monsieur le ministre, je ne vous demande même pas ce que votre collègue à la fonction publique nous refuse, sous prétexte d’économies (que le gouvernement ne fait pas avec les grandes multinationales), de prime ou d’augmentation, mais je demande de reconnaître et de faire connaitre que rien n’est mis en œuvre pour améliorer notre condition de grouillots de l’état, de sherpas de l’élite (naïvement je pensais servir le peuple français).

Je reste à votre disposition pour plus de précisions de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

 

Pour rappel, forfait de 108 heures:

36 heures d’activités pédagogiques complémentaires face élèves, 24 heures consacrées à l’organisation, projet d’école, accueil des élèves à besoins particuliers, travail de cycle, liaison avec le collège, 24 heures de conseils de maîtres et temps de rencontre avec les parents (rien qu’une demie heure avec chaque parent une fois l’an et… c’est grillé!), 18 heures de formation continue (les commentaires quant au contenu de ces “formations” pourraient faire l’objet un courrier spécifique), 6 heures pour les conseils d’école (si tout se passe bien, si l’on n’est pas obligé d’en réunir un de plus, exceptionnel).

 

par Anne

 

 

 

Pétition adressée à M. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale :

https://www.mesopinions.com/petition/politique/contre-desinformation/56598

Par Les stylos rouges

 

Voilà, voilà, voilà..
J’ai fait grève.

Mes élèves étaient en classe, comme d’hab.
Parce que le lundi je suis au bureau et que ma collègue n’a pas fait grève. Parce que perdre une journée de salaire c’est compliqué pour beaucoup. Et puis…
Quand on fait grève en élémentaire personne n’est vraiment gêné, la mairie est tenue de mettre en place un service de garde (cela ne s’appelle pas comme ça mais c’est exactement ça). Alors faire grève n’est pas très efficace.
Donc j’ai fait grève mais le travail que je n’ai pas effectué hier s’est juste empilé sur le bureau.
Il reste à faire.
J’ai fait grève en me disant que j’allais apporter ma pierre, porter ma colère avec d’autres. Et que nombreux à être insatisfaits, en colère, nous serions nombreux à le montrer.
10% dit le gouvernement. 30% disent les syndicats. Comme je suis pragmatique j’aurais tendance à couper la poire en deux. Que diriez vous de 20%?
A Blois nous étions 500 à manifester devant la permanence des deux ministres issus de notre département.
Nos délégués, reçus par le préfet, sont ressortis avec le message: “la France est endettée, il faut faire des efforts”.
Faire des efforts c’est travailler au rabais.
C’est maltraiter les plus faibles.
Des classes plus chargées, des enseignants de moins en moins formés, des dispositifs d’aide qui se dissolvent (RASED où es tu?), des outils imposés et le métier dévalorisé par ceux là même qui nous dirigent (ils prescrivent, nous exécutons, plus besoin de réfléchir, trop bêtes nous sommes, l’échec de l’école ne peut être que le notre, pas le leur, à nous donner les moyens de réussir). L’école à deux vitesses avance à grand pas. L’école, sélective, le collège idem. Pour n’envoyer au lycée général que ceux qui proviennent des classes les plus aisées, pour cantonner dans les lycée pro et l’apprentissage ceux qui serviront le capital en travaillant pour que d’autres s’enrichissent, pour survivre.
La France est endettée…
Alors on rabiote sur les fondations même de la société.
L’éducation (et la santé, nul ne l’ignore).
Pensez vous que cette société va encore pouvoir tenir debout longtemps sans fondations? En donnant toujours plus aux mêmes, là haut?
Je sais que je suis qu’une pauvre prof des écoles, pas une première de cordée, mais il me semble que quand une construction, un système, est déséquilibré il se casse la gueule…
Non?
Se mobiliser pour ça pourrait être une idée fédératrice. Un moteur.
Le système maltraite nos enfants, sape la société de demain (d’aujourd’hui aussi).
Se mobiliser.
Mais, je le vois, l’éducation nationale ne coûte pas aux “usagers” (pour l’instant), ce n’est pas visible comme quand on fait son plein. Alors sa détérioration ne fait pas de vague. Il n’y a pas de blocage en vue. Nous allons juste sombrer en silence.

 

texte de Anne Allet

 

 

Se satisfaire, laisser faire…
Ronchonner, parfois, dans son coin, mais rester là, à attendre.
Pendant que d’autres se servent, profitent.
Ce matin, encore, je vais faire un pas de coté.
Je ne serais qu’une goutte d’eau tombée au milieu du désert, avec Gilles nous serons deux, seuls grévistes sur nos lieux de travail, pas de quoi gêner qui que se soit, mais nous ne pouvons pas ronchonner, râler, tempêter et rester là à attendre des jours meilleurs qui ne viendront pas.
L’un comme l’autre nous ne pouvons pas laisser ce gouvernement, et messire Mac Rond, détruire les services publics, école, hôpital, services de proximité dans nos campagnes (et dans les quartiers) sous prétexte que cela coûte trop cher. Trop cher?
L’école qui forme des citoyens éclairés? Notre avenir, non?
Mac Rond et ses potes, nous l’avons bien compris, ne veulent pas de citoyens, ils veulent des consommateurs, décérébrés, de la chair à usine… Travaillez, consommez et taisez vous.
L’hôpital qui soigne la population? Grace à la solidarité de tous.
Aïe! Ce n’est pas rentable. Cela ne rapporte pas aux investisseurs, cela ne rapporte pas de dividendes. C’est incompréhensible pour qui ne pensent que revenu, rendement…
Les services publics? Quoi? Quel est ce gros mot? Service?
Ils n’arrivent plus à l’associer qu’à commercial, qu’à client…
Les vrais services, de la population, qui paye ses impôts, pour la population, coûtent trop chers. A qui? Aux financiers?
Je ne veux pas, JE NE VEUX PAS, que mon travail, mon “investissement” dans la société, serve à engraisser les premiers de cordée. Je ne veux pas que mes enfants, mes élèves ne soient plus que des sherpas pour oligarchie dédaigneuse et vicieuse.
Je ne veux pas que la soupe médiatique nous détourne de nos valeurs.
Liberté Égalité Fraternité
Je ne veux pas laisser le monde sombrer entre pollution et climat détraqué sans lever le petit doigt. Je ne veux pas que l’autre devienne l’ennemi (désigné, bouc émissaire, ça pue!).
Mon doigt, celui de Gilles, ne seront, sans doute, dans ce monde où la plupart ont renoncé, déjà, pas nombreux, pas à la une des journaux, mais ils seront levés. Avec l’espoir que nos petites gouttes dans le désert arrivent à faire fleurir le début d’un autre avenir.

texte de Anne Allet