de Alice Versal auteure de Réparatrice d’ailes (Calamity en SEGPA)


Ce qu’il y a de bien avec les classes de neige c’est que je pars avec Maîtresse
Blondinette et Copine Poulette, alors forcément ça aide à garder un moral d’acier et
une santé de fer ( et le tout sans manger d’épinards, c’est quand même la classe ).
Mais n’est pas Robocop qui veut. Et ce matin là, la balade autour du centre nous
permet de découvrir la faune et la flore locales. Les chouchous sont contents, le
visage rougeaud, le nez vermillon, ils écoutent avec attention les explications de
l’animateur, devant le grand panneau au pied des pistes.


Moi je fais la sécu, version videur boîte de nuit, les mains croisées dans le dos
et les pieds ouverts. Personne ne doit approcher la jolie plaque de verglas au pied du
panneau, certains ont essayé ils ont eu des problèmes, comme disait l’autre. Mais
l’animateur anime vraiment bien, au point que subjuguée par son discours ( ou peut
être le vague souvenir de sa démonstration en maillot de bain du début du séjour ), je
commence à me détendre, et je profite du moment.
Je sens même au loin le doux fumet du repas du soir qui mijote depuis le début
de l’après midi. Et justement voilà le cuisinier qui sort tout joyeux de sa cuisine pour
nous crier : « A table ! ».
Les petits sont ravis se précipitent, et moi aussi. Enfin avec un style bien
particulier, le style Calamity Maîtresse.
Je vous rappelle la position 1, « videur boîte de nuit », puis passage position 2,
celle du flamand rose unijambiste ( en gros les deux pattes en l’air et le postérieur qui
prouve de manière non subtile les lois de l’attraction terrestre ), pour finir en
position 3 part de flan étalée sur la moquette du salon. Les juges lèvent leurs
cartons : 10/10/9. Et moi j’essaie de relever ce qui me reste de dignité.
Car ce soir c’est la boum et il va falloir assurer.


La gastro nous a laissé un peu de répit. La BIV a pu réduire ses interventions.
Dès les premiers symptômes ( on remercie le patient zéro qui avait pris sa carte
d’embarquement malgré la nuit agitée précédant le grand départ ), la Brigade
d’Intervention Vomito avait pris le relais, chantant sa petite chanson du soir en
distribuant les petits sacs blancs : « Vomissez bien, vomissez contents mais surtout
vomissez dedans ! » . Et ce soir pour le grand soir, il ne reste qu’une seule malade,
mais elle n’est pas bien vaillante la minette, alors on décide d’appeler le doc qui a
l’habitude de me voir traîner dans son cabinet avec des petits tout verts et des sacs
poubelle.


C’est pas courant de traîner partout des sacs poubelle et des gamins qui virent
au vert derrière soi. Donc on avait fini par lier des relations particulières.
Il s’intéressait à mon organisme particulier qui avait l’air de tenir à distance, les
miasmes et les microbes, mais pas les hématomes ou les tas de fumier. Je devenais
petit à petit un cas d’étude scientifique. Et ce soir, un autre cas nous préoccupe.
Un autre élève vient de développer de nouveaux symptômes. Ses coloc sont
venus me chercher dans ma chambre un peu en panique. Le gaillard, est assis sur son
lit mais ne parle pas. Alors que c’est l’agitation partout ! Pour la boum de ce soir, les
paillettes, le gel et le sent-bon se répandent dans les coursives. On se croirait dans un
cabaret low cost au milieu des effluves bon marché des stars de la soirée.
– Bon les gars, je finis de m’habiller et j’arrive.
Pour la circonstance, j’ai moi aussi revêtu la robe à paillettes et les collants à
trous, pendant que le gars Benton cherche un collant opaque dans ma valise, parce qu’il
a bien son uniforme de reine des neiges mais il a la gambette un peu trop poilue pour
pêcho ce soir.
Il a déjà calé deux paires de chaussettes dans un de mes attributs pigeonnants
qu’il porte fièrement pour l’occasion. Entre princesses on s’entraide.


Dans la chambre du malade effectivement il y a un problème, le petit gars est
debout au milieu de la chambre, hagard, en pyjama. Son pyjama est très chouette mais
pour la boum, ça va manquer sacrément de standing. Et surtout après vérification, il a
le front aussi bouillant que la fesse d’un Danois sortant du sauna.
D’un coup le voilà assis sur son lit, caressant le matelas avec un gant de
toilettes, toujours aussi bavard que Bernardo, le pote de Zorro. Pas le cheval hein ?
Non le gars, au chapeau !
Bon au moins le doc ne va pas se déplacer pour rien. D’ailleurs voilà notre
homme, qui a déjà vu et remis presque sur pieds notre demoiselle. Mais devant notre
nouveau cas, l’homme de sciences semble lui aussi muet d’un coup. Ou alors il est
subjugué par mes résilles tellement mises en valeur par mes chaussures de montagne
gracieuses et féminines qui me font ressembler à la Mère Bodin à la sortie du
Macumba à 5 h du matin.


Il tente de discuter lui aussi avec Bernardo, mais celui-ci n’a même pas la
délicatesse de le regarder, je sens que le gars se vexe, s’agace.
Visiblement n’est pas Docteur House qui veut et moi je subodore que je vais
louper la première danse. Le dialogue de muets commence à s’éterniser quand d’un
coup le doc se lève, et revient vers moi, sourire aux lèvres :
– Dîtes, vous auriez pu m’inviter à la boum l’autre jour, pas la peine de me
monter ce bateau ce soir ?
Hummm alors je ne comprends pas, j’ai un gars complètement dans les vaps,
fiévreux et voilà que l’autre veut remplir mon carnet de bal.
– Pardon ? Je crois qu’il y a méprise. On pourrait revenir à nos microbes ?
– Alors votre petit bonhomme est fiévreux, des ganglions, rien de grave. Il va
juste falloir attendre qu’il se réveille.
Qu’il se réveille ? Non mais il a picolé ou quoi ? L’autre est toujours en train de
nous faire le nettoyage à sec de son lit, et Don Juan nous parle d’attendre le réveil ! Il
a quand même une façon bien à lui de pratiquer la médecine.
– Il est juste somnambule, ne vous inquiétez pas. On va le laisser se réveiller
tranquillement.
Un appel à la famille nous confirmera que le doc n’avait pas un goût immodéré
pour le Génépy en dehors des heures de bureau, et les parents :
– Ah oui, il est somnambule.. On ne l’avait pas noté sur la fiche ? Ah zut, c’était
important de le noter ?
Bah oui c’était important ! Parce que ce matin là on avait appris l’hospitalisation
grave d’un enfant de la station pour une méningite, et que le somnambulisme n’était
pas notre première idée pour le coup. Mais ça on ne leur dira pas, parce que
finalement c’est chouette le somnambulisme, ça fait danser les docteurs dans les
boums !


Le lendemain c’est le départ, on ne s’étendra pas sur le rangement des
chambrées, les valises qui ne ferment pas, les fermetures éclairs des sacs qui font de
la résistance, les slips et autres chaussettes n’appartenant à personne…
Une dernière purée saucisses avant de quitter nos chères montagnes.
– Hé Terminator, mollo sur la purée saucisses, on va rouler tout à l’heure.
– Non Zinzin, tu ne fais pas de réserves non plus, on aura un pique nique dans le bus.
Allez on monte dans le bus, 1, 2, 3…61, 62,63. Super tout le monde y est, les
valises sont dans les soutes. Fantastique !
Premiers virages, voilà Terminator qui sent les premières bouchées de saucisses
qui remontent… perdu, pas dans le sac. Bon on a un pantalon dans le sac à dos. Zut
encore des virages, re perdu, toujours pas dans le sac. Alors on retire pantalon
numéro 2 et on met une couverture polaire sur les cuisses.
Le chauffeur ne peut pas s’arrêter. Zut et flûte, encore des virages. Re
reperdu… encore à côté du sac. Décidément la saucisse est joueuse. Bon un parking de
garage, pendant que Copine Poulette fouille les soutes à la recherche d’un nouveau
pantalon, étanche et non recouvert de bouts de saucisses prémâchés, Maîtresse
Blondinette tente de refaire une beauté au siège qui lui n’est plus étanche.
Et je me dirige vers le garage, en me disant que des gars qui bossent dans le
cambouis pourraient peut être nous aider en nous offrant un peu de papier absorbant.


Et là on change d’ambiance, lumière tamisée à l’entrée, long couloir sombre, des
bruits métalliques et de chaînes comme étouffés, je bascule en quelques secondes
dans un polar, où l’héroïne, un peu gourde se jette dans la gueule du loup et se
retrouve les tripes à l’air devant un vieil inspecteur un peu cabossé par la vie, et qui en
a déjà trop vu dans sa carrière. Et j’imagine le légiste, une main sous le menton :
– En tout cas, une chose est sûre, ce midi, elle avait mangé de la saucisse purée !
– Élémentaire mon cher Watson !
Et là subitement comme chantait l’autre, apparaît 1m 80, des biceps plein les
manches !
– Elle veut quoi la p’tite dame ?
Je peux lui dire que je ne veux pas mourir déjà, que franchement la purée qui va
couler sur le sol de son garage, ça va tout saloper le revêtement, que je sens déjà le
vomi à plein nez et surtout que je ne suis absolument pas photogénique et que les
photos de mon corps blême, limite verdâtre dans les salles de réunion de la PJ locale
seraient du plus mauvais effet pour la digestion et le repos nocturne des forces de
l’ordre.


Finalement j’arriverai tout juste à articuler : du papapapier ? Je le remercie
avant de partir en courant comme une miraculée qui vient de sortir de la grotte de
Lourdes en laissant son fauteuil à la consigne, mon rouleau de papier sous le bras.
Heureusement que le rouleau était bien gros parce que Zinzin s’est mis en tête
de sortir de son sac deux tranches de pain tartinées de purée et entre lesquelles
gigotaient deux saucisses pas encore complètement figées par les températures
extérieures. Et on se demande ou pas quand est-ce qu’il s’est préparé ce pique nique
de la mort qui tue ? Ben en fait non je crois que je ne veux pas le savoir. Roule
chauffeur..

de Alice Versal auteure de Réparatrice d’Ailes (Calamity en SEGPA)


Un hiver sur deux, les classes des grands CM1 et CM2 ont la chance de partir
loin de la mer.

Même si nos joyeux drilles n’ont pas toujours le pied marin, on se dit
que le pied montagnard ça ne doit pas être trop compliqué. Et puis soyons honnête,
mettre une combinaison de ski est certainement bien plus facile qu’enfiler une
combinaison néoprène à Chouchou. Parce que Chouchou, il n’est pas très agile de ses
dix doigts et malgré la couche de graisse réglementaire, rien ne glisse
réglementairement.
Alors Maîtresse prend les choses en mains : elle tire sur la partie inférieure,
elle remonte la partie supérieure. Elle se met derrière, elle se met devant, accroupie,
puis debout. On saute ensemble pour que les jambes glissent sans souplesse, on
transpire de concert pour permettre la lubrification du machin.

Dix minutes plus tard, essoufflée, suante et fière du résultat, je me recule de
quelques pas pour contempler le miracle : Chouchou et ses petits bourrelets non
disgracieux moulés dans une combinaison néoprène noire et jaune. Une véritable
petite guêpe ! Je ne suis pas peu fière, telle Christina Cordula devant son dernier
relooking ! Manifaïque !!! Mais voilà Chouchou qui susurre. On dirait Carlita qui chante
son dernier tube.


– Quoi Chouchou ? Tu essaies de me dire quelque chose ? Pas la peine de me
remercier, vraiment ! On a réussi en équipe.
– Nan c’est pas ça, mais on peut l’enlever ? Parce que j’ai envie de faire pipi. On
peut hein?
Je ne m’étendrai pas sur ma réponse polie mais négative, qui n’avait rien à voir
avec celle qui clignotait dans ma tête comme une vitrine de Noël sur les Champs
Elysées : Pisse dedans et fais pas suer !


Une combinaison de ski ? Trop facile. Pendant la réunion de préparation on a
bien rappelé aux parents des équipiers virils de l’équipée sauvage, qu’il faudrait revoir
l’enfilage de collant avant le grand départ et l’ajustement du masque, l’intérêt de
mettre un caleçon propre chaque jour, … des détails mais détails importants quand
même. Tout le monde était d’accord, donc on peut partir confiant.


Le jour J est arrivé, il est temps de monter dans le bus. Il faut compter les
passagers, à la montée, puis à l’intérieur et puis une autre fois parce que Zouzou avait
oublié son sac et a du redescendre, parce que Bichette préfère changer de place,
parce que Maman Terminator est montée changer de place à son rejeton, qui est
malade quand il est au-dessus des roues sauf que Terminator il est retourné devant
parce qu’avec son copain Grande bouche, ils ont décidé de faire une nuit blanche et
qu’à côté de Chouchou ça va être moins drôle.
Donc on recompte encore et encore ! Ok on est bon 64 ! Hummm J’ai comme un
doute. Je reprends le dossier. 63 ! Bon les copines, on s’est trompé, on recommence
ok ? 61, 62, 63, … 64. Crotte, ça insiste ! Bon les petits loups, vous levez tous la main,
et quand on vous appelle, vous baissez la main.. C’est compris ? Ouiiiiiiiiii, une vraie
approbation digne d’un vote au parti communiste chez Staline ! Terminator, Chouchou,
Bichette… tout le monde baisse le bras, donc 63. Non ? Quoi Maîtresse Blondinette ?
Tu viens de les recompter ? 64 ?
Bon je ne suis pas super forte en sciences mais sauf erreur la reproduction
spontanée ça n’existe pas, si ? Aux grands maux, les grands recomptages.
Tout le monde descend, allez zou en rang. Et là je vois le regard étonné
( j’essaie de me rassurer parce qu’en vrai le regard serait plutôt celui d’une dinde, le
jour de Thanksgiving, face à un pèlerin aviné et titubant ) du chauffeur de bus, qui se
dit qu’à ce rythme on arrivera à Gérardmer pour la fête des Jonquilles. 64 comiques
qui descendent, grrrr. Bon maintenant vous remontez quand je vous appelle. C’est
reparti Terminator, Chouchou, Bichette… Blondinette, tu recomptes à l’intérieur s’il te
plaît ?
63 !!! Personne n’étant mort entre les sièges 13 et 66, personne n’ayant disparu
dans une faille spatio temporelle entre les roues arrière et les roues avant, avec
Blondinette, on se regarde, on se sent que le truc part un peu de travers, alors que les
roues n’ont pas bougé d’un seul millimètre, quand j’entends une petite voix à
l’extérieur du bus :
– hihihihi c’était rigolo quand j’étais dans le bus. La directrice elle, elle rigolait
pas. Tu sais pourquoi elle rigolait pas, maman ? C’est bientôt qu’il part mon frère ?
Parce que j’ai faim maintenant.


Et en un instant le chauffeur, dans un sursaut de lucidité, ou seulement pour
m’éviter de longues années dans une tenue non ajustée et peu gracieuse, dans les tons
gris mur d’enceinte, prit la décision de fermer la porte du bus et de faire un
démarrage sur les chapeaux de roue qui me valut un atterrissage non contrôlé et dans
une position non réglementaire dans la coursive. On the road again.


Je vous épargnerai les 16 h de trajet, avec les arrêts divers et variés pour
manger, faire pipi, courir, vomir et éventuellement dormir. Et toujours cette légère
odeur entêtante d’une couche remplie qui aurait été oublié par les anciens passagers,
membres de l’EPADH « Les joyeux rossignols » en pèlerinage à Lourdes. Mais passons,
on finira bien par trouver la source.


La découverte de la montagne au petit matin, les pleurs d’émotion, les cris
d’excitation sont des bonheurs incommensurables, le plaisir indicible de la maîtresse
d’école. Ce pourquoi elle a passé des heures à monter un dossier en 12 000
exemplaires, passé des coups de fils pour tenter de faire baisser les prix, passé des
jours à compter les petits sous gagnés un par un par la vente d’objets moches mais
super pratiques.


Sur place, il faut répartir les chambrées. Heureusement avec Blondinette, on a
tout préparé avant. Les gaillards sont répartis selon leur pouvoir de nuisance et
parfois aussi par affinités, mais ça c’est plus rare. Et bizarrement malgré toutes nos
précautions, on sait qu’il y aura une « chambre Pinder », celle qui émoustille tout
enseignant, celle qui sera à l’origine des légendes que l’on se racontera le soir au coin
du feu, ou en salle des profs en sirotant une liqueur de mirabelles.
Et comme prévu dès le premier jour dans la « chambre Pinder », le fumet de la
couche des joyeux rossignols nous prend aux narines. Et comme dit l’autre en
regardant son couteau : Bizarre… bizarre, moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre.
Fouille réglementaire, rien de bizarre. On se dit que l’odeur est peut être
corporelle. Alors les gars, à la douche ! D’ailleurs maîtresse et maîtresse Blondinette
vont y aller aussi. Ensemble, parce que pour d’obscures raisons de répartition elles
partagent une douche sur le palier, mais où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. A ce
qu’on est bien quand on est dans son bain, avec des copains !


Une fois savonnées, récurées, c’est la revue de détails, on vide les valises, on
s’organise et on évite les vocalises ( parce que les hurlements dans les chambres, si on
n’est pas dans son canapé, devant un film d’horreur, où une blonde se fait courser par
un mort vivant zombifié, c’est vite chiant ! ).
Retour dans la « chambre Pinder », pour une inspection plus poussée. Les 4
gaillards sont en pyjama : check, les valises rangées : check, douchés : che… hop arrêt
sur image. Hummm un détail cloche, n°1 cheveux mouillés et coiffés, n°2 cheveux
mouillés et coiffés comme ceux BB après un rendez vous dans un tas de foin, mais
sans le foin, n° 3 cheveux mouillés et coiffés, n°4 cheveux secs !!! Le voilà le détail qui
cloche. On se croirait dans une énigme de Mickey parade, l’odeur douteuse en plus.
– Dis donc n°4, tu t’es douché ?
Haussement d’épaules, demi sourire. On ne l’a fait pas à moi, le langage corporel c’est
ma deuxième langue, et surtout j’ai un odorat particulièrement développé. Je peux
repérer un vin chaud à 20 km. C’est vachement pratique quand on part en classe de
neige.
– Bon tu retournes sous l’eau, tu fais un shampoing et tu te savonnes. D’accord ?
Pas de réponse que je prends pour un oui. Il y a un vin chaud en approche, je n’ai
pas le temps à perdre. J’entends l’eau couler, pendant que j’aide n°2 à retrouver une
coiffure digne d’un Delon sortant de la piscine de Romy. Et voilà mon n°4 qui sort de la
salle de bains aussi sec que les biscuits de ma tante Denise, oubliés au fond de son
placard depuis Noël dernier.
Il est temps de passer à la sommation :
– Bon n°4 tu as deux secondes pour te déshabiller, 3 secondes pour te glisser
sous l’eau et 3 minutes pour ressortir propre.
Le phobique aquatique finira récuré et savonné contre son gré et le lendemain
on retrouvera la source de l’odeur, un sac plastique avec ses vêtements maculés d’une
matière connue de tous mais que la politesse m’évitera de nommer ici malgré ses
dénégations et ses accusations visant d’anciens locataires peu scrupuleux. Finalement
les joyeux rossignols n’étaient même pas les complices de cette sombre affaire.
Il est grand temps de rejoindre la grande salle, les animateurs nous ayant
annoncé prendre en charge la démonstration de l’habillage pour les activités sportives
hivernales. Avec Maîtresse Blondinette, on est ravie, on va pouvoir boire un.. euhh
profiter de cette leçon gratuite.
Les 63 joyeux drilles sont en pyjama, tout excités, assis sur leur chaise, enfin
en équilibre instable sur une demi fesse pour pouvoir jeter des yeux brillants dans
tous les sens. Quand tout à coup, la lumière s’éteint, un silence religieux s’installe, et
la porte de la salle s’ouvre sur … une grande brune en maillot de bains deux pièces,
suivie d’un Apollon en short de bain rouge portant un grand sac sur l’épaule, version
David Charvet dans Alerte à Gérardmer.


Avec maîtresse Blondinette on se regarde en se disant que finalement on va
attendre un peu pour le vin chaud, la leçon pourrait nous servir. En effet je ne suis
plus très sûre de savoir comment on enfile les gants de ski. Pendant que je compte les
tablettes de chocolat, Maîtresse blondinette vérifie le fuselage des cuisses, parce
que vérifier le matériel avant de partir en excursion c’est super important. On n’est
jamais trop prudent.
Résultat avec Maîtresse blondinette, on n’avait pas tout suivi, on n’était plus
sûres du tout d’avoir tout compris, mais le sauveteur n’a pas voulu recommencer la
démonstration, il fallait être plus attentives qu’il nous a dit. On lui a signifié que les
élèves en difficultés avaient parfois besoin de se faire répéter les consignes pour les
intégrer mais le gaillard a été catégorique. Il a refusé tout net de répéter la
manœuvre, ce qui lui vaudra un avertissement pour un sérieux manque en pédagogie
différenciée. Non mais !


Le lendemain matin, pendant le petit déjeuner, ( tout habillé, le fourbe ), il
répète les choses importantes : le masque, les gants, le bonnet, le baume à lèvres, la
crème solaire. Bref l’essentiel ! Agitation, précipitation, tout le monde file dans sa
chambre pour se préparer.
Avec Maîtresse Blondinette, on est prêtes les premières et telles deux
maquignons à la foire aux chevaux de la Motte Beuvron, on vérifie la descente de
l’escalier des bourrins pour valider l’équipement. Tout trotte comme sur des roulettes
jusqu’à ce que se présente Tournesol.
Tournesol il est au taquet dans son laboratoire, mais quand il en sort, on se dit
qu’il faudrait envisager d’intégrer une puce GPS sous sa crinière. Il se perd un peu et
nous perd souvent. Le voilà qui descend bon dernier, le bonnet sur la tête, le masque
sur les yeux, les lèvres et la peau blanches comme la cuisse d’une anglaise
quinquagénaire un soir de novembre. La doudoune est fermée sous le menton, et les
moufles sur les mains ( c’est l’avantage des moufles pour Tournesol, peu importe la
main, la moufle camoufle l’erreur.) On se dit que c’est gagné, on va pouvoir monter
dans la navette sans courir, sauf qu’il y a un détail qui ne colle pas, la mouche dans le
lait.


Quand on lui disait à David Charvet qu’il fallait être vigilant sur la répétition
des consignes…Ce matin il a bien tout expliqué à un détail près. On retire … son
pyjama et on met sa combinaison ! Tournesol, lui il applique les consignes à la lettre.
Alors Charvet ??? On fait moins le malin hein ??? Bon la navette, on va encore la
louper mais c’est pas grave. Peut être que Charvet nous refera la démonstration ce
soir. Wait and see.


Dès le deuxième jour on laisse les tenues de ski au vestiaire qui est aussi la
chaufferie, comme ça tout goutte, tout sèche tout chauffe. Revérification de la
tenue, ça se passe bien. Le seul qui nous pose souci c’est Benton, notre
accompagnateur. Pourquoi Benton me direz vous ? Un vieux souvenir de sa jeunesse,
lors d’études médicales, une belle histoire d’expérience d’intubation alcoolisée lors
d’une soirée pédagogique.


Bref voilà notre Benton qui erre en caleçon dans le vestiaire. Il ne retrouve pas
son pantalon de ski. On lui signifie quand même qu’on a 63 tenues à gérer alors si en
plus on doit accompagner les accompagnateurs, sa facture au bar d’altitude va
atteindre des sommets. Le temps presse, il court, remonte dans sa chambre,
redescend dans le vestiaire, file à la buanderie. Rien. Il reste bien un pantalon mais
pas de la bonne couleur ni surtout la bonne taille. Les petits le regardent s’affoler,
chercher, et sont aussi perplexes que lui. Encore un mystère de Mickey Parade à
résoudre.


Bon finalement on se dit qu’il est temps pour les skieurs de rejoindre leurs
moniteurs respectifs donc on récupère les skis et hop en route. Benton va finir par
trouver une solution. Pendant ce temps on remarque que Tournesol semble aussi à
l’aise avec des skis à la main qu’un manchot avec des baguettes chinoises.
Il s’arrête, les lâche, les reprend, les relâche. Bref on sent bien que la route va
être longue, alors Maîtresse Blondinette décide d’aller l’aider, et lui installe les skis
sur l’épaule, version Popeye aux remontées mécaniques. Et là notre Tournesol les skis
sur l’épaule, se retrouve le pantalon sur les chevilles. Drôle de coïncidence !
– Benton !!! On a ton pantalon !!!
Et oui Tournesol, il est comme cela, premier arrivé, premier servi !
Le soir, pendant la visite des chambrées, le cœur léger car aucune odeur
suspecte ne me monte aux narines, je remarque qu’un des coloc de la « chambre
Pinder » porte un joli caleçon mais il me semble bien, qu’il ressemble comme deux
flocons à celui qu’il portait la veille ( ou l’avant veille ).
– Dis donc Chouchou, maman t’a acheté un lot de caleçons identiques c’est
chouette. C’est plus facile pour les retrouver après les lessives.
– Non, j’en ai plein d’autres dans ma valise, mais je ne les mets pas.
Mince, ça sent le truc louche.
– Ah mais celui là tu ne l’aurais pas déjà porté avant ?
– Bah si mais celui là c’est mon caleçon porte-bonheur. Je l’adore, je le mets
tous les jours, comme ça je suis sûr de ne pas tomber au ski.


Un caleçon porte-bonheur, c’est quand même vachement plus simple à trouver
qu’un trèfle à quatre feuilles, plus vegan friendly qu’une patte de lapin attachée à la
ceinture et plus facile à porter sur des skis qu’un fer à cheval mais un caleçon porte-bonheur ne craint pas l’eau ! La Mère Denis doit se retourner dans son lavoir.

A suivre: La clinique de la forêt noire.

Visiblement, pour ce Grenelle, le principal problème dans l’éducation ce sont les profs eux même !


On ne les invite pas, ou très peu, uniquement ceux dont on sait qu’ils ne sont pas critiques…
On laisse les syndicats enseignants élus en extrême minorité face à des gens venus d’un peu tous les secteurs d’activités, désignés sans aucune représentativité…
On met en avant un discours d’autosatisfaction en le faisant passer par une prof que l’on dit “lambda” mais qui est en fait IAIPR et adhérente LAREM…

Et maintenant un soit disant “serment” !

Parceque, bien sûr, les enseignants doivent jurer devant la nation qu’ils vont se saigner aux quatre veines pour donner toujours plus à leurs élèves? 


Ils ne le démontrent pas depuis des années où ils font toujours plus avec moins?


Ils ne le démontrent pas en payant sur leurs deniers leurs matériels informatiques ou de bureau et souvent même de classe ?


Ils ne démontrent pas tous les jours en assurant les missions d’infirmier, de psychologue, d’assistante sociale et parfois même de police devant l’école ?


Ils ne le démontrent pas quand ils sont encore là malgré les promesses de “revalorisation salariale historique” alors que 70 % de la profession n’aura quasiment rien et que la hiérarchie va elle percevoir plusieurs milliers d’euros annuel en plus ?


Il ne le démontrent pas en étant au front quand on leur explique, au mépris de nombreuses études internationales, que le virus, qui oblige à confiner la société toute entière, ne touche que peu les écoles et que donc, avec un simple masque en tissu, ils peuvent aller enseigner, des heures durant, enfermés dans des salles de 40m2 mal aérées avec 30 élèves ?


Ils le démontrent pas quand, chaque année, on remplace des postes d’enseignants par des heures supplémentaires imposées et qui surchargent de travail des enseignants déjà excédés ?


Ils ne le démontrent pas en démissionnant toujours plus nombreux chaque année, dégoûtés des conditions de travail qu’on leurs réserve, malgré l’investissement fait dans des années d’études et un concours exigent ?


Ils ne le démontrent pas quand nombre d’entre eux y laissent la santé, et même la vie, pour tenter de pallier aux manques toujours plus criants d’une administration toujours plus exigeante ?

Ils ne démontrent donc pas leur implication et leur attachement au service public d”éducation à un point tel qu’on veut leurs faire prêter serment pour qu’ils jurent qu’ils vont le faire ?


Quel mépris, encore une fois, pour toute une profession !

Par Nik Tik

source : https://www.education.gouv.fr/grenelle-de-l-education-compte-rendu-d-atelier-revalorisation-seance-4-reconnaissance-308154

 

 

Écrasée comme une mouche.
577 députés nommés à l’assemblée nationale. Le texte qui crée les établissements publics des savoirs fondamentaux a été voté à 35 contre 7.
La Loi Blanquer (il avait juré ses grands dieux qu’il ne ferait pas de réforme. Et en fait c’est vrai. Il ne fait pas de réforme, il passe l’éducation nationale au broyeur pour la modeler à sa main (aux intérêts des entreprises) au détriment du bien être de l’enfant. Feu l’éducation nationale, vive l’éducation Blanquer !) a entériné cet amendement sur “l’école du socle”.
Il y a beaucoup à dire, et à redire, sur la loi Blanquer.
Mais dire ne servira à rien si l’on n’agit pas… Si l’on ne réagit pas.
Les établissements publics des savoirs fondamentaux qui ont été créés le sont sur le cadavre des écoles primaires actuelles.
Concrètement le but est de regrouper les écoles autour d’un collège.
D’annexer les écoles au collège.
Une école ne sera plus qu’une portion d’un grand établissement auquel elle sera attachée. Attachée.
Il n’y aura plus de directeur/directrice d’école.
Il y aura un chef d’établissement, au collège.
Les actuels directeurs/directrices d’écoles qui se battaient pour voir mieux reconnaître leur métier, mieux valoriser leur travail se verront, au mieux, attribuer le titre de directeur adjoint.
Adjoint-e.
Donc quand l’adjoint-e arrivera à l’école et qu’il/elle constatera que l’accès est verglacé et dangereux il/elle en référera à son chef d’établissement (qui appellera, ou fera appeler la mairie qui appellera les services techniques), si le chauffage a disjoncté dans la nuit il/elle en référera à son chef d’établissement (qui appellera, ou fera appeler la mairie qui appellera les services techniques).
Si à l’ouverture de la grille un parent est tracassé par ce qui est arrivé à son enfant lors de la récréation de la cantine hier, cherche le bonnet/la veste/la toupie/le crayon quatre couleur doré/etc de son enfant, se fait du soucis parce que sa situation familiale, professionnelle peut avoir des répercutions sur son enfant, n’est pas content parce que son enfant à trop/pas assez/mal écrit/pas compris les devoirs, qui va gérer? Qui va prendre cinq, dix minutes pour désamorcer la crise, pour rassurer le parent? L’adjoint-e?
Quand un enfant aura dépassé les bornes, la collègue excédée l’enverra illico dans le bureau de l’adjoint-e? Aura t-il/elle seulement encore un bureau? Cela aura t-il un quelconque poids?
Quand, il manquera 5 élèves à l’appel c’est la secrétaire du collège qui appellera les parents qui n’ont pas prévenu de l’absence?
Quand l’ambulancier, viendra chercher Lola, ou Joseph, ou Gaspard, qui aller au CMPP, chez la psychologue, au centre de soin, quand la mamie, la nounou, la voisine viendra chercher Bernard, ou Caroline, ou Samira qui a vomi, a de la fièvre, s’est ouvert l’arcade sourcilière, qui leur ouvrira la porte? Les aiguillera?
Quand un enfant témoignera de violences, aura des traces de coups, c’est le chef d’établissement qui prendra les choses en mains? Qui ira témoigner chez les gendarmes? Sans jamais avoir seulement croisé l’enfant et ses parents?
Quand un-e collège sera fatigué-e, usé-e, démoralisé-e c’est le chef d’établissement qui va offrir son épaule? C’est lui qui fera l’animation d’équipe? Qui en assurera la cohésion? De loin, de son bureau au collège?
Quel sera le respect accordé aux enseignants et à l’adjoint-e par les partenaires, mairie, association de parents, partenaires culturels et sportifs si l’autorité n’est plus représentée que par un-e adjoint-e?
Quand les collègues décideront d’un projet, élaboreront une organisation, prépareront une sortie, une fête, une porte ouverte, un décloisonnement c’est le chef d’établissement qui décidera? Jusque là c’était discuté, décidé en conseil des maîtres. De façon démocratique. En concertation. Le/la directeur/directrice n’est pas le supérieur hiérarchique de ses collègues. Le/la directeur/directrice n’était pas là pour juger, évaluer ses collègues. Un chef d’établissement le sera.
Il pourra gérer son stock d’enseignants.
Et comme l’établissement comprendra plusieurs écoles les effectifs seront calculés de façon globale. Tant d’élèves divisés par tant de profs, peut importe comment ils sont répartis, et hop, on rationalise, on supprime des postes.

577 députés nommés à l’assemblée nationale. Le texte qui crée les établissements publics des savoirs fondamentaux a été voté à 35 contre 7.
Merci aux 7.

Je suis écœurée. Je suis désolée. Blanquer a tué mon métier comme on écrase une mouche.

A gérer l’éducation nationale comme on gère une entreprise on déshumanise l’enseignement et l’on robotise nos élèves. L’école n’aura plus vocation à former des citoyens éclairés, mais de parfaits petits soldats, de la chair à usine, qui fonctionnent sans réfléchir et obéissent sans protester aux ordres venus de l’élite pour servir l’élite. Cette maltraitance programmée va t-elle, enfin, faire réagir l’opinion?

par Anne

 

Bonnes gens ayez confiance!

L’assemblée nationale est au chevet de l’éducation nationale.

Et des mesures fortes ont été votées.

Que les enseignants se garderont bien de critiquer puisque l’article premier de la loi sur l’école de la confiance leur impose de ne rien dire qui pourrait porter atteinte à la réputation du service public.

Nul doute que la réputation du service public d’enseignement soit sauvé par les drapeaux (et carte de France?) imposés dans toutes les classes. Nul doute que le sang impur collé sur les murs des classes rendra à l’éducation nationale son lustre d’antan.

Parce qu’il s’agit bien de cela, n’est pas?

Caresser le bon peuple dans le sens de la seule direction à prendre, celle qui rend l’école responsable de tous les maux de la société actuelle.

La mal bouffe, les grossesses précoces, l’homophobie, les poubelles non triées, les attentats, les casseurs , les dealeurs, les chômeurs, les glandeurs, les profiteurs (ceux qui vivent des aloc, bien sûr, pas ceux qui vivent des dividendes) l’école n’a pas fait son boulot.

C’était bien avant. On avait le sens des valeurs et celui de sa valeur.

Chacun à sa place. L’élite guidée vers les grandes écoles, le peuple vers les usines.

Les drapeaux qui vont désormais flotter vont donner aux enseignants l’assise et l’autorité nécessaire pour éviter que nos élèves ne se fourvoient sur les ronds points en chantant la marseillaise de façon dévoyée.

Les drapeaux vont sauver l’école.

Nul besoin pour les enseignants de mettre la réputation de l’institution en danger. Elle va sombrer toute seule. La pente est bien savonnée:

Point d’indice et salaire bloqué, au ras du plancher européen, dissimulés sous des heures supplémentaires imposées pour les profs (destruction de postes), inexistantes pour les professeurs des écoles.

Temps de travail toujours plus lourd, évaluations chronophage et nocives, l’éducation en statistiques. Effet d’annonces et mise au pas des professeurs: seule la méthode scientifique est la bonne et haro sur les “fantaisies” pédagogiques. Le ministre invente, quasi chaque jour, le fil à couper le beurre et le fait savoir à grand renfort de communication de presse.

Classes surchargées bien cachées derrière l’annonce en grande pompe de quelques CP et CE1 dédoublés.

Réforme du lycée pour bien canaliser chacun à sa place.

Parcoursup pour bien aiguiller vers les filières privées.

Bonnes gens ayez confiance!

L’assemblée nationale est au chevet de l’éducation nationale.

Et des mesures fortes ont été votées.

Certaines ne sont pas passées, comme c’est dommage! Bien sûr imposer un dress code plus rigoureux aux profs aurait été marquant! Ils sont si mal attifés…

Heureusement, maintenant ils ont des drapeaux!

 

Par Anne

 

Monsieur le ministre,

 

Je suis l’une de ces directrices qui font tourner la machine école avec mes collègues adjoint-e-s et j’ai écouté, ce dimanche matin, votre intervention sur RTL.

J’avais déjà regardé votre vidéo de vœux et j’étais restée sur ma faim. Sur ma faim de reconnaissance. J’attendais donc un mot de votre part sur l’amélioration de nos conditions de travail, j’ai entendu suppression de poste. Alors que c’est de moyens humains, plus de maîtres que de classes, un vrai RASED dans chaque école, dans toutes les écoles, dont nous avons besoin pour réussir.

J’attendais une décision de revalorisation, de remise à niveau de mon salaire. J’ai entendu heures supplémentaires, “travailler plus pour gagner plus”, alors que nous travaillons bénévolement jusqu’à plus soif, bien au-delà des 108 heures qui nous sont imparties. Ajouter des heures aux heures, encore et encore?

J’ai entendu défiscalisation de ces hypothétiques heures supplémentaires. Elles ne compteront donc pas pour notre de plus en plus lointaine retraite. Vous annoncez un observatoire du pouvoir d’achat. Que souhaitez-vous observer? Interrogez vos services, ils vous diront ce que nous avons comme pouvoir d’achat. Lisez les études de l’OCDE, elles vous diront où se trouve notre pouvoir d’achat. Ce qui n’est pour vous qu’un coût est notre pouvoir d’achat. Ne dépensez pas notre argent en études et observations. Nous pouvons vous dire, nous, que nous sommes déclassés.

J’ai entendu que vous nous écoutez. Vous aviez même l’air sincère. Cela a été pour moi, pour beaucoup d’entre nous, une humiliation de plus. Vous nous écoutez dites-vous? Moi je vous dis que vous ne nous entendez pas. Sans doute parce que vous nous écoutez à travers le matelas de la hiérarchie (pas de vagues). Sans doute parce que vous êtes bien loin de notre réalité. Une visite de quelques minutes dans une école, préparée, peignée, lissée, une discussion entre deux portes avec un-e enseignant-e est une vision faussée de la réalité.

Parce que la réalité, Monsieur le ministre, c’est que nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer. Dans les quartiers, dans les campagnes, derniers représentants des ruines du service public. Seuls, et sans aide, face aux besoins toujours plus prégnants de nos élèves, assistantes sociales, orthophonistes, psychologues, psychomotricien-ne-s, médecin scolaire, médecin de ville, disparus dans la machine à mouliner la société ces dernières années. Seuls face aux parents de plus en plus perdus, de plus en plus souvent agressifs, confrontés à la violence sociale de la société actuelle. Nous nous sentons comme une bouée abandonnée en pleine mer, pas de médecine du travail, pas de gestion des ressources humaines, pas de formation continue de qualité (formations au rabais, imposées, sans relation avec nos besoins), outils inadaptés (matériel personnel, LSU imposé, chronophage et inutile pédagogiquement, magistère désespérant, évaluations nationales détachées de la réalité d’une classe, chronophage, inutilisables…), hiérarchie au mieux inexistante, au pire infantilisante.

Vous ne nous entendez pas. Vos consultations, questions fermées, questionnaires à remplir pendant les vacances, sont une insulte à notre intelligence, à notre expertise. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous assénez des changements de programmes (appelez cela comme vous le souhaitez, vous ne leurrez personne) pendant l’été. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous nous faites parvenir vos injonctions à de grandes innovations (croyez-vous réellement avoir inventé le fil à couper le beurre avec une dictée par jour, une chorale dans chaque école, la disparition de la méthode globale (la méthode globale!!! Plus de 30 ans que chaque ministre l’agite sous le nez des parents pour détourner leur regard de la disparition des aides)?) par voie de presse.

Par voie de presse. Vous dites votre grande estime pour les professeurs et vous laissez des élus, des journalistes, dénigrer notre fonction, notre mission, en colportant encore et encore la caricature de l’enseignant fainéant et nanti. Vous appelez la bienveillance de vos vœux. Nous n’attendons que cela. Je reste à votre disposition pour plus de précision de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

par Anne

Monsieur le ministre,

Je ne suis qu’une petite directrice, pour l’essentiel une professeure des écoles (1/4 de décharge pour 5 classes) et je fais appel à vous, notre ministre, à votre grand sens de la pédagogie, avec votre facilité à communiquer par médias interposés, pour rétablir la vérité face aux affirmations erronées clamées haut et fort par Mme la députée Motin et relayées, sans discernement, par des radios nationales.

Les professeurs des écoles ne peuvent pas et ne pourront pas améliorer leur pouvoir d’achat grâce aux heures supplémentaires. Asséner cette contre vérité au public déjà prompt à nous mésestimer est, pour nous, comme du sel sur des plaies déjà bien profondes.

Si en effet quelques heures supplémentaires sont “disponibles” pour les professeurs des écoles, stages de réussite de quelques heures deux fois par an, payées de 3 à 6 mois plus tard (d’expérience de stage effectué en août pour améliorer les finances de la rentrée, n’est payé que pour Noël) et pour une portion congrue d’entre nous (2 professeurs sur 8 sur notre groupe scolaire) l’essentiel des heures supplémentaires que nous effectuons sont bénévoles.

Nous qui sommes si facilement qualifiés de fainéants ne recevons pas les parents, souvent tôt le matin ou tard le soir, puisqu’ils travaillent, “eux”, en heures supplémentaires.
Nous ne participons pas aux réunions avec la mairie, avec l’association de parents d’élèves, avec la médiathèque, pour l’organisation d’une fête de quartier, d’un comice agricole en heures supplémentaires. Nous ne partons pas en classe de découverte, laissant nos familles pour quelques jours de responsabilité 24 heures sur 24 heures de nos 25 à 30 élèves sur des heures supplémentaires. Le “forfait” de 108 heures (voir le détail ci-dessous) étant soldé dès la fin du premier trimestre nous faisons fonctionner l’école sur un temps qui ne nous est pas compté (ou qui ne compte pas?). Voilà pour le sel.

Ce n’est donc pas, vous le reconnaîtrez, ces heures supplémentaires, qui amélioreront nos fins de mois. Les enseignants sont déclassés d’année en année. Nous sommes les parents pauvres de l’Europe (source OCDE). Nous qui avons la tâche de former les citoyens de demain avons de plus en plus de mal à élever correctement nos propres enfants. Voici les plaies.

Aussi, Monsieur le ministre, je ne vous demande même pas ce que votre collègue à la fonction publique nous refuse, sous prétexte d’économies (que le gouvernement ne fait pas avec les grandes multinationales), de prime ou d’augmentation, mais je demande de reconnaître et de faire connaitre que rien n’est mis en œuvre pour améliorer notre condition de grouillots de l’état, de sherpas de l’élite (naïvement je pensais servir le peuple français).

Je reste à votre disposition pour plus de précisions de ce que nous, professeurs des écoles, directeurs, vivons au quotidien.

Salutations sincères.

 

Pour rappel, forfait de 108 heures:

36 heures d’activités pédagogiques complémentaires face élèves, 24 heures consacrées à l’organisation, projet d’école, accueil des élèves à besoins particuliers, travail de cycle, liaison avec le collège, 24 heures de conseils de maîtres et temps de rencontre avec les parents (rien qu’une demie heure avec chaque parent une fois l’an et… c’est grillé!), 18 heures de formation continue (les commentaires quant au contenu de ces “formations” pourraient faire l’objet un courrier spécifique), 6 heures pour les conseils d’école (si tout se passe bien, si l’on n’est pas obligé d’en réunir un de plus, exceptionnel).

 

par Anne

 

 

 

Pétition adressée à M. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation nationale :

https://www.mesopinions.com/petition/politique/contre-desinformation/56598

Par Les stylos rouges

Demain, je serai en grève.

J’entends déjà le citoyen lambda : “Aaaaaahhh… Ces fonctionnaires, jamais contents ! Pfff… Avec tous leurs avantages, ils n’ont pas honte !”
Oh que non, je n’ai pas honte de défendre l’école publique !! J’ai choisi de perdre une journée de salaire pour dire ma colère…
Ma colère à propos des suppressions de postes annoncés, et de la surcharge des classes, pour recruter en plus petit nombre et à moindre coût des contractuels non formés au MÉTIER d’enseignant. Car oui, enseigner, ça s’apprend… Qui irait se faire couper les cheveux chez un coiffeur sans formation ? Personne. Pourtant, confier ses enfants à un enseignant pas formé tend à devenir la règle et cela ne gêne personne ?
Ma colère de voir des enfants en situation de handicap toujours en attente de leur AVS à 1 mois et demi de la fin de l’année scolaire.
Ma colère de voir la précarité des postes d’AVS, et les défaillances dans le recrutement. MERCI de tout coeur à nos perles rares qui sont un accompagnement précieux, malgré leur salaire tellement bas !
Ma colère du manque de remplaçants en cas d’absence. La semaine dernière, j’ai travaillé en dormant 4 à 5 h par nuit, en toussant à m’écorcher le gosier nuit et jour parce que je savais que je ne serai pas remplacée… Je suis désolée si malgré mes précautions j’ai contaminé certains de “mes petits”…
Ma colère aussi du manque de considération de notre métier… J’accompagne dans les apprentissages et avec bienveillance entre 21 et 31 enfants chaque année, 6h par jour, quand bien des parents ne supportent plus leur chère progéniture (1 à 3 enfants le plus souvent) au bout de 15 jours de vacances…
Donc oui, je suis en colère… Parce que j’aime mon boulot et que j’entends défendre une qualité de l’enseignement public, gratuit et obligatoire…
Je serai donc en colère, demain, sur le Vieux Port !!….
Merci de m’avoir lue jusqu’au bout !

par Pris Gi, une instit de tout son coeur